Appel aux gouvernements pour agir contre la traite des femmes

Rome: Les religieuses déclarent la guerre au trafic d’êtres humains

Rome, 11 juin 2008 (Apic) Chaque année entre 700’000 et 2 millions de personnes sont l’objet de trafic d’êtres humains, traitées comme de la marchandise. La plupart des victimes viennent de l’Asie, puis d’ex-Union Soviétique, qui devient l’un des nouveaux pôles d’attraction pour les trafiquants, entre 200 et 500’000 viennent d’Amérique Latine, et sont destinées aux Etats-Unis et à l’Europe.

Ces chiffres effrayants ont été communiqués la semaine dernière à Rome, lors d’un Congrès international sur la traite des êtres humains, et en particulier des femmes, intitulé «Religieuses en réseau contre la traite». A cette occasion, les religieuses catholiques ont lancé un appel vigoureux aux chefs d’Etat et de gouvernement, aux organisations internationales, et à tous les hommes de bonne volonté, à multiplier les efforts pour éradiquer ce fléau social.

Ce congrès international a été mis sur pied par l’Union internationale des supérieures générales (UISG), avec le concours de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Il a rassemblé une cinquantaine de religieuses provenant d’une vingtaine de pays et de 31 congrégations différentes. «Je ne crois pas qu’il puisse y avoir un pays qui se lave les mains de ce phénomène», a déclaré à l’agence d’information de la Congrégation vaticane pour l’évangélisation des peuples Soeur Victoria Gonzales de Castejon, secrétaire générale de l’UISG.

Trafic et exploitation d’êtres humains constituent «une violation des droits de l’homme et une honte pour toute l’humanité», déclarent les religieuses. Ce congrès était organisé par l’UISG, qui regroupe 900 supérieures générales de congrégations religieuses féminines pour un total de 800’000 religieuses dans le monde, avec l’appui de l’OIM, une organisation présente dans 124 pays. Cette collaboration entre l’UISG et l’OIM, qui a commencé en 2004, a déjà permis la réalisation de cours de formation de lutte contre la traite pour les religieuses catholiques dans le monde, avec le soutien de l’ambassade des Etats-Unis près le Saint-Siège et financés par le Bureau pour les réfugiés et les migrants du gouvernement américain. En Italie, les religieuses ont arraché des dizaines et des dizaines de femmes de la rue.

Les Etats ne font pas assez pour arracher les femmes de la rue

Dans leur document final, les religieuses dénoncent le trafic de personnes comme un des problèmes les plus urgents de notre époque, et dénoncent un marché du sexe basé sur la fausse idée de la domination masculine, «une idée qui n’est pas encore suffisamment combattue». Les religieuses relèvent par ailleurs que les politiques des Etats ne font pas assez pour arracher les femmes de la rue et que «tout renforcement d’une action répressive contre l’émigration ne fait qu’accentuer le trafic illégal, car les gens cherchent à fuir leur condition de pauvreté».

Le congrès, qui coïncidait avec le Sommet de la FAO sur la sécurité alimentaire mondiale, a souligné que la reconnaissance de la dignité de chaque personne faisait partie des droits humains au même titre que celui de l’alimentation, dénonçant les situations de malaise et de misère qui constituent un terrain fertile pour les trafiquants.

La traite, un des effets de la mondialisation de la pauvreté et de la faim

Les religieuses estiment que la traite est un des effets de la mondialisation de la pauvreté et de la faim, «contre lesquels les gouvernements n’ont engagé de lutte que sous forme de paroles».

«Ce congrès, a déclaré soeur Victoria Gonzalez de Castejon, secrétaire générale de l’UISG, nous a permis de faire un pas en avant, de prendre conscience que nous devons renforcer davantage notre action, en tant que femmes de foi, en tant que religieuses catholiques, pour apporter notre soutien aux plus faibles et aux sans défenses, car l’évangélisation et la promotion humaine vont ensemble».

«Le prochain pas consistera à impliquer davantage les congrégations masculines dans cette lutte, ces dernières pouvant faire beaucoup contre le marchandage et l’exploitation de la sexualité par les hommes», a déclaré pour sa part le Père Pietro Trabucco, secrétaire général de l’Union des Supérieurs Généraux (USG), qui réunit 226 supérieurs de congrégations masculines pour un total de 200’000 religieux dans le monde.

Les religieuses s’engagent à combattre ce fléau social

Lors du Congrès plénier de leur Union internationale (UISG) célébré en 2001, les Supérieures Générales du monde entier s’étaient engagées à lutter contre la plaie sociale de la traite des êtres humains. Depuis cette date, des centaines de religieuses dans le monde ont suivi des cours de formation, en collaboration avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), pour écouter et aider surtout les femmes victimes de la traite et de l’esclavage à des fins d’exploitations sexuelle.

Cette activité criminelle engendre un énorme chiffre d’affaires: selon des données fournies pendant le Congrès de Rome, rien qu’au Canada, chaque année le trafic de femmes étrangères à des fins d’exploitation sexuelle et de prostitution produit des bénéfices d’environ 400 millions de dollars.

Un phénomène étroitement lié à des questions géopolitiques, où les femmes sont d’abord victimes de la pauvreté, de la discrimination, de la difficulté d’accès aux biens élémentaires, contraintes d’émigrer pour pouvoir faire vivre leurs enfants et elles-mêmes. Les victimes de la traite ne sont pas utilisées seulement pour la prostitution, mais aussi pour les travaux forcés, le trafic de drogue, les adoptions illégales de mineures, la vente d’organes, la mendicité, et pour toutes formes d’exploitation professionnelle. (apic/fides/be)

11 juin 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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