Un manifeste politique pour l’Eglise en Chine
Rome: Les Méditations du chemin de croix au Colisée du cardinal Zen
Rome, 18 mars 2008 (Apic) Le traditionnel chemin de Croix du Colisée est chaque année l’occasion pour le pape de mettre en avant un prélat ou un thème qui lui est cher. Cette année, Benoît XVI a voulu mettre l’Eglise de Chine à l’honneur en confiant cet exercice rhétorique à l’évêque de Hong Kong, le cardinal Joseph Zen Ze-Kiun.
L’évêque de Hong Kong, le cardinal Joseph Zen Ze-Kiun, religieux salésien, figure incontournable des relations entre le Saint-Siège et la Chine, peu apprécié des autorités de Pékin pour son franc parlé, a saisi l’occasion des Méditations du chemin de croix au Colisée, qui lui ont été confiées par le pape.
Une occasion de faire très clairement allusion à la situation actuelle des catholiques dans l’Empire du Milieu : persécutions, absence de liberté religieuse et divisions de l’épiscopat entre une Eglise officielle et une Eglise clandestine. Des propos qui pourraient déplaire au gouvernement chinois.
«Je n’ai pas hésiter un seul instant pour accepter une telle tâche. J’ai compris que le pape, par ce geste, entendait manifester son attention personnelle au grand continent asiatique et particulièrement impliquer les fidèles de Chine dans cet exercice solennel de piété chrétienne», écrit ainsi sans détours le cardinal dans l’introduction de ces méditations qui seront lues au Colisée dans la soirée du 21 mars en présence de Benoît XVI et retransmises en direct dans le monde entier.
«Le pape a voulu que je porte au Colisée la voix de ces soeurs et de ses frères lointains», écrit encore le cardinal qui a glissé dans presque chacune de ses méditations et de ses prières pour les 14 stations du chemin de croix une référence à la situation religieuse en Chine.
Les martyrs vivants du 21 siècle présents dans le coeur du pape
«Ce soir, au Colisée, il n’y a pas que nous. Tous les ’martyrs vivants’ du 21e siècle sont présents dans le coeur du pape et dans nos coeurs», écrit encore le cardinal Zen. «En pensant à la persécution, nous pensons aussi aux persécuteurs», écrit-il sans ambages.
Ainsi, «les Colisée (lieu symbolique des premiers martyres chrétiens à Rome, ndlr) se sont multipliés à travers les siècles, là où nos frères, dans différentes parties du monde (.) sont encore aujourd’hui durement persécutés». L’évêque de Hong Kong insiste particulièrement sur le thème de la persécution : «Dans tant de parties du monde l’Epouse du Christ (l’Eglise, ndlr) est en train de traverser la période ténébreuse de la persécution». Et le cardinal de se demander, comme une apostrophe aux autorités chinoises : «Pourquoi cette oppression ? Pourquoi cette humiliation ? Pourquoi cet esclavage prolongé ?»
«A travers les siècles, des troupeaux d’innocents ont été condamnés à d’atroces souffrances. Certains crient à l’injustice, mais ce sont les mêmes, les innocents, qui expient en communion avec le Christ, l’Innocent, les péchés du monde», écrit le cardinal Zen à la troisième station du chemin de croix. «Nous croyons fermement que leurs souffrances, même si elles semblent être une totale défaite sur le moment, porteront la vraie victoire de l’Eglise».
La situation de la hiérarchie catholique en Chine
Faisant allusion à la situation historique de la hiérarchie catholique en Chine divisée entre une Eglise officielle, dont les évêques furent nommés pendant 50 ans par le seul Parti communiste, et l’Eglise clandestine, dont les évêques restèrent fidèles à Rome, l’évêque de Hong Kong écrit : «la trahison surprend, surtout quand elle concerne aussi les pasteurs du troupeau». «Ne nous scandalisons pas !
Les défections n’ont jamais manqué durant les persécutions. Et après, il y a souvent des retours». Lors de la réunion extraordinaire organisée au Vatican sur la Chine les 4 et 5 mars dernier, l’une des questions soulevées a été la réconciliation souhaitée par le pape entre les deux épiscopats. «Ton choix (celui du Christ, ndlr) de confier la poursuite de l’oeuvre du salut à des hommes faibles et vulnérables manifeste ta sagesse et ta puissance», écrit encore le cardinal chinois. «Quand nous aidons les frères de l’Eglise persécutée (.), en réalité nous sommes encore plus aidés par eux».
Commentant le rôle du préfet Pilate, l’évêque de l’ancienne colonie britannique souligne à l’intention de Pékin : «Pilate est l’image de tous ceux qui détiennent l’autorité comme instrument de pouvoir et ne tiennent pas compte de la justice». Puis, dans une prière, il demande à Dieu : «illumine la conscience de toutes ces personnes constituées en autorité, pour qu’elles reconnaissent l’innocence de ton troupeau. Donne leur le courage de respecter la liberté religieuse».
«Il y a des athées courageux qui sont prêts à se sacrifier pour la révolution : ils sont disposés à embrasser la croix, mais sans Jésus. Parmi les chrétiens, il y a aussi des ’athées’ de fait qui veulent Jésus, mais sans la croix», conclu le cardinal Zen dont le texte publié par la Librairie éditrice vaticane est illustré d’images de la Passion du Christ dont les protagonistes sont des Chinois. (apic/imedia/hy/vb)



