Il est urgent que les religions se penchent sur les défis du monde
Rome: Message final de l’Assemblée interreligieuse lu au Vatican
Rome, 28 octobre 1999 (APIC) Il est urgent que les religions se penchent sur les problèmes et les défis du monde moderne pour oeuvrer ensemble au respect de la dignité humaine, et créer une nouvelle conscience spirituelle. C’est ce qu’affirment les 230 représentants d’une vingtaine de religions réunis à Rome et à Assise du 24 au 28 octobre 1999.
Ce message final a été lu publiquement Place Saint-Pierre à Rome jeudi en fin d’après-midi, lors d’une cérémonie de conclusion présidée par Jean Paul II. Un message qui est un appel au dialogue interreligieux et interculturel, pour que la religion ne soit jamais source de violence, de haine et de discrimination.
«A la veille du troisième millénaire, nous, les représentants de différentes traditions religieuses qui nous sommes réunis dans ’l’esprit d’Assise au Vatican en provenance des quatre coins du monde, désirons partager les fruits de nos expériences vécues ces jours-ci, les convictions que nous avons mûries, et l’espérance avec laquelle nous voyons l’avenir de notre monde», peut-on lire en introduction du message.
Les signataires de l’appel se déclarent conscients «du besoin urgent de confronter ensemble de manière responsable et courageuse les problèmes et les défis du monde moderne – la pauvreté, le racisme, la pollution de l’environnement, le matérialisme, la guerre et la prolifération des armes, la globalisation, le sida, le manque de soins médicaux, la crise de la famille et des communautés, la marginalisation de la femme et des enfants… -; d’oeuvrer ensemble pour affirmer la dignité humaine comme la source des droits de l’homme et de leurs devoirs correspondants, dans la recherche de la justice et de la paix pour tous;. de créer une nouvelle conscience spirituelle pour toute l’humanité en accord avec les traditions religieuses, afin que le principe de respect de liberté religieuse et de liberté de conscience soit prédominant».
«Nous sommes convaincus, poursuivent-ils, que nos traditions religieuses ont les ressources nécessaires pour dépasser les fragmentations que l’on observe dans le monde, et pour encourager l’amitié mutuelle et le respect entre les peuples.
Assumer les responsabilités
Les participants se disent conscients que les nombreux conflits tragiques dans le monde sont le résultat de l’association pragmatique, mais souvent injuste, des religions à des intérêts nationalistes, politiques, économiques ou autres. «Nous sommes conscients que si nous ne remplissons pas nos obligations de vivre les idéaux les plus élevés de nos traditions religieuses, alors nous serons tenus comme responsable des conséquences et nous serons jugés sévèrement», écrivent encore les représentants des différentes traditions religieuses.
Le message insiste ensuite sur la nécessité d’une collaboration interreligieuse face aux problèmes du monde.
«Nous savons bien que les problèmes du monde sont si importants que nous ne pouvons pas les résoudre seuls», affirment-ils. «Il y a donc un besoin urgent de collaboration interreligieuse». Celle-ci n’implique pas «le renoncement à notre propre identité religieuse mais consiste plutôt en un ’voyage’ de découverte». Un voyage, précisent-ils, qui consiste à apprendre à nous respecter les uns les autres comme membres d’une seule famille humaine, et à apprécier aussi bien nos différences que les valeurs communes qui nous lient entre nous.
Les représentants des religions sont convaincus que nous sommes capables d’oeuvrer ensemble afin de nous efforcer d’empêcher les conflits et de dépasser les crises qui existent dans différents points du globe. Le texte souligne encore l’importance de cette collaboration entre les religions contre le fanatisme et l’extrémisme religieux: «La collaboration entre les différentes religions doit être basée sur le rejet du fanatisme, de l’extrémisme et des antagonismes mutuels qui portent à la violence. Nous sommes tous conscients de l’importance de l’éducation comme un moyen de promouvoir la compréhension réciproque, la coopération et le respect». Cette éducation, peut-on lire encore, implique de soutenir la famille comme une pierre angulaire fondamentale de la société; aider les jeunes générations à former leur propre conscience; souligner la morale fondamentale commune et les valeurs spirituelles; cultiver une vie spirituelle – par exemple à travers la prière, la méditation et l’attention apportée aux pratiques de chaque tradition religieuse -; utiliser tous les moyens possibles, les médias inclus, pour donner une information objective sur les autres traditions religieuses; s’assurer que les ouvrages sur l’histoire et les religions donnent une présentation objective des traditions religieuses afin que les personnes individuelles qui appartiennent à ces traditions puissent se reconnaître dans telle présentation.
Le dialogue
Enfin le document final de cette assemblée interreligieuse insiste sur l’importance d’un dialogue interreligieux et interculturel, et formule différents appels. Les responsables religieux appellent à promouvoir l’esprit de dialogue entre les communautés respectives et à être prêts à engager eux-mêmes un dialogue avec la société civile à tous les niveaux. «Nous appelons tous les responsables religieux du monde quel que soit leur domaine ou leur influence à refuser de permettre à la religion d’être utilisée pour inciter la haine et la violence, à refuser de permettre à la religion d’être utilisée pour justifier tout discrimination, à respecter le rôle de la religion dans la société au niveau local, national et international, à éradiquer la pauvreté et à lutter pour la justice sociale et économique.
Dans l’esprit du jubilé, concluent les responsables religieux, nous appelons chacun de nous réunis ici ce soir, à demander pardon pour les erreurs passées; à promouvoir la réconciliation là où des expériences douloureuses du passé ont porté la division et la haine et à ne pas laisser le passé être un obstacle à l’appréciation mutuelle et à l’amour; à nous engager à dépasser le gouffre entre les riches et les pauvres; et à oeuvrer pour un monde de paix vraie et durable». (apic/imed/pr)




