Rome: Le Saint-Siège condamne les propos «inacceptables» du président iranien
Levée de boucliers de la part des organisations juives
Rome, 21 avril 2009 (Apic) Le Vatican a jugé «extrémistes et inacceptables» les propos tenus par le président iranien Mahmoud Ahmadinejad lundi au premier jour de la Conférence de l’ONU contre le racisme. A l’ouverture de la conférence dite de «Durban II», organisée à Genève du 20 au 24 avril, Ahmadinejad a critiqué la création d’Israël, l’assimilant à un «gouvernement raciste».
Dans la soirée du 20 avril 2009, le Saint-Siège a communiqué à la presse un commentaire du Père Federico Lombardi, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, à propos de la Conférence de l’ONU contre le racisme. Dans ce commentaire également diffusé sur Radio Vatican, le porte-parole du Vatican a toutefois justifié la présence du Saint-Siège à cette conférence boycottée par certains Etats comme Israël ou les Etats-Unis.
Dans son commentaire, le Père Lombardi estime qu’»en soi, cette conférence est une occasion importante pour faire avancer la lutte contre le racisme et l’intolérance. Le Saint-Siège y participe avec ce souhait et entend soutenir l’effort des institutions internationales afin d’avancer dans cette direction. La grande majorité des pays du monde y participe et l’ébauche (de la déclaration finale, ndlr) rédigée vendredi dernier est acceptable puisque les principaux éléments qui suscitaient des objections ont été retirés».
«Naturellement, poursuit-il, des interventions comme celle du président iranien ne vont pas dans le bon sens car, même s’il n’a pas nié l’Holocauste ou le droit d’Israël à exister, il a eu des expressions extrémistes et inacceptables. Pour cela, il est important de continuer à clairement affirmer le respect de la dignité de la personne humaine contre le racisme et l’intolérance. Nous souhaitons que cette conférence pourra encore servir à cela. C’est, certainement, le sens de l’engagement de la délégation du Saint-Siège pour la poursuite des travaux».
La délégation du Vatican, qui participe à Genève à la Conférence des Nations Unies contre le racisme, est restée lundi dans la salle pendant le discours controversé du président iranien. La délégation du Saint-Siège conduite par Mgr Silvano Tomasi, observateur permanent du Vatican à l’ONU, n’a en effet pas quitté la salle comme l’ont fait notamment les représentants des 23 pays de l’Union européenne.
Alors que Benoît XVI se rendra en Israël et dans les Territoires palestiniens du 11 au 15 mai prochain, divers groupes juifs dénoncent la participation du Vatican à la conférence de «Durban II», estimant que cet événement des Nations Unies est utilisé comme plateforme pour attaquer Israël. En participant, le Vatican a donné son consentement à ce qui est préparé là (contre Israël), a déclaré le grand rabbin de Rome, Riccardo Di Segni, au quotidien italien «La Stampa». Pour Di Segni, la décision du pape est «le dernier pas imprudent» dans ses relations avec les juifs, à ses yeux gravement mises en cause au début de l’année par la levée de l’excommunication de Mgr Richard Williamson, un évêque intégriste qui a nié l’holocauste, l’extermination des juifs par les nazis.
En février 2008, Riccardo Di Segni avait également réagi de façon très négative aux modifications voulues par Benoît XVI de la prière du missel tridentin pour le Vendredi saint souhaitant «la conversion des juifs». Dans une interview accordée au quotidien «Corriere della Sera» le 6 février de l’an dernier, il affirmait que le maintien de la formule demandant «de façon explicite» la conversion des juifs remettait en question «des décennies de progrès» dans le dialogue entre les deux religions. Cette prière, insistait-il alors, «constitue un obstacle à la poursuite du dialogue entre juifs et chrétiens». Le 5 février 2008, une note de la secrétairerie d’Etat du Saint-Siège indiquait le choix de Benoît XVI de modifier la prière pour les juifs contenue dans le missel tridentin en y retirant les appels contestés à «soustraire ce peuple de ses ténèbres» et de «l’aveuglement». La nouvelle prière appelle cependant à prier «afin que Dieu et notre seigneur illumine» le coeur des juifs et afin qu’ils «connaissent Jésus-Christ, sauveur de tous les hommes».
Le Vatican a nouveau critiqué
Ce lundi, Di Segni a critiqué le soutien apporté par Benoît XVI à cette conférence, jugeant «préoccupant» que le pape «exalte» une déclaration finale qui contient «des phrases agressives de type antisémite». Shimon Samuels, chef du bureau européen du Centre Simon Wiesenthal, le Vatican a donné son «sceau d’approbation à une campagne de haine» contre Israël. Il déplore que le Saint-Siège n’ait pas boycotté cette conférence de l’ONU, car le Vatican est «une voix puissante» et un boycott «aurait pu avoir un fort effet de démonstration».
Le Rassemblement américain des survivants de l’Holocauste et de leurs descendants (American Gathering of Holocaust Survivors and their Descendants) a également fait part de sa profonde déception que le Vatican ne se soit pas joint au boycott de la Conférence de Genève contre le racisme.
Le pape a qualifié la réunion de Genève d’»initiative importante»
Son vice-président, Elan Steinberg, estime qu’étant donné la présence du président Ahmadinejad, «un négationniste notoire de l’holocauste», le Vatican aurait eu une «obligation particulière» de s’abstenir de participer. Même son de cloche de la part d’Abraham Foxman, directeur national de la Ligue Anti-Diffamation (ADL), basée aux Etats-Unis. Pour lui, il n’y avait pas «d’impératif moral» pour que le Vatican soit présent à ce «festival de haine».
Contrairement aux milieux juifs, le pape Benoît XVI avait qualifié dimanche d’»initiative importante» la réunion de Genève lors de la prière du «Regina Coeli» récitée depuis sa résidence d’été de Castel Gandolfo. Le pape avait alors demandé «une action ferme et concrète, au niveau national et international, pour prévenir et éliminer toute forme de discrimination et d’intolérance». (apic/haar/imedia/be)



