Rome: Le Saint-Siège dénonce l’éventualité d’une guerre «préventive» contre l’Irak
Un coup porté au droit international
Rome/Washington/Londres, 2 octobre 2002 (APIC) Alors que les Etats-Unis refusent l’envoi en Irak d’inspecteurs des Nations-Unies pour le désarmement sans l’adoption d’une nouvelle résolution très sévère du Conseil de sécurité, une voix autorisée du Saint-Siège estime qu’une guerre «préventive» de la part des Etats-Unis serait un coup porté au droit international. Au moment même où l’Irak et les Nations Unies parviennent à un accord sur la visite des inspecteurs, Washington évoque ouvertement l’assassinat du maître de Bagdad.
Washington et Londres continuent de «chauffer» l’opinion publique internationale en faveur de la guerre, car l’acception par l’Irak des résolutions actuelles du Conseil de sécurité, qu’ils réclamaient pourtant, n’est désormais pour eux plus suffisante. Mardi, la Maison Blanche a ouvertement parlé de la possibilité d’un assassinat de Saddam Hussein.
Lors d’une conférence de presse à Washington, le porte-parole de la présidence américaine Ari Fleischer a cyniquement affirmé que «tout changement de régime est le bienvenu, quelle qu’en soit la forme (.) le coût d’une balle que les Irakiens utiliseraient eux-mêmes est moins élevé que cela. Il y a beaucoup d’options que le président espère que le peuple irakien utilisera lui-même pour se débarrasser de cette menace».
On a cessé de parler de «guerre juste»
Si la guerre semble «inévitable» en Irak, le Père Pasquale Borgomeo, directeur de Radio Vatican, met en garde: «Toute attaque ’préventive’ de la part des Etats-Unis serait un coup porté au droit international.»
Intervenant sur la «radio du pape» le 1er octobre 2002, le jésuite a mis en doute la légitimité d’une action unilatérale américaine. Faisant allusion à «la doctrine de l’attaque préventive» avancée par le président américain George Bush, le Père Borgomeo a déclaré qu’il s’agirait «non seulement d’une véritable blessure portée au droit international et d’un coup de plus à la crédibilité des Etats-Unis, mais aussi, si elle est mise en application, d’un dangereux antécédent pour de futurs imitateurs».
Constatant ensuite avec satisfaction que l’opinion publique a «finalement cessé de parler de ’guerre juste’, il a toutefois déploré que cette guerre soit aujourd’hui devenue pour beaucoup «inévitable». S’interrogeant alors sur le fondement des motivations apportées par les Etats-Unis sur le danger que représente Saddam Hussein ou encore sur l’attitude des Américains avant même que les inspecteurs de l’ONU ne soient retournés en Irak, le Père Borgomeo reste perplexe.
Le comportement des inspecteurs n’a pas toujours été impartial et limpide
Faisant allusion à certaines activités d’espionnage en faveur des Etats-Unis, le Père jésuite note que «si l’histoire parle plutôt en défaveur de la crédibilité du président irakien, a-t-il reconnu, le comportement de certains inspecteurs dans le passé n’a également pas toujours été très limpide et impartial». C’est pourquoi il a tenu à rappeler qu’»un droit international peut être reformulé, mais sûrement pas de manière unilatérale».
Quant à l’aspect politique d’une éventuelle «attaque préventive», le Père Borgomeo a enfin estimé qu’»il est trop souvent oublié par les défenseurs d’une telle attaque». Il s’est alors demandé «comment il est possible de concilier la position unilatérale de l’administration américaine avec la politique de recherche d’un consensus et de solidarité internationale dans la lutte contre le terrorisme», après les attentats du 11 septembre 2001. Il a notamment mis en garde contre un «élargissement du fossé entre le monde islamique et l’Occident», qui «accentuerait un sentiment anti-américain à travers le monde», avec des effets sur le terrorisme. «C’est le moment de réfléchir. Plus la tentation de recourir à la force est grande, plus la clairvoyance et la sagesse sont nécessaires».
OEuvres d’entraide britanniques contre une attaque visant l’Irak
Les grandes oeuvres d’entraide britanniques, comme l’organisation catholique pour le développement CAFOD, Action Aid, Christian Aid, Oxfam et Save the Children, ont elles aussi mis en garde contre une attaque visant l’Irak. Une telle guerre, voulue par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, pourrait provoquer une véritable «catastrophe humanitaire», ont-elles affirmé dans une lettre au gouvernement du Premier ministre Anthony Blair, fervent partisan d’une attaque contre le régime de Saddam Hussein.
Des centaines de milliers de personnes, pour la plupart des femmes et des enfants, sont déjà morts ou extrêmement affaiblies par les sanctions économiques et l’embargo. Une guerre aurait des conséquences terribles sur l’infrastructure sanitaire du pays, et détruirait complètement l’approvisionnement en eau potable. Le pays compte déjà 750’000 déplacés internes, mais une agression militaire provoquerait une crise encore plus aiguë et une vague de réfugiés sans précédent.
Mgr Edwin O’Brien: le «bon président Bush» devrait faire plus pour convaincre
Même Mgr Edwin O’Brien, l’évêque aux armées des Etats-Unis qui n’hésite pas à louer le «bon président Bush» et sa politique, demande que l’on établisse le lien entre le leader irakien Saddam Hussein et les attentats terroristes du 11 septembre. Tout en exprimant son «profond respect pour le président Bush, son intégrité et ses conseillers expérimentés», l’archevêque américain réclame tout de même des «preuves convaincantes» qu’il y a effectivement une «réelle connexion» entre les événements du 11 septembre et le besoin d’une destitution de Saddam Hussein.
Il s’agit de pouvoir justifier la guerre contre l’Irak dans le cadre de la poursuite de la guerre contre le terrorisme. Visiblement, le prélat américain ne croit pas que ces preuves aient été montrées, puisqu’il estime que les «Américains, nos alliés et la communauté internationale attendent plus si une action militaire devait finalement être engagée». (apic/cns/kna/imedia/be)



