Rome: Mgr Jacques Gaillot n’a pas pris la parole dans le cadre de la «World gay pride»

Il obéit au pape, mais confie sa position aux journalistes

Rome, 3 juillet 2000 (APIC) D’après Mgr Jacques Gaillot, ancien évêque d’Evreux, c’est le pape lui-même qui a demandé à ce qu’il ne prenne pas la parole publiquement au Congrès de la «World gay pride». Une conférence organisée par la section italienne d’Amnesty International. «Je me suis dit que si le pape m’avait demandé de ne pas intervenir, je devais obéir», a-t-il expliqué au quotidien italien «La Repubblica». «Je ne suis pas un rebelle ou un révolutionnaire. Je suis un évêque avec un esprit de paix et d’espérance».

L’ancien évêque d’Evreux a expliqué dimanche aux journalistes le sens de son obéissance au pape quelques heures après s’être entretenu par téléphone avec Mgr Louis-Marie Billé, archevêque de Lyon et président de la Conférence des évêques de France. Il l’a fait dans le hall de l’hôtel Ciceron à Rome, l’endroit où il aurait dû intervenir le 3 juillet au cours d’une conférence intitulée «Homosexualité et religion».

Cela ne m’empêche pas de parler aux journalistes

Ma décision de renoncer à cette conférence ne m’empêche pas de parler aux journalistes», a toutefois affirmé l’évêque français au quotidien «Il Messaggero», en précisant qu’il aurait proposé une intervention «évangélique». S’il avait pris la parole, il aurait rappelé que «Jésus accueillait toute personne, quelque soit sa situation».

Interrogé par un autre quotidien italien «Corriere della Sera», Mgr Gaillot a expliqué par ailleurs qu’à son avis «l’Eglise aurait dû demander pardon aux homosexuels, parce qu’au cours de l’histoire, elle a été très dure et parfois impitoyable avec eux». «Pendant la dernière guerre, elle n’a rien fait et n’a rien dit pour empêcher leur déportation dans les camps de concentration, a-t-il ajouté. Un acte de repentir de sa part vis à vis des homosexuels, précisément l’année du Jubilé, aurait été formidable».

Pour l’ancien évêque d’Evreux, un «changement» est aujourd’hui «inévitable» dans les rapports entre l’Eglise et les homosexuels. «Personnellement, connaissant beaucoup d’homosexuels sérieux et engagés, je ne vois aucun empêchement à ce qu’ils aient des responsabilité dans l’Eglise aux plus hauts niveaux», a-t-il encore affirmé au «Corriere della Sera»

Sortons de l’hypocrisie

Mgr Gaillot, pour qui «la grande hypocrisie veut qu’un jeune plein de foi, s’il entre au séminaire en disant qu’il est homosexuel, en est rejeté». «J’ai eu la chance de rencontrer beaucoup d’homosexuels qui luttaient seulement pour sauvegarder leur dignité d’être humain, a-t-il expliqué à «La Repubblica». Des homosexuels proches de l’Eglise, catholiques pratiquants, qui souffraient terriblement. Moi je les ai accueillis, soutenus, défendus. Je crois que c’est le devoir de tout pasteur de Dieu». «J’espérais précisément que la «Gay pride», en même temps que le Jubilé, soit l’occasion de discuter posément de sujets qui se présentent dans chaque diocèse du monde, a encore expliqué l’ancien évêque d’Evreux.

Pour Mgr Gaillot, «il est formidable que des personnes qui n’aient pas été invitées pour le Jubilé se soient invitées elles-mêmes». «L’Eglise doit accueillir aussi ceux qu’elle n’avait pas invités», explique-t-il. «Il ne faut pas avoir peur. (…) Dans la mesure où on les accueille, les homosexuels seront moins provocants. Peut-être que l’Eglise est responsable de leurs provocations, parce qu’elle ne les accueille pas et ne les écoute pas». (apic/imed/ba)

3 juillet 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
Partagez!