Il n’y a pas d’obstacles majeurs à leur rétablissement

Rome: Les relations entre le Saint-Siège et la Chine vues par Mgr Lajolo

Rome, 24 juin 2005 (Apic) Il n’y a pas d’obstacles majeurs au rétablissement des relations entre le Saint-Siège et la Chine, selon le secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats.

Pour Mgr Giovanni Lajolo, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats, il n’y a «pas de difficultés insurmontables» au rétablissement des relations diplomatiques avec la Chine. Le «ministre des Affaires étrangères» du Vatican s’exprimait sur Radio Vatican, de retour d’une tournée diplomatique de dix jours dans le sud-est asiatique.

«Je suis certain qu’avec de la bonne volonté et l’esprit d’amitié dont les deux parties veulent être indubitablement animées, on pourra arriver à bon port», a déclaré Mgr Lajolo. Cependant, a-t-il poursuivi, il faut «procéder avec prudence et vérifier quelques conditions incontournables de part et d’autre».«Il est évident que le Saint-Siège reconnaît l’Etat chinois sans avoir cependant avec lui des relations diplomatiques», a-t-il insisté.

«Quand on parle de la reconnaissance d’un pays, il faut distinguer entre la reconnaissance de la réalité même d’un pays et de son gouvernement, et l’établissement des relations diplomatiques», a expliqué le diplomate de retour de son séjour qui l’a conduit en Thaïlande, en Malaisie, à Singapour et à Brunei.

Le «ministre des Affaires étrangères» du Saint-Siège a par ailleurs indiqué avoir été reçu avec «une grande cordialité» en Malaisie et à Brunei. Ces deux pays n’ont pas de relations diplomatiques avec Saint- Siège.

Au cours de sa tournée diplomatique dans le sud-est asiatique, Mgr Lajolo a aussi abordé la question des relations avec la Chine à l’occasion d’une table ronde à Singapour. Il avait alors souligné l’amélioration des «relations entre le Saint-Siège et la République populaire Chine». Le Vatican est prêt à reprendre les relations diplomatiques avec la Chine, si Pékin garantit toutefois la liberté de culte». «Il y a naturellement des difficultés, mais celles-ci ne sont pas insurmontables», avait ajouté Mgr Lajolo.

Les allusions de Benoît XVI

Dans son premier discours aux 174 ambassadeurs accrédités au Saint- Siège, le 12 mai dernier, Benoît XVI avait fait allusion à l’avenir des relations diplomatiques du Saint-Siège avec la Chine. Il avait alors «souhaité» que les pays non-accréditées auprès du Vatican y envoient un ambassadeur. La Malaisie, le Brunei, le Vietnam et l’Arabie Saoudite font partis de cette liste. Mais la Chine était l’un des objectifs diplomatiques majeurs de son prédécesseur. Après une éclipse de près de quatre ans, suite à la béatification de 120 martyrs chinois par Jean-Paul II en 2001, les relations sino-vaticanes semblent relancées.

Les diplomates du Vatican se réjouissent et accueillent favorablement «ces signes de bonne volonté». Cependant, il n’y a pas encore de dialogue officiel. Le Saint-Siège attendrait plus de gestes concrets, ont expliqué des diplomates du Vatican. A l’heure actuelle, Pékin se dit près à étudier la reprise de relations diplomatiques à deux conditions : la fermeture de la nonciature de Taiwan (l’île est considérée comme une ’province rebellé par la République populaire de Chine, ndlr), et la garantie que le Pape n’intervienne pas, «au nom de la religion», dans les affaires intérieures de la Chine.

Liberté religieuse: un obstacle

Le Vatican reste cependant intransigeant sur la question de la liberté religieuse. Ces derniers mois, le Saint-Siège dénonçait systématiquement les arrestations arbitraires de prêtres catholiques par les autorités chinoises. Quelques heures avant le décès de Jean-Paul II, le porte-parole du Saint-Siège, Joaquin Navarro-Valls, condamnait encore officiellement l’arrestation de plusieurs religieux.

Quant à la question taiwanaise, ce ne serait pas un obstacle. En 1999, le secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Angelo Sodano avait déclaré que, pour lui, l’ambassade de Taipei était «la nonciature en Chine». Si «le gouvernement central» (Pékin, ndlr) le permettait, elle pourrait être transférée sur le continent. Les taiwanais sont donc préparés à une éventuelle fermeture de leur représentation pontificale. Mais aujourd’hui, pour la Secrétairerie d’Etat la nomination d’un nonce à Pékin ne serait pas un moyen, mais une fin. Un simple «délégué» pourrait préparer la voie à la réconciliation, à condition qu’il puisse rencontrer les quelque 12 millions de catholiques de l’Eglise «patriotique», contrôlée par le pouvoir, et de l’Eglise clandestine. En attendant, les initiatives individuelles existent.

Le cardinal Roger Etchegaray a été pionnier. Entre 1980 et 2003, «l’homme des missions spéciales» de Jean Paul II s’est rendu à quatre reprises en Chine. D’autres lui ont emboîté le pas, le cardinal Jaime Sin, archevêque émérite de Manille d’origine chinoise, décédé le 21 juin dernier, s’y était rendu au début des années 1990. Au moment de la mort de Jean Paul II, c’est le cardinal Godfried Dannels, l’archevêque de Malines- Bruxelles en Belgique, qui s’y trouvait. Mais aucun de ces cardinaux n’a jamais eu de mandat officiel, tout comme la communauté laïque de Sant’Egidio.

La «diplomatie parallèle»

Parfois qualifié de «diplomatie parallèle» du Saint-Siège, le mouvement catholique laïc, dont le siège se trouve à Rome, a développé depuis dix ans des liens avec les intellectuels du régime, en particulier l’Académie des sciences morales et l’Institut des religions de Pékin. Depuis un an, ces rapports se sont intensifiés et étendus au ministère de la Sécurité responsable des questions religieuses.

Selon des responsables de Sant’Egidio, cet intérêt renouvelé de la Chine pour l’Eglise catholique répond à des préoccupations de politique intérieure et étrangère. Dans son ouverture et son intégration internationale, dans la perspective des Jeux olympiques de Pékin en 2008, la Chine serait en train de réévaluer son rapport au religieux. Elle voudrait «investir» dans les valeurs morales portées par les religions et en particulier le christianisme. (apic/imedia/hy/pr)

24 juin 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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