Aucune motivation politique dans ces canonisations
Rome: Le Vatican répond aux accusations des autorités chinoises sur les martyrs
Rome, 26 septembre 2000, (APIC) «La cérémonie de dimanche prochain n’a aucune motivation politique. Elle n’est dirigée contre personne, et surtout pas contre le grand peuple chinois dont les traditions de civilisation ont toujours été reconnues et appréciées par le Saint-Siège, et en particulier par le pape Jean Paul II», affirme le Vatican dans une déclaration diffusée le 26 septembre. Le gouvernement chinois avait récemment déclaré que la canonisation des 120 martyrs chinois, le 1er octobre prochain, provoquait «une grave blessure dans le sentiment et la dignité du peuple chinois».
Le ministère des Affaires étrangères de Pékin Sun Yuxi, avait accusé de «crime énorme» la canonisation des 120 martyrs de Chine par le pape le 1er octobre sur la place Saint-Pierre. L’événement décidé par le Vatican ne peut «en aucun cas être toléré par le gouvernement et par le peuple chinois», poursuivait le représentant des autorités chinoises.
Pour le Saint-Siège, de telles accusations sont «le fruit d’une lecture unilatérale de l’histoire et une mystification, si des preuves concrètes ne sont pas présentées». «Evidemment, les méfaits qui ont parfois été commis par les puissances coloniales sont autre chose, a précisé Joaquin Navarro-Valls, porte-parole du Saint-Siège. Mais si on lit sans parti pris et avec objectivité les biographies des missionnaires méritants qui seront canonisés dimanche prochain, on ne peut que rester dans l’étonnement et dans l’admiration face à leur abnégation et à leur désir de servir le peuple chinois».
Examen sérieux des canonisés
Le Vatican rappelle également dans sa déclaration que toute béatification ou canonisation n’a lieu «qu’après un examen sérieux et approfondi non seulement des sources et des témoignages historiques, mais aussi des vertus héroïques des personnes à honorer». «Comment est-il possible d’imaginer que le Saint-Siège puisse canoniser des personnes qui aient commis des `crimes énormes’? a demandé le porte-parole du Vatican. Si la réalité historique avait vraiment été déformée, pourquoi la communauté chinoise civile et religieuse n’a-t-elle pas réagi contre les procès de béatification des 120 martyrs, dès 1893 sous le pontificat de Léon XIII ?»
Et de poursuivre: «Avec la canonisation, nous n’avons pas l’intention de formuler un jugement sur les périodes historiques complexes pendant lesquelles la majeure partie des 120 martyrs ont été appelés à donner leur propre témoignage suprême. La cérémonie solennelle a pour but au contraire de faire briller, devant l’Eglise et aux yeux des personnes de bonne volonté du monde entier, la lumière de leur foi dans le Christ, sauveur de tous les hommes».
Ne pas réhabiliter les guerres contre la Chine
Deux jours avant la déclaration du Saint-Siège, l’historien Andrea Riccardi, fondateur de la communauté Saint Egidio, et auteur d’un ouvrage récent sur «Le siècle du martyre, les chrétiens du XXème», avait publié pour sa part un article dans «L’Osservatore Romano» pour expliquer que l’Eglise ne cherche pas à «réhabiliter» les guerres des puissances occidentales contre la Chine par la canonisation de ces 120 martyrs.
Andrea Riccardi a pris l’exemple du Père Auguste Chapdelaine, prêtre français des Missions étrangères de Paris, tué en 1856, deux ans à peine après son arrivée en Chine. «Sa mort fut utilisée par les Français et les Anglais pour déchaîner la seconde guerre de l’opium, a-t-il expliqué. Mais aujourd’hui, sa canonisation exalte sa figure de témoin de l’Evangile et d’ami des Chinois, qui se serait rebellé contre cette horrible guerre engagée sous le prétexte d’en venger le meurtre. La canonisation exalte le saint, le témoin, l’homme de charité, et non, certes, le citoyen d’un pays qui a engagé une guerre contre la Chine».
Au Vatican, on s’attend prochainement à une déclaration publique des évêques de l’Eglise officielle de Chine contre la cérémonie du 1er octobre. Mais «une chose est ce qu’ils doivent dire officiellement et autre chose ce qu’ils disent en privé, souligne-t-on. Or on sait en privé que beaucoup d’évêques de l’Eglise officielle sont heureux de cette canonisation»
Rupture des relations diplomatiques depuis 1957
En Chine, seuls les catholiques membres de l’association patriotique, donc de l’Eglise dite «officielle», fondée en 1957, qui n’entretient aucune relation officielle avec le Vatican, sont autorisés à pratiquer ouvertement leur croyance. La date de 1957 correspond d’ailleurs à la rupture des relations diplomatiques entre la Chine et le Vatican. Mais depuis lors, le Saint-Siège a tout de même reconnu quelques évêques membres de l’Eglise catholique patriotique. Le nombre de catholiques fidèles à Rome est estimé à 12 millions, alors que les catholiques «patriotiques» sont au nombre de quatre à cinq millions, affirme la Fondation du cardinal Kung établie aux Etats-Unis. (apic/imed/bb)




