Rome: Le Saint-Siège lève l’excommunication des évêques lefebvristes

Faire disparaître «le scandale de la division»

Rome, 25 janvier 2009 (Apic) Dans un décret rendu public le 24 janvier et signé trois jours plus tôt, à la demande de Benoît XVI, la Congrégation pour les évêques a levé l’excommunication des quatre évêques dont l’ordination par Mgr Marcel Lefebvre, en juin 1988, était à l’origine du schisme entre Rome et la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X regroupant les fidèles traditionalistes. Ce geste a été immédiatement qualifié de «bienfait pour toute l’Eglise» par le supérieur de la Fraternité, Mgr Bernard Fellay.

C’est par un décret signé le 21 janvier «sur la base des pouvoirs expressément concédés par Benoît XVI» que le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la Congrégation pour les évêques, a ainsi relevé la peine d’excommunication pesant depuis le 1er juillet 1988, au lendemain de leur ordination illicite, sur le Suisse Bernard Fellay, le Français Bernard Tissier de Mallerais, l’Anglais Richard Williamson et l’Espagnol Alfonso de Galarreta.

Présenté comme «un signe pour promouvoir l’unité dans l’amour de l’Eglise universelle», le décret entend faire disparaître «le scandale de la division». Par ce geste, a précisé le Saint-Siège, «Benoît XVI (…) souhaite que l’on parvienne au plus vite à une réconciliation complète et à la pleine communion».

Le décret cite en outre une lettre du supérieur de la Fraternité, Mgr Fellay, datant du 15 décembre 2008, dans laquelle l’ensemble des évêques se disent «fermement déterminés dans le souhait de demeurer catholiques et de mettre toutes leurs forces au service de l’Eglise». «Nous acceptons ses enseignements», affirme encore Mgr Fellay dans cette lettre, et «nous croyons fermement à la primauté de Pierre et à ses prérogatives».

Une «bonne nouvelle»

Rencontrant la presse après la publication du décret, le ’porte-parole’ du Saint-Siège, le Père Federico Lombardi, a salué comme «une bonne nouvelle» la levée des excommunications, affirmant y voir «un pas très important vers la reconstitution de la pleine communion de l’Eglise». Le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège a aussi rappelé combien le cardinal Joseph Ratzinger, devenu Benoît XVI, avait été «très engagé» pour éviter ces excommunications, au printemps 1988, alors qu’il était à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Alors que, le 25 janvier 2009, l’Eglise fête le 50e anniversaire de l’annonce par Jean XXIII du Concile Vatican II, le Père Lombardi a jugé qu’il était «beau», avec ce geste, «que le Concile ne soit plus considéré comme un élément de division». «Dans ce sens, c’est une bonne nouvelle», a insisté le ’porte-parole’ du Vatican. Le Père Lombardi a en outre expliqué que le statut de cette fraternité devait encore être défini, notant aussi que les prêtres de la Fraternité Saint-Pie X n’étaient pas excommuniés mais «en suspens».

Enfin, plus particulièrement interrogé sur la figure de l’un des quatre évêques, Mgr Richard Williamson, qui a récemment nié l’existence des chambres à gaz dans une interview accordée à la télévision suédoise, le Père Lombardi a jugé les déclarations de l’évêque «totalement étrangères» à la levée de son excommunication. Il a d’ailleurs jugé «très critiquables» les propos du prélat britannique.

Restaurer l’Eglise

Dans un communiqué immédiatement publié après l’annonce de la levée des excommunications, Mgr Bernard Fellay, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X a fait part de sa «gratitude filiale» à l’égard du pape «pour cet acte qui, au delà de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, sera un bienfait pour toute l’Eglise. Il espère maintenant que les évêques pourront désormais «exposer les raisons doctrinales de fond» que sa fraternité «estime être à l’origine des difficultés actuelles de l’Eglise».

«Notre fraternité, écrit encore Mgr Fellay, souhaite pouvoir aider toujours plus le pape à porter remède à la crise sans précédent qui secoue actuellement le monde catholique». Par ailleurs, dans une lettre à ses fidèles, il a ainsi souhaité «parvenir à une restauration solide de l’Eglise».

Un long processus

Benoît XVI avait reçu en audience au Vatican le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Bernard Fellay, dès les premiers mois de son pontificat, le 29 août 2005. La levée des excommunications intervient également après la publication par le pape, en juillet 2007, du Motu Proprio Summorum Pontificum libéralisant l’usage de la messe tridentine. En juin 2008, le Vatican avait ensuite tendu la main aux membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X en leur proposant de revenir dans le giron de l’Eglise.

Le cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la Commission ’Ecclesia Dei’, en charge du dossier des Lefebvristes, avait ainsi écrit à Mgr Fellay, posant alors 5 conditions en vue de la pleine réintégration de la communauté schismatique. Il avait particulièrement demandé aux évêques «d’éviter toute intervention publique qui ne respecte pas la personne du Saint-Père et qui serait négative pour la charité ecclésiale», mais aussi «d’éviter la prétention d’un magistère supérieur au Saint-Père et ne pas proposer la Fraternité en contraposition à l’Eglise».

Sans que soient remis en question le Concile Vatican II (1962-1965) ou la validité de la messe célébrée selon la liturgie rénovée après le Concile, avait alors précisé le Saint-Siège, il n’était pas explicitement demandé aux évêques intégristes de reconnaître le dernier concile et la validité de la messe selon le rite désormais ordinaire de l’Eglise. Rome avait alors présenté ce geste comme une proposition de «retour dans la communion».

Excommuniés pendant plus de 20 ans

Le 30 juin 1988, Mgr Marcel Lefebvre, alors supérieur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, avait ordonné illégalement quatre évêques à Ecône (Suisse), dont l’actuel supérieur, Mgr Bernard Fellay. Il avait au préalable reçu de nombreux avertissements, en particulier de celui qui était alors le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Joseph Ratzinger.

Le lendemain, il y a un peu plus de 20 ans, un décret signé par le cardinal Barnard Gantin, alors préfet de la Congrégation pour les évêques, constatait l’excommunication latae sententiae de Mgr Lefebvre, de l’évêque co-consécrateur Mgr Antonio de Castro Mayer, et des quatre évêques ordonnés illicitement. Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer sont tous les deux décédés en 1991. Le 2 juillet 1988, Jean-Paul II publiait son Motu proprio Ecclesia Dei adflicta. (apic/imedia/ami/bb)

25 janvier 2009 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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