Oui à une ingérence humanitaire pour protéger les civils
Rome: Message du pape pour la Journée mondiale de la paix du 1er janvier 2000.
Rome, 13 décembre 1999 (APIC) Le pape Jean Paul II s’est prononcé lundi en faveur de l’ingérence humanitaire dans les affaires intérieures des Etats, lorsque les populations civiles sont touchées par des conflits internes. Dans son message pour la Journée de la paix du 1er janvier 2000, rendu public le 13 décembre au Vatican, le pape relève que les crimes contre l’humanité ne peuvent pas être considérés comme des affaires internes d’un pays. D’où, précise le pape, l’importance de l’institution d’un Tribunal pénal international. La dette internationale, la lutte contre la faim et les maladies figurent en bonne place dans le message de Jean Paul II. Au même titre que la lutte contre la misère.
Intitulé «Paix sur la terre aux hommes que Dieu aime!» le message de Jean Paul II pour la prochaine Journée mondiale de la paix souligne en outre le droit à l’assistance humanitaire. et invite à une nouvelle et profonde réflexion sur le sens de l’économie et de ses finalités. Abordant enfin la spirale de la violence et des violences souvent liées à ce grave problème, invitant aussi à réfléchir sur le fossé qui se creuse entre le Nord et le Sud, Jean Paul souhaite une nouvelle et profonde réflexion sur le sens de l’économie et de ses finalités.
Instaurée par le pape Paul VI le 8 décembre 1967, la Journée mondiale de la paix est célébrée chaque année le 1er janvier. Au cours de l’année 2000, Année Jubilaire, Jean Paul II assure que l’Eglise s’engagera à prier pour la paix par des supplications spéciales.
Pour le pape, cette paix ne peut exister que si la dignité et les droits des personnes, quels que soient leur état, leur race ou leur religion, sont affirmés comme antérieurs et prééminents par rapport à toute différenciation et à toute spécification. «Le devoir de protéger ces droits transcende les frontières géographiques et politiques à l’intérieur desquelles ils sont violés», écrit-il, «et les crimes contre l’humanité ne peuvent pas être considérés comme des affaires internes d’un pays».
Tribunal pénal international
Jean Paul II souligne par conséquent l’importance de l’institution d’un Tribunal pénal international, ainsi que le devoir de garantir le droit à l’assistance humanitaire des populations éprouvées et des réfugiés. Le pape insiste toutefois sur le fait que les interventions dans ce sens ne doivent pas être soumises à des intérêts de l’une ou l’autre des parties en conflit. Aussi demande-t-il un renouvellement du droit international et des institutions internationales qui ait pour point de départ et pour critère fondamental d’organisation la primauté du bien de l’humanité et de la personne humaine sur toute chose.
Soulignant l’inutilité des guerres qui sont souvent causes d’autres guerres, Jean Paul II réaffirme l’importance de la négociation et des interventions de médiation et de pacification réalisées par des organismes internationaux et régionaux. Il souhaite que l’ONU donne à tous ses Etats membres une égale possibilité de participer aux décisions, sans privilège ni discrimination. Jean Paul II souligne cependant que lorsque ces moyens n’ont eu aucun résultat, il est légitime, et c’est même un devoir, de recourir à des initiatives concrètes pour désarmer l’agresseur. «Mais, précise-t-il, ces initiatives doivent être limitées dans le temps, avoir des objectifs précis, être mises en œuvre dans le plein respect du droit international, être garanties par une autorité reconnue au niveau supranational et, en tout hypothèse, n’être jamais laissées à la pure logique des armes».
Jean Paul II déplore en particulier l’usage des armes dites légères dans les conflits internes des Etats, et leurs conséquences sur les civils qui sont parfois entraînés directement eux-mêmes dans des actions armées, selon une spirale perverse qui fait d’eux à la fois des victimes et des bourreaux d’autres civils. «Ces armes, écrit le pape, ont souvent de graves conséquences qui s’étendent au-delà des frontières de l’Etat, impliquant des intérêts et des responsabilités extérieures».
Solidarité nécessaire
Abordant enfin la question de la solidarité et du développement comme nécessaires à la construction de la paix, le pape déplore le fossé qui persiste et qui s’élargit entre le Nord, toujours plus saturé de biens et de ressources, et composé d’un nombre croissant de personnes âgées, et le Sud, où se concentre désormais une large majorité des jeunes générations, sans perspectives assurées d’un développement social, culturel et économique. Jean Paul II évoque en particulier ceux qui vivent dans une situation d’extrême pauvreté, à savoir, plus d’un milliard quatre cents millions de personnes, et invite à une nouvelle et profonde réflexion sur le sens de l’économie et de ses finalités. Pour Jean Paul II en effet, la pauvreté est surtout causée par des politiques et des structures économiques erronées. «Celles-ci doivent viser avant tout le bien de tout homme et de tout l’homme», insiste-t-il. C’est là, dit-il une exigence non seulement de l’éthique mais aussi d’une saine économie.
A propos de l’importance d’une coopération internationale, le pape souligne que celle-ci ne peut pas se réduire à l’aide et à l’assistance, surtout quand on envisage en retour de tirer profit des ressources mises à disposition. Pour Jean Paul II en effet, il faut au contraire un engagement qui permette aux pauvres de devenir les acteurs de leur développement, et d’exercer la créativité propre à la personne humaine. Le pape évoque par ailleurs la nécessité de trouver des solutions définitives au problème de la dette internationale des pays pauvres, en garantissant en même temps les financements nécessaires à la lutte contre la faim, la malnutrition, les maladies, l’analphabétisme et la détérioration de l’environnement. Estimant qu’il faut aujourd’hui une action commune de l’humanité toute entière pour résoudre ces problèmes, le pape invite à un dialogue qui ait pour fondement la loi morale universelle inscrite dans le cœur de l’homme, qu’il définit comme une grammaire de l’esprit.
Appel aux catholiques
Jean Paul II encourage par ailleurs spécialement les catholiques à s’engager pour édifier la paix et la justice en collaboration avec les autres hommes de bonne volonté, en commençant dans les familles, dans les écoles, dans les milieux de travail, puis dans les gouvernements, les organisations internationales, les organisations non gouvernementales, et par ailleurs à travers un dialogue œcuménique et interreligieux.
Enfin, le pape conclut son message en s’adressant aux jeunes, spécialement ceux qui ont connu la guerre, pour les inviter à retrouver le chemin de la réconciliation et du pardon. «C’est une route difficile, reconnaît le pape, mais c’’est l’unique moyen qui vous permettra de regarder l’avenir avec espérance pour vous, pour vos enfants, pour votre pays et pour l’humanité entière». (apic/imed/tg/pr)



