Témoignage de Mgr Teissier sur les martyrs d’Algérie
Rome: Le souvenir des martyrs du XXe siècle commémoré à la liturgie du Colisée
Rome, 7 mai 2000 (APIC) Mgr Henri Teissier, archevêque catholique d’Alger, est arrivé à Rome pour participer à l’importante cérémonie de «commémoration des témoins de la foi», présidée par Jean Paul II dimanche soir 7 mai dans le Colisée romain. Il accompagne un groupe de parents et amis des vingt religieux et religieuses tués en Algérie ces dernières années.
«En nous invitant à célébrer la générosité de ceux qui ont résisté à ce monde de violence, le pape nous invite à recevoir le témoignage de tous ceux qui ont été jusqu’au bout de leur amour, et à travailler ensemble pour faire de ce 21ème siècle un siècle plus respectueux de l’homme», a-t-il déclaré à l’APIC.
Participation de deux moines trappistes de la communauté de Notre-Dame de l’Atlas
«Par cette liturgie, a ajouté l’archevêque, le témoignage des martyrs d’Algérie est mis en communion avec celui des centaines de milliers de chrétiens de toutes confessions, qui dans les cinq continents ont aimé jusqu’au bout, malgré le danger évident». Avec Mgr Teissier sont venus en particulier deux moines trappistes de la communauté de Notre-Dame de l’Atlas en Algérie, en l’honneur des sept moines de Tibhirine tués le 21 mai 1996. Un passage de la lettre écrite deux ans et demi auparavant par Christian de Chergé, leur prieur lui aussi assassiné, a d’ailleurs été choisi pour être inséré dans la liturgie de commémoration.
«J’aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m’aurait atteint», avait écrit ce dernier. «En mars 1999, une communauté de six moines de cinq nationalités différentes s’est reconstituée, mais nous vivons à Alger et non pas à Tibhirine, précise à l’APIC le Frère Amédée, l’un des deux moines qui avaient échappé à l’enlèvement de 1996. Cette commémoration par le pape est un moment fort pour l’Eglise d’Algérie qui a beaucoup souffert».
«Cette célébration au Colisée n’est pas sans lien avec Sainte Thérèse de Lisieux, fait remarquer pour sa part le chanteur français Daniel Facérias. Quand elle était venue à Rome, à 14 ans, elle était allée au Colisée, et elle avait embrassé le sable sur le sol en priant pour devenir elle-même martyre. Plus tard, elle a été proclamée patronne des missions».
Daniel Facérias est l’auteur d’une chanson intitulée «Tibhirine» et dédiée aux sept moines de Notre-Dame de l’Atlas en Algérie. Lui-même souligne en effet qu’il se sent «de la famille cistercienne comme les trappistes de Tibhirine». «C’est grâce à la lecture des ’Sermons sur les cantiques’ de Saint Bernard que je me suis converti, explique-t-il. Et je trouve le témoignage des moines de l’Atlas bouleversant. Ils ont voulu rester jusqu’au bout avec les Algériens pour témoigner de la paix et de l’amour».
Présence de la sœur de Mgr Pierre Claverie, assassiné à Oran en 1996
De son côté, Madame Anne-Marie Gustavson, sœur de Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran assassiné en août 1996, est venue des Etats-Unis pour la célébration du Colisée. «C’est extraordinaire de découvrir les autres familles des religieux qui ont été tués en Algérie, confie-t-elle. D’une certaine façon, nous sommes tous liés. Nous sommes là pour célébrer leur vie, et célébrer leur esprit qui est toujours vivant en nous et par lequel leur œuvre se poursuit. C’est une grande joie, mais l’on pleure aussi».
Enfin, une famille de dix Bretons s’est déplacée de Quimper assister à la commémoration des témoins de la foi. «Mon oncle, le Père Hervé Seznec, a été tué en Chine le 8 juin 1945, explique à l’APIC Mme Louis Uguen. Il avait été fait prisonnier par les soldats japonais avec 56 Chinois, et accroché avec eux pieds et poings liés tout autour d’un radeau. En descendant la rivière, les Japonais ont été attaqués par les Chinois, et dans la bagarre, tous les otages ont été tués, sauf deux qui plus tard ont pu témoigner. Les corps n’ont jamais été retrouvés».
La famille du Père Seznec a reçu une lettre des Missions étrangères de Paris, dont faisait partie le prêtre, annonçant que son nom était dans la liste des martyrs devant être remise au pape. «Nous nous souvenons bien de lui, et nous en parlons à nos enfants et à nos petits-enfants, explique encore Mme Uguen. Si un jour il est béatifié, nous ne serons plus là, mais ils pourront nous représenter !» «La plus grande joie de l’Eglise est de pouvoir découvrir aujourd’hui que l’Eglise est encore et plus que jamais l’Eglise des martyrs, a pour sa part souligné le cardinal Roger Etchegaray. Elle y ravive son espérance». (apic/imed/be)



