Rome: Le Saint-Siège réagit au projet de préambule de la Constitution européenne

«Surpris» de l’absence d’une mention explicite au christianisme

Rome, 30 mai 2003 (Apic) Au lendemain des dernières retouches faites par la présidence de la Convention européenne au projet du préambule de la future Constitution européenne, le Saint-Siège se dit «surpris» de l’absence d’une mention explicite au christianisme. Mgr Jean-Louis Tauran accuse les rédacteurs du document de vouloir «obscurcir» l’histoire, dans un entretien au quotidien italien Corriere della Sera, publié le 30 mai.

«En ce qui concerne la dernière version du préambule, nous constatons la mention de composantes variées et importantes qui ont contribué à façonner le patrimoine européen, mais notons avec surprise l’absence d’une mention explicite au christianisme», affirme Joaquin Navarro-Valls, porte-parole du Saint-Siège, dans un communiqué publié le 30 mai. Il s’agit de la première réaction officielle après la publication de la dernière version du préambule, dans la soirée du 28 mai.

«Par conséquent, nous partageons l’opinion des membres de la Convention qui ont déjà proposé l’insertion d’un tel élément dans la prochaine version du préambule, par respect de la vérité historique et pour un meilleur équilibre du texte», poursuit J. Navarro-Valls. Ce dernier fait toutefois part de la «satisfaction» du Saint-Siège du fait que le projet actuel de la Constitution contienne la déclaration 11 du Traité d’Amsterdam – de novembre 1997 – concernant le statut des Eglises et des organisations non confessionnelles. Celui-ci affirme que «l’Union européenne respecte et ne préjuge pas le statut dont bénéficient, en vertu du droit national, les Eglises et les associations ou communautés religieuses dans les Etats membres».

Depuis plusieurs semaines, le Saint-Siège se bat pour tenter de faire inscrire explicitement l’héritage chrétien dans le projet de Constitution européenne. Jusqu’à présent, ni le préambule ni la Constitution n’y font allusion. La version définitive de cette dernière sera présentée au Conseil de Salonique, le 20 juin prochain. Une conférence intergouvernementale devra ensuite, à partir du mois d’octobre prochain, évaluer et amender le texte élaboré par le groupe de travail dirigé par l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing.

Les Lumières font de l’ombre au christianisme

«Dans le projet de préambule, il y a un déséquilibre évident», affirme Mgr Jean-Louis Tauran, secrétaire du Saint-Siège pour les rapports avec les Etats, dans un entretien au quotidien Corriere della Sera, le 30 mai. «Les ’courants philosophiques des Lumières’ sont cités, alors qu’aucune référence n’est faite au christianisme !», déplore-t-il. «Il s’agit d’une opération idéologique, qui révèle, chez les rédacteurs, une tentation impérieuse de réécrire l’histoire».

Même s’il «ne se faisait pas d’illusion», commente le Corriere della Sera, Mgr Tauran «ne s’attendait pas à ce que le christianisme soit obscurci par le siècle des Lumières». Avoir donné plus d’importance à cette période qu’au christianisme, explique lui-même le prélat, signifie que dans ce préambule, «l’idéologie a obscurci l’histoire».

Pour le ’ministre des Affaires étrangères’ du Saint-Siège, «citer le christianisme ne comporterait aucune exclusivité, mais constituerait la juste reconnaissance à un patrimoine auquel s’inspire la plus grande partie des Européens». Selon lui, «il ne faut d’ailleurs pas oublier que les chrétiens sont encore majoritaires en Europe».

Le 29 mai, le cardinal Roberto Tucci, ancien directeur de Radio Vatican, est également intervenu sur la «radio du pape» pour regretter que les rédacteurs de la Constitution «n’aient pas eu le courage de reconnaître (.) le fait historique de l’énorme influence qu’a exercée la culture chrétienne sur la culture européenne». Le jésuite italien met en cause «l’influence des représentants français» ainsi qu’une «tradition laïciste diffuse en Europe».

Réaction des Eglises européennes

Le 28 mai, une autre réaction est venue de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne – COMECE – et de la Conférence des Eglises européennes – KEK. Dans une note, les deux parties affirment qu’»une Europe qui méconnaîtrait son propre passé et qui nierait le rôle de la religion ainsi que de la dimension spirituelle, serait considérablement appauvrie pour affronter cet ambitieux projet qui a besoin de toutes les énergies disponibles: construire une Europe pour tous».

Jean Paul II ne s’est pas encore exprimé personnellement sur la dernière version du préambule de la Constitution européenne. Il aura toutefois l’occasion de le faire dans l’Exhortation apostolique post-synodale pour le synode des évêques, qui sera publiée le 28 juin prochain et qui devrait synthétiser sa pensée déjà souvent exprimée sur le sujet. (apic/imedia/bb)

30 mai 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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