Réactions positives des communautés traditionalistes
Rome: Le Vatican ne perd pas son latin
Rome, 14 mai 2003 (Apic) Le Saint-Siège veut créer une commission entièrement chargée de redonner au latin une place importante au sein de l’Eglise et de ses institutions. Cette mission a été confiée par Jean Paul II au cardinal polonais Zenon Grocholewski, préfet de la Congrégation pour l’éducation catholique, et suscite des réactions plutôt positives de la part des communautés traditionalistes.
Cette initiative, encore à l’état de projet, est partie d’un désir commun du pape et du cardinal Grocholewski – qui parle mieux le latin que le polonais affirme-t-on au Vatican. Ainsi, en février 2002, Jean Paul II avait lui-même recommandé l’usage du latin dans les séminaires et dans les célébrations liturgiques, par le biais d’un message délivré à l’occasion d’un colloque commémorant le 40e anniversaire de la Constitution apostolique «Veterum Sapientia» du pape Jean XXIII. Dans ce message – lu en latin lors du colloque -, le pape souhaitait notamment que «l’amour envers cette langue soit toujours plus fort chez les candidats au sacerdoce».
La Constitution apostolique «Veterum Sapientia» – qui instituait le latin comme langue officielle de l’Eglise – avait été voulue par Jean XXIII afin «d’encourager et de soutenir» l’usage du latin. Le ’bon pape Jean’ considérait alors cette langue alors en désuétude, comme «un patrimoine qui appartient à la civilisation humaine». Pour lui, a rappelé Jean Paul II, «ce patrimoine était une condition indispensable pour un rapport correct entre la modernité et l’antiquité, pour le dialogue entre les différentes cultures et pour redonner son identité au sacerdoce catholique».
Un bureau chargé entièrement des traductions latines
Au Vatican, un bureau appelé «Fondation latinitas» s’occupe entièrement des traductions en langue latine ou inversement. Il a été institué par Paul VI en 1976 dans l’objectif de promouvoir, à travers diverses initiatives, l’étude de la langue et des lettres latines, classiques et chrétiennes, ainsi que l’usage du latin dans le monde culturel ecclésiastique.
Les latinistes se faisant de moins en moins nombreux dans l’Eglise, il a toutefois fallu que le Saint-Siège surveille les traductions des documents officiels dans les langues vernaculaires. Pour faire face aux abus de traduction, notamment après le Concile, le Vatican a ainsi publié, en mars 2001, un document de 50 pages instituant des normes officielles pour les traductions des textes liturgiques. Traduits par les conférences épiscopales de chaque pays, ces textes doivent désormais être vérifiés par la Congrégation pour le culte divin avant leur publication.
Intérêt pour la latin apprécié des traditionalistes
Ce regain d’intérêt de la part du Vatican pour la langue de César est vu d’un bon oeil par les communautés traditionalistes qui déplorent que le Concile Vatican II ait autorisé la célébration de la messe dans les langues vernaculaires. «Ces prises de position sont en soi heureuses», peut-on lire sur le site Internet de DICI – appartenant aux traditionalistes de Mgr Lefebvre – en réaction à l’annonce du projet de commission. «Il est toutefois dommage qu’une fois de plus, elles ne soient pas suivies d’une action conséquente et concrète». BB
Encadré:
Nouveau lexique latin: de «hot-dog» à «football» en passant par «papabile»
Le latin est la langue officielle du Vatican. Il est utilisé en particulier lorsqu’un document officiel est publié. Un nouveau dictionnaire Latin/Italien vient de sortir de presse, reprenant toutes les récentes mises à jour avec des mots courants nouveaux ou des termes d’actualité.
Sur 728 pages, regroupant 23’000 expressions, on trouve ainsi les traductions de «Kamikaze»: «Voluntarius sui interreptor», d’»Infection»: «Contagio», de «Football»: «Pediludium», de «Brigades rouges»: «Brigatores rubri», de «Slogan»: «Descensio flexuosite», de «Vidéothèque»: «capsellarum magnetoscopicarum». Les traducteurs ont repris tel quel le terme sicilien «Mafia», mais ont transformé la «Camorra» napolitaine, qui devient: «neapolitanorum latronex grex».
Des termes culinaires (à ne pas confondre avec le «latin de cuisine») qui n’apparaissaient pas dans la bouche de César ou de Cicéron ont également pris place dans les pages de ce dictionnaire. Ainsi, «hot-dog» devient «pastillum botello fartum», «Café expresso» se dit «Potio cafearia coram expressa», et le «Martini» cher à 007 est traduit «Potio martiniana».
Un mot d’actualité, principalement parmi les journalistes du Vatican, est également apparu: «Papabile» se dit «Summi Pontificatus dignus». (apic/imedia/cic/bb)




