Le cardinal Cottier et W. Poltawska, vieille amie polonaise du pape
Rome: Les témoignages de ceux qui ont côtoyé le pape
Rome, 2 avril 2005 (Apic) Le cardinal suisse Georges Cottier, ému et triste, «salue l’agonie exemplaire» de Jean Paul II et rend hommage à la dimension missionnaire de ce pape.
Le cardinal Cottier, théologien de la maison pontificale, a confié dans la soirée du 1er avril 2005 sa «grande émotion et sa tristesse» devant la mort inéluctable de Jean Paul II. Interrogé par l’agence catholique I.Media à Rome alors que les conditions de santé du pape semblaient de plus en plus critiques, le cardinal suisse a souligné «la mort exemplaire» du souverain pontife.
Le cardinal Cottier a dit ressentir une «grande émotion et une grande tristesse» à l’approche de la mort de Jean Paul II, précisant qu’il s’agissait d’»une mort exemplaire» et qu’il fallait «la vivre dans la prière».
A propos de la souffrance du pape, le théologien de la maison pontificale a déclaré que, «depuis des mois, il est entré dans le mystère de la croix de Jésus», soulignant que Jean Paul II avait demandé, le matin même, qu’on lui relise les stations du chemin de croix. «C’est vraiment une mort chrétienne, cela veut dire que son coeur vit dans l’espérance de la résurrection», a-t-il encore ajouté.
Le cardinal Cottier a aussi invité à ne pas oublier que Jean Paul II a été «un grand apôtre de l’espérance». «Dés le premier jour de son pontificat il a lancé ’N’ayez pas peur’, alors que nous sommes pleins de peurs, de réticences et de visions noires sur l’avenir», a-t-il encore expliqué.
Interrogé sur l’héritage de Jean Paul II, le cardinal suisse a estimé qu’il a vraiment «ouvert des pistes», précisant: «Quand il nous a parlé de la nouvelle évangélisation, c’est la dimension missionnaire de la foi qui a été largement soulignée, surtout depuis la fin de l’année sainte» (le jubilé de l’an 2000, ndlr).
«A la fin de l’an 2000, il était déjà fatigué, et je croyais que c’était un terme pour lui», a reconnu le cardinal Georges Cottier. «Et, en fait, dès le 6 janvier 2001, fête de l’Epiphanie, il a lancé l’Eglise dans la nouvelle évangélisation, insistant beaucoup sur l’aspect spirituel».
Le prélat avoue avoir gardé gravé dans sa mémoire la «bouleversante liturgie» lors de la demande de pardon du 12 mars 2000. De la même façon, il a été très marqué par la visite du pape au Mur des lamentations, à Jérusalem, quelques jours plus tard. «J’ai pu voir chez certains amis juifs combien ce geste les a frappé», a-t-il confié.
«C’est un pape qui a été un apôtre de la paix», a encore noté le cardinal Cottier, évoquant les appels lancés en ce sens depuis Assise, en 1986 et 1996.»Il a donné une dimension vraiment universelle à ce que Paul VI avait déjà exprimé au moment du Concile, une Eglise où dialogue et mission vont de paire».
Le cardinal a enfin noté que «la relation avec les religions non- chrétiennes faisait partie des chantiers à peine ouverts», reconnaissant que l’Eglise n’est pas assez prête en ce domaine et que «cela sera un des défis du prochain pape». «Je crois que l’Esprit Saint va indiquer au prochain ce qu’il doit faire», a-t-il enfin déclaré.
Le dominicain suisse Georges Marie Cottier est théologien de la Maison pontificale depuis 1989, à ce titre, il a été en charge de relire les textes pontificaux. Il a été créé cardinal par Jean Paul II lors du dernier consistoire de son pontificat, le 21 octobre 2003. Agé de plus de 80 ans, il ne participera donc pas à l’élection du futur pape.
Wanda Poltawska: Jean Paul II, un «saint à l’heure actuelle»
Autre témoignage, celui de la vieille amie polonaise du pape, pour qui Karol Wojtyla est un saint. «Jean Paul II accepte son destin d’une façon que nous ne pouvons même pas comprendre», a ainsi déclaré Wanda Poltawska, également rencontrée à Rome.
Pour l’amie du pape âgée de quelques mois de moins que lui, «il est difficile de trouver une personne aussi profondément croyante» que Jean Paul II. Selon cette proche du pape habitant Cracovie mais se rendant régulièrement à Rome, sa foi est «réaliste». «Il est en contact avec Dieu. Pour lui, c’est une réalité».
Wanda Poltawska n’hésite pas à qualifier son vieil ami de «saint à l’heure actuelle». «Naturellement, avec le temps, les forces sont devenues plus faibles», a-t-elle commenté. «Tout son corps est vieux». Mais, pour elle, «il est difficile de trouver une personne aussi forte», car même si le pape souffre, il ne se plaint jamais.
«Sa force n’est pas corporelle, c’est une force de l’esprit», a poursuivi la Polonaise spécialiste en psychiatrie pour les jeunes. «Avant tout, de lui s’irradie cette sécurité que Dieu est partout», a-t-elle confié.
Elle et son mari Andrzej Poltawski ont rencontré le pape lorsque, jeune prêtre à Cracovie, il s’occupait d’étudiants en médecine. «Chacun est créé pour la sainteté, mais lui a été exceptionnel par son humilité, sa simplicité, sa délicatesse».
«Si une personne a la possibilité de s’approcher de lui, elle se sent immédiatement aimée, parce que cet homme réalise pleinement le commandement de l’amour, comme le Christ l’a demandé», a encore confié la femme. «Il veut vraiment sauver tout le monde. Il est prêt à se sacrifier lui-même, il est prêt à aider chacun». «Même quand il est devenu archevêque, il avait toujours du temps pour les autres», a-t-elle souligné.
Le «Saint-Père nous a toujours dit de prier pour la foi, de prier pour la lumière, et d’ouvrir les yeux de l’âme, car l’âme a des yeux différents du corps», a conclu l’amie du pape.
La Polonaise, membre de l’Académie pontificale pour la vie, consulteur permanent du Conseil pontifical de la famille avec son mari, et consulteur du Conseil pontifical pour la pastorale de la santé, s’est également rappelée qu’à Cracovie, le pape avait fait «une leçon de prière» aux journalistes durant une heure, les obligeant à prier en silence. «Parce qu’avant tout, il parle avec Dieu et ensuite avec les gens. Et il en a toujours été ainsi». (apic/imedia/pr)



