Rome: message du pape au peuple rwandais à la suite des massacres (090694)
Rome, 9juin(APIC) Le pape Jean Paul II a adressé jeudi un message aux
évêques, prêtres, religieux et aux fidèles catholiques ainsi qu’à tout le
peuple rwandais à la suite de la tragique nouvelle du meurtre de l’archevêque de Kigali, des évêques de Kabgayi et de Byumba, et de nombreux prêtres
et religieux au Rwanda.
Le pape se déclare «profondément bouleversé» par les nouvelles qui lui
parviennent du Rwanda. «Je m’unis à vous pour déplorer la mort cruelle de
Mgr Vincent Nsengiyumva, archevêque de Kigali, de Mgr Thaddée Nsengiyumva,
évêque de Kabgayi et président de la conférence épiscopale du Rwanda, et de
Mgr Joseph Ruzindana, évêque de Byumba, et aussi de plusieurs prêtres et
religieux».
La situation dramatique où est plongé le Rwanda à cause du terrible conflit qui le déchire «me pousse à supplier Dieu, Père de tout miséricorde,
et le Christ, qui a livré sa vie pour la multitude, de permettre la réconciliation dans cette nation martyre et d’accueillir avec bonté les victimes», écrit-il. Avant de poursuivre: «Que les pasteurs, disparus avec tant
de leurs frères et soeurs tombés au cours d’affrontements fratricides,
trouvent à jamais dans le Royaume des Cieux la paix qui leur a été refusée
sur leur terre bien-aimée».
Jean Paul II implore le Seigneur pour les communautés diocésaines privées de leurs évêques et de nombreux prêtres, pour les familles des victimes, pour les blessés, pour les enfants traumatisés, pour les réfugiés.
«Que chacun retrouve, malgré l’horreur des événements de ces temps, le réconfort de la charité fraternelle et la lumière de l’espérance!»
«J’adjure tous les Rwandais, ainsi que les responsables des nations qui
peuvent leur venir en aide, de tout faire sans délai pour que s’ouvrent les
voies de la concorde et de la reconstruction du pays si gravement meurtri.
Au nom de l’amour du Christ, j’appelle les fidèles de l’Eglise catholique
dans le monde entier à prier sans cesse pour la paix dans la terre d’Afrique et à déployer toutes les ressources de la solidarité afin de soutenir
des frères et des soeurs précipités dans l’abîme de l’épreuve».
«Pasteurs et fidèles du Rwanda, peuple rwandais, sachez que je demeure
près de vous chaque jour. Je vous confie à l’intercession de la Mère du
Christ, qui a été debout au pied de la Croix et qui a vu transpercer le coeur de son fils. Afin que Dieu vous apporte la consolation de sa grâce, je
vous envoie la Bénédiction apostolique avec toute mon affection».
Les vains appels des évêques
Le massacre des trois évêques a été commis mardi 7 juin à Kabgayi, au
sud de Kigali, ville qui abrite un centre religieux important. Le 1er juin,
le Saint-Siège a interpellé le Conseil de sécurité de l’ONU pour exiger la
création d’une zone de sécurité autour du complexe religieux de Kabgayi.
Selon «L’Osservatore Romano», Mgr Renato Martino, observateur permanent du
Saint-Siège auprès des Nations-Unies à New York, avait fait valoir qu’une
telle mesure répond aux voeux des évêques du Rwanda. Dans une lettre au pape, ceux-ci avaient signalé que le centre religieux de Kabgayi héberge
38.000 Tutsis qui ont fui les milices hutues. Le centre de Kabgayi regroupe
un monastère, un complexe hospitalier et des écoles.
Les sources qui ont annoncé la mort des trois évêques – tous issus de
l’ethnie Hutu – et des prêtres à Kagbayi font état également du massacre,
le 6 juin, dans l’église de Myamirambo, un quartier de Kigali, de 9 prêtres
et de 63 civils.
Après l’appel au dialogue lancé le 9 avril par les évêques rwandais, qui
n’avait pas rassuré les observateurs, dans la mesure où les prélats s’y félicitaient de la mise en place d’un nouveau gouvernement auquel ils promettaient leur soutien, sans aucune allusion à la responsabilité des autorités
en place dans les massacres, d’autres appels ont été lancés. Et notamment
un par la conférence épiscopale, quatre par Mgr Vincent Nsengiyumva, et
deux par Mgr Thaddée Nsengiyumva, sans compter un communiqué des responsables des Eglises catholique et protestantes du Rwanda. Ce dernier demandait
entre autres à «tous les chrétiens de bonne volonté de se refuser aux actes
de massacre et de se désolidariser des auteurs de pillages et de vandalisme».
Dans le premier des quatre appels qu’il a lancés, daté du 17 avril,
l’archevêque de Kigali suppliait le FPR et le gouvernement de «négocier
sans délai et sans ruse afin de décider ensemble comment mettre en place
les institutions de la Transition à Base Elargie, seul moyen de restaurer
la paix tant attendue par les Rwandais aussi bien à l’intérieur que dans la
diaspora». (apic/jmg/pr)



