Rome: Les arcanes de la dépression à l’étude au Vatican

Le pape préoccupé par «la diffusion des états dépressifs»

Rome, 14 novembre 2003 (Apic) Le pape Jean Paul II s’est préoccupé vendredi de «la diffusion des états dépressifs», devenue «préoccupante». Son intervention s’inscrit dans le cadre du colloque international sur la dépression, organisé du 13 au 15 novembre au Vatican par le Conseil pastoral pour la santé, que préside le cardinal Javier Lozano Barragan.

Chacun des intervenants a proposé un angle de réflexion différent sur le sujet, qu’il soit sociologique, anthropologique, scientifique ou encore théologique. Tous ont cependant mis en évidence les influences de la société matérialiste sur le développement de cette pathologie.

Pour le pape, la dépression révèle «une fragilité humaine, psychologique et spirituelle qui – au moins en partie – est induite par la société». Il a tenu à mettre en lumière le rôle parfois négatif joué par les médias qui «véhiculent des messages exaltant la consommation, la satisfaction immédiate des désirs, la course à un bien-être toujours plus important».

«La dépression est toujours une épreuve spirituelle», a poursuivi le pape en insistant sur le rôle et la place de ceux qui prennent soin des malades. Tout en reconnaissant que «ce qui paraît simple et spontané aux autres coûte beaucoup aux personnes dépressives», Jean Paul II a insisté sur les bénéfices à recevoir de la lecture des psaumes, de la prière du rosaire ou de l’Eucharistie, «source de paix intérieure». Il a enfin souligné que cette pathologie peut être, «une route pour découvrir d’autres aspects de soi-même et de nouvelles formes de rencontre avec Dieu».

«La dépression est devenue la maladie du siècle, presque un symbole des temps modernes». Ce sont par ces mots que le cardinal José Saraiva Martins avait ouvert mercredi le congrès. Pour lui, cette pathologie, qui résulte de la «conjonction de divers facteurs: biologiques, historiques, environnementaux et psychologiques», est un phénomène d’ampleur puisqu’elle touche, d’après des estimations statistiques, près de 12% de la population mondiale, hommes et femmes, jeunes et vieux, habitants des pays industrialisés et des pays en développement.

Et la société.?

Selon lui, la Bible et la foi chrétienne répondent à certaines interrogations sur la dépression. En effet, «l’homme souffrant a toujours eu un poste privilégié dans l’anthropologie biblique et dans le message chrétien». Il est «au centre de l’amour compatissant de Dieu».

«La société peut-elle être dépressive?», s’est pour sa part demandé le psychanalyste français Tony Anatrella. Pour lui, la réponse s’impose d’elle-même, «ce sont les personnes qui se dépriment et non les sociétés qui sont à l’image de leurs membres». Il a pourtant souligné que «la société produit des pathologies sociales qui ont des répercussions sur les personnes selon l’état de chacun». Parmi ces pathologies, le Père Anatrella a indiqué «l’individualisme, le chômage, le divorce, le manque de transmission du savoir, de culture, de la morale et de la vie religieuse…». Pour lui, «la société peut amplifier des troubles dépressifs» et, s’il constate que la dépression – qu’il définit comme «un refus et un défaut de consentement à la vie» – est «une maladie qu’il faut soigner», il relève aussi que sa compréhension ne peut pas être réduite à une simple affection individuelle surtout lorsque ce mal et cette souffrance se trouvent largement partagés.

La dépression «globale»

Le cardinal Paul Poupard, président du Conseil pontifical pour la culture, a proposé un raisonnement voisin, soulignant à quel point la «culture contemporaine dominante» porte en elle des «points de rupture». Elle «dénature l’homme et nuit à son développement harmonieux», sans lui permettre un «épanouissement (…) des potentialités qui l’habitent».

Un médecin suédois, Bengt J. Saftsen, intervenant sur le thème du suicide, a précisé que ce problème qui a crû de 60% ces dernières 45 ans – l’Organisation mondiale de la santé a calculé qu’un suicide est commis toutes les 40 secondes – n’est pas limité au monde occidental, mais est «global».

Le monde musulman aussi

Un professeur de médecine jordanien, Kamel Aljouni, a cependant souligné que la dépression «a proliféré avec le développement de la société matérialiste». Ouvrant la réflexion au monde musulman, il a souligné que la loi de l’Islam demande aux croyants «de chercher des traitements dans la médecine moderne, car Dieu a créé un remède pour toute maladie, excepté la mort». Dans le même temps, les croyants doivent être convaincus que «Dieu, et Dieu seul, leur donnera la paix et la tranquillité» et que «l’attachement à Dieu et la confiance en lui est le seul moyen de prévention et de protection contre cette maladie».

Concernant enfin la disparité internationale en matière de soin, le directeur du département de santé mentale et de dépendance aux substances de l’Organisation mondiale de la santé, B. Saraceno, a souligné que 35% des personnes souffrant de dépression reçoivent un traitement alors que dans d’autres régions, comme dans l’Afrique sub-saharienne ou en Chine, le taux de traitement tombent à 5%. (apic/imedia/pr)

14 novembre 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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