Au risque d’envenimer les relations avec les orthodoxes ?

Rome : Les évêques gréco-catholiques d’Ukraine réclament au pape le titre de patriarcat

Rome, 1er février 2008 (Apic) Les évêques gréco-catholiques d’Ukraine ont publiquement demandé à Benoît XVI l’élévation de leur Eglise au rang de patriarcat, le 1er février 2007. Pour la première fois depuis 1937, le pape recevait au Vatican les évêques uniates en visite « ad limina ». Dans le discours qu’il leur a adressé, le pape n’a pas répondu à cette requête qui, si elle était satisfaite, pourrait envenimer les rapports avec l’Eglise orthodoxe russe.

«Nous nous permettons à nouveau de demander pour notre Eglise la reconnaissance du patriarcat, attendue de manière croissante par nos fidèles», a ainsi déclaré le cardinal Lubomyr Husar, archevêque majeur de Kiev des Ukrainiens. Une demande inhabituelle dans la traditionnelle adresse que les dirigeants des conférences épiscopales adressent au pape lors de l’audience officielle concluant toute visite « ad limina ».

Le cardinal Husar a aussi souhaité que l’Eglise gréco-catholique d’Ukraine soit mieux représentée dans les arcanes du Saint-Siège. «C’est notre désir d’entretenir des relations vives et fécondes, ordonnées et stables avec les organes du Saint-Siège (.). A cette fin, nous indiquons l’utilité d’avoir nos consulteurs dans les dicastères qui ont le plus grand intérêt commun», a ainsi déclaré l’archevêque majeur.

Dans son intervention, Benoît XVI n’a pas directement répondu à ces requêtes. Il a insisté sur la formation spirituelle, théologique et pastorale «permanente» du clergé uniate, «si possible en collaboration avec l’épiscopat latin, en respectant chacun ses propres traditions».

Le pape a aussi insisté sur la collaboration entre clergé latin et de rite byzantin. «Je suis certain que de telles dispositions intérieures pourront plus facilement adoucir d’éventuels malentendus dans la prise de conscience que chacun des deux rites appartiennent à l’unique communauté catholique et ont chacun la pleine et égale citoyenneté de l’unique peuple ukrainien».

Le pape s’est aussi inquiété «de certaines difficultés» que les prélats lui ont rapportées au sujet de la formation et de la responsabilité des religieux et des religieuses des monastères uniates. «Exhortez ces frères et ces soeurs à défendre sans cesse le caractère ’a-séculier’ de leur vocation particulière», a indiqué le pape en leur demandant «d’observer fidèlement leur voeu de pauvreté, de chasteté et d’obéissance».

Enfin, Benoît XVI s’est arrêté sur les relations difficiles entre l’Eglise uniate et l’Eglise orthodoxe. «Il faut humblement reconnaître qu’en ce domaine persistent des obstacles concrets et objectifs», a souligné Benoît XVI, qui a souhaité de la part des évêques ukrainiens «un soutien valide à l’action oecuménique».

En Ukraine, environ 5 millions de chrétiens se réclament du catholicisme. Les chrétiens relèvent presque tous de l’Eglise gréco-catholique, dite uniate, une institution particulière qui, tout en dépendant de l’Eglise romaine, conserve des traits communs avec les orthodoxes tels que l’utilisation de la liturgie byzantine et la possibilité pour les hommes mariés de devenir prêtres. Elle compte aujourd’hui 15 évêques et près de 2’200 prêtres, 750 moines, 1’100 religieuses et 3’000 églises.

Depuis des temps immémoriaux, l’Eglise catholique orientale ukrainienne demande avec insistance au Saint-Siège l’élévation de son archevêché au rang de patriarcat. Le cardinal Husar poursuit cette quête avec détermination, se targuant du soutien de Jean Paul II. Mais les orthodoxes russes voient d’un très mauvais oeil cette réforme qu’ils considèrent comme la marque d’un prosélytisme catholique avancé. La question divise la curie romaine, car elle pourrait remettre en cause le dialogue oecuménique avec l’Eglise orthodoxe.

Le cardinal Husar, archevêque de Lviv, a transféré son siège à Kiev (capitale du pays, considérée par les orthodoxes slaves comme la ville de leur baptême), dans une région à majorité orthodoxe, en août 2005. Cette translation avait provoqué une réaction très vive de la part des orthodoxes russes.

L’opposition virulente de l’Eglise orthodoxe russe au projet de création d’un patriarcat des grecs-catholiques suscite, entre autres, la colère des nationalistes ukrainiens, qui craignent de voir le Saint-Siège céder aux demandes de Moscou sur le sort de l’une des Eglises du pays.

Le projet d’un patriarcat uniate en Ukraine a fait l’objet de controverses tant dans le monde catholique que chez les orthodoxes. Suite au voyage en Russie du cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, en février 2004, une commission mixte composée de catholiques et d’orthodoxes a été mise en place pour étudier et trouver des solutions aux points d’achoppement entre l’Eglise orthodoxe russe et l’Eglise romaine, en particulier sur la question du patriarcat ukrainien. (apic/imedia/hy/pr)

1 février 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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