Sans connaissance, on peut tomber dans le fondamentalisme
Rome: Le Synode des évêques publie son ’Message au peuple de Dieu’
Rome, 24 octobre 2008 (Apic) Comme à l’accoutumée, les participants au Synode sur la Parole de Dieu qui s’achèvera deux jours plus tard au Vatican ont publié, le 24 octobre, un «Message au peuple de Dieu». Ce long message truffé de citations bibliques touche un certain nombre de préoccupations apparues au cours du Synode comme la juste interprétation de la Bible, la diffusion et la communication de la Parole de Dieu, l’unité des chrétiens ou encore l’annonce de la Parole aux pauvres.
Le message des quelque 250 pères synodaux contient une quinzaine de paragraphes découpés en quatre grandes parties: «la voix de la Parole: la Révélation»; «le visage de la Parole: Jésus-Christ»; «la maison de la Parole: l’Eglise»; «les chemins de la Parole: la mission». Au fil de ce document apparaissent donc nombre des sujets évoqués au cours des trois semaines de travaux des pères synodaux, des auditeurs et des experts réunis au Vatican autour de Benoît XVI. Présenté aux «disciples» du Christ comme «un voyage spirituel», ce message a été essentiellement rédigé par Mgr Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical de la culture, et en grande partie approuvé par les pères synodaux.
Le 25 octobre, les participants au Synode devraient en outre confier au pape une liste d’une cinquantaine de propositions plus concrètes l’aidant à publier une Exhortation post-synodale. Il n’a pas encore été précisé si ces propositions seraient rendues publiques.
Annonce de la Parole et fondamentalisme
Dans leur message, les pères synodaux indiquent entre autres que «tout lecteur des saintes Ecritures, même le plus simple, doit avoir une certaine connaissance du texte sacré». Sans cela, expliquent-ils, «on peut tomber dans le fondamentalisme». Les sectes, dont beaucoup ont parlé lors des travaux du Synode, ne sont pas nommées.
Ainsi, «si l’on s’arrête à la ’lettré seule, la Bible demeure uniquement un document solennel du passé, un noble témoignage éthique et culturel». «Si, par ailleurs, on exclut l’incarnation, on peut tomber dans l’équivoque fondamentaliste ou dans un vague spiritualisme ou psychologisme». Les pères synodaux, qui ont beaucoup évoqué la tension entre exégèse et théologie au sein de l’Eglise, ajoutent que «la connaissance exégétique doit, en conséquence, s’insérer de manière indissoluble dans la tradition spirituelle et théologique pour que ne soit pas brisée l’unité divine et humaine de Jésus-Christ et des Ecritures».
Dans leur message, les pères synodaux souhaitent «replacer au centre de la vie chrétienne la liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique, unies si fortement entre elles». Ils souhaitent que le «ministre», celui qui annonce cette Parole de Dieu, ait «un langage net, incisif et substantiel» dans ses homélies. Ils encourageant la pratique de la Lectio divina, une lecture réfléchie et méditée de la Bible.
Diffuser et communiquer
Les pères synodaux sont convaincus que chaque foyer doit posséder «sa Bible», qu’il doit «la garder avec soin, la lire et prier avec elle». Le message mentionne en particulier «les nouvelles générations», souhaitant que «les enfants et les jeunes» soient les «destinataires d’une pédagogie appropriée et spécifique qui les conduise à éprouver la fascination de la figure du Christ».
«La voix de la parole divine, écrivent encore les pères synodaux, doit également résonner à travers la radio, les canaux Internet de diffusion virtuelle en ligne, les CD, les DVD, les ipods et ainsi de suite; elle doit apparaître sur les écrans de télévision et de cinéma, dans la presse, au sein des événements culturels et sociaux». En conséquence, les responsables de l’Eglise relèvent la nécessité d’être «équipés, non seulement techniquement, mais aussi culturellement pour cette entreprise».
OEcuménisme et dialogue interreligieux
«Malgré les séparations encore existantes» entre les différentes confessions chrétiennes, notent les pères synodaux, les autres Eglises «partagent avec nous la vénération et l’amour de la Parole de Dieu». «Ce lien, expliquent-ils ensuite, doit être toujours renforcé par les traductions bibliques communes, la diffusion du texte sacré, la prière biblique oecuménique, (…), l’échange des valeurs inhérentes aux différentes traditions spirituelles, l’annonce et le témoignage communs de la Parole de Dieu dans un monde sécularisé».
Si la Parole divine engendre, pour les chrétiens, «une rencontre intense avec le peuple juif», les évêques soulignent qu’ils sont aussi «invités – sans tomber dans le syncrétisme qui confond et humilie l’identité spirituelle propre – à dialoguer respectueusement avec les hommes et les femmes des autres religions qui écoutent et pratiquent fidèlement les indications de leurs livres sacrés, à commencer par l’islam».
L’annonce aux pauvres
«Celui qui s’aventure sur les routes du monde découvre également les bas-fonds, foyers de souffrances et de pauvretés, d’humiliations et d’oppressions, d’exclusions et de misères, de maladies physiques, psychiques et de solitudes», affirment encore les pères synodaux. «Souvent, notent-ils ensuite, les pierres des chemins sont ensanglantées par les guerres et les violences, et, dans les palais du pouvoir, la corruption le dispute à l’injustice».
Dans ce contexte, estiment les auteurs du message, «le chrétien a alors la mission d’annoncer cette Parole divine d’espérance par son partage avec les pauvres et les souffrants, par le témoignage de sa foi dans le Royaume de vérité et de vie, de sainteté et de grâce, de justice, d’amour et de paix, par sa proximité amoureuse qui ne juge ni ne condamne mais qui soutient, illumine, conforte et pardonne, dans le sillage des paroles du Christ».
Au terme de leur long message, les participants au Synode se tournent vers leurs «frères» et «soeurs» qui «sont persécutés ou mis à mort à cause de la Parole de Dieu et du témoignage qu’ils rendent au Seigneur Jésus». (apic/imedia/ami/bb)



