Pour une meilleure protection des victimes de la prostitution
Rome: Le Saint-Siège dénonce la prostitution, une forme d’esclavage moderne
Rome, 12 juillet 2005 (Apic) Le Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des itinérants a dénoncé la prostitution, «une forme d’esclavage moderne» et a demandé de mieux les défendre tout en punissant plus sévèrement leurs clients. Le Conseil dénonce les responsables de cette exploitation de la détresse: Ce phénomène, dit-on, permettrait des rentrées financières annuelles d’un montant de quelque 10 milliards de dollars.
Le nombre de prostituées s’est «dramatiquement accru dans le monde, pour des raisons économiques complexes, sociales et culturelles», estime un document diffusé lundi et rassemblant les conclusions de la «première rencontre internationale pour la pastorale des femmes de la rue».
Cette rencontre s’est tenue fin juin 2005 au Vatican. Le texte de 10 pages, rendu public le 11 juillet, dresse le panorama de la situation «des femmes de la rue» dans le monde et propose des orientations pour remédier à leur «exploitation», véritable phénomène social. «En Europe et ailleurs, la grande majorité (des prostituées) sont les victimes d’un trafic en provenance d’autres pays pour répondre à une demande croissante de ’consommateurs’», souligne le texte.
Le Vatican réclame que les femmes victimes de la prostitution soient mieux défendues et propose de renforcer les liens sur le terrain entre «les associations, les congrégations religieuses, les organisations non- gouvernementales, les groupes oecuméniques et interreligieux…»
La rencontre internationale organisée par le Conseil pontifical pour les migrants et les itinérants présidé par le cardinal Stephen Fumio Hamao comptait la participation de membres du dicastère, mais aussi d’évêques, de prêtres, religieux, religieuses et laïcs représentant les Conférences épiscopales de 19 pays européens, ainsi que des membres d’associations engagées dans la pastorale des femmes de la rue.
Trouver des solutions pastorales
L’objectif du forum était «de trouver une solution pastorale efficace» au phénomène de la prostitution, comme l’a souligné le secrétaire du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des itinérants, Mgr Agostino Marchetto. Dans son document final, le dicastère a aussi exprimé son intention «de poursuivre» ultérieurement «le travail réalisé pendant le séminaire».
«Il est important de reconnaître que l’exploitation sexuelle, la prostitution et le trafic d’êtres humains sont tous des actes de violence contre les femmes, et constituent comme tels une offense à leur dignité et une grave violation des droits humains fondamentaux», peut-on lire dans le document. La victime est un «être humain, qui crie à l’aide dans beaucoup de cas, parce que vendre son corps sur la rue n’est pas quelque chose qu’elle choisirait volontairement». La femme, estime-t-on dans ce document, est en effet «lacérée, morte psychologiquement et spirituellement».
L’Eglise se montre préoccupée «par le nombre dramatique et croissant de femmes et de jeunes sexuellement exploités». L’Organisation Internationale du Travail estime à 12,3 millions le nombre de «personnes esclaves de leur travail forcé», dont 2,4 millions «victimes de trafic», rapporte le document. Ce phénomène permettrait à des rentrées financières annuelles d’un montant de quelque 10 milliards de dollars.
Condamner le client
«L’exploitation sexuelle des femmes, qui imprègne le tissu social du monde, est une conséquence des nombreux systèmes injustes». Ce phénomène résulte «de multiples raisons économiques complexes, sociales et culturelles», souligne le document. Il établit aussi le lien entre migrations et trafic d’êtres humains. Mais au-delà de la simple considération de la femme, victime de «la violence, ou la menace de violence» venant de l’homme, il se penche sur «les problèmes» des clients. Une grande partie d’entre eux ont plus de 40 ans, mais un nombre croissant de jeunes entre 16 et 24 ans est également impliqué, relève-t-il.
«Il apparaît clairement (.) qu’un nombre toujours plus important d’hommes cherche les prostituées, davantage par volonté de domination que pour leur satisfaction sexuelle», explique le document. «Dans les relations sociales et personnelles, en effet, ils expérimentent une perte de pouvoir et de masculinité et ne parviennent plus à développer des relations de réciprocité et de respect». De tels hommes cherchent donc «les prostituées parce que cela leur donne une expérience de domination et de contrôle total sur une femme pour un certaine temps».
Cependant, estime le Conseil, le client doit recevoir «plus qu’une simple condamnation sociale et affronter la pleine rigueur de la loi». «Il doit aussi être aidé à résoudre ses problèmes plus profonds et à trouver d’autres façons de gérer ses affaires personnelles», argumente le document. «Acheter du sexe à une prostituée» ne résout en effet pas les problèmes venant «de la solitude, de la frustration ou du manque de relations authentiques».
Sur les actions à mener afin de «libérer les femmes de la rue», l’Eglise déclare aussi «que les exploitants, généralement des hommes, qui sont clients, trafiquants, touristes du sexe. ont besoin d’être éduqués, tant en terme de hiérarchie des valeurs humaines que des droits humains». L’Eglise a en effet «une responsabilité pastorale pour promouvoir la dignité humaine des personnes exploitées à cause de la prostitution et pour plaider leur libération».
Outre le fait de défendre les droits légitimes des femmes, en dénonçant «les injustices et la violence perpétrées contre les femmes de la rue», en communiquant «sur ce problème et en demandant des lois de protection des femmes contre la prostitution et le trafic d’êtres humains», l’Eglise doit aussi procurer «une aide économique, éducative et formative» aux personnes exploitées.
Pour le Conseil, l’Eglise doit s’engager par des activités de prévention, de rapprochement des victimes et de réintégration. Les femmes de la rue doivent être longuement accompagnées, «leur guérison étant longue et difficile». Il faut les aider à trouver «un logement, mais surtout un environnement familier et une communauté qui les accepte» pour leur redonner une estime d’elles-mêmes, explique le document.
Programmes éducatifs
L’Eglise recommande enfin aux évêques de se pencher et de communiquer davantage sur les thèmes concernant l’exploitation sexuelle, le trafic et la contrebande d’être humains, notamment durant leurs visites ad Limina au Vatican.
L’Eglise appelle enfin les communautés locales, écoles et paroisses, à fournir des programmes éducatifs et de prise de conscience, notamment en terme «de sexualité et de respect réciproque» et à renforcer un réseau entre les différents groupes oeuvrant à une même fin. La société, quant à elle, doit utiliser une terminologie adéquate, correspondant à la réalité quant il s’agit de l’exploitation des femmes de la rue, et offrir des ressources alternatives pour le soutien de ces personnes ainsi que se concentrer sur le problème du client. (apic/imedia/ar/pr)



