Rome: Mgr Jean-Louis Tauran défend le «cas unique " de Jérusalem
On ne peut dissocier les Lieux Saints de la ville de Jérusalem
Rome, 26 octobre 1998 (APIC) On ne peut considérer les «Lieux Saints» que sur le seul plan géographique et architectural dans le cadre d’une communauté urbaine. Mais il faut les voir surtout sur le plan humain et institutionnel. C’est ce qu’a répété à Jérusalem lundi Mgr Jean-Louis Tauran, trois jours après l’accord de «Wye Plantation» signé entre le président israélien Benjamin Netanyahu et le chef de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), Yasser Arafat.
Devant les représentants des Unions des Conférences épiscopales invités par le Patriarche de Jérusalem, Mgr Michel Sabbah, le secrétaire pour les rapports avec les Etats (ministre des Affaires étrangères) a rappelé la requête du Vatican concernant la Ville Sainte, une cause qui est «depuis longtemps se trouve au centre des préoccupations du Saint-Siège et l’une des priorités majeures de son action internationale».
«Il y a vraiment un conflit, ou plutôt il y a des conflits», a affirmé le prélat, insistant sur le fait que Jérusalem est un cas «unique». Son statut est différent de toute autre ville et ceci pour trois raisons: elle est le berceau de trois grandes religions; la ville est revendiquée par deux peuples (israélien et palestinien) et sa population est hétérogène au plus haut point.
On ne peut dissocier les aspects religieux et politique
Le Saint-Siège ne peut accepter «la distinction souvent faite entre la question des Lieux Saints et la question de Jérusalem». Car il est «évident que les Lieux Saints ont leur signification par leur lien intime avec l’environnement. Sur la «dimension politique et territoriale» du problème, Mgr Tauran a rappelé la préoccupation du Saint-Siège, qui n’est pas concerné par le seul aspect religieux du problème. Il dénonce l’occupation militaire depuis 1967 d’une partie de la ville et son annexion, un territoire où se trouvent les Lieux Saints. «Il est donc inexact, a déclaré Mgr Tauran, de prétendre que le Saint-Siège n’est intéressé que par l’aspect religieux et ignore l’aspect politique et territorial. «Le Saint-Siège a le droit et le devoir de l’être particulièrement si la question n’est pas résolue «, a-t-il ajouté.
«Et si le Saint-Siège n’a aucune compétence pour entrer dans les disputes territoriales des nations, de prendre parti, d’imposer des solutions détaillées, il a au contraire le droit et le devoir de rappeler aux parties leurs obligations de résoudre les controverses dans la paix, selon les principes de justice et d’équité «.
Un «statut spécial garanti au plan international»
Que demande le Saint-Siège ? Tout d’abord que soient respectés la vocation et l’identité de la Ville Sainte, trésor de l’humanité entière. Une solution unilatérale ou imposée de force par l’une ou l’autre partie serait contraire à la logique même de la Ville. On ne peut se fonder sur des critères de nombre ou historiques. D’où l’obligation de trouver une solution réaliste à tous les problèmes.
Mgr Tauran a rappelé en premier lieu que la question de Jérusalem est un problème politique «très concret» pour les Israéliens et les Palestiniens: Les accords de Madrid en 1991 et les dernières négociations de «Wye Plantation», soutenus par la Communauté internationale, ont redonné espoir et volonté de dialogue. «Dans ce contexte complexe et délicat, a constaté le prélat, la question de Jérusalem est reléguée en fin d’agenda. «Or non seulement le Saint-Siège, mais aussi «les Israéliens et les Palestiniens sont les premiers à savoir que la paix et la coexistence en Terre Sainte et au Moyen-Orient n’ont pas d’avenir, à moins de trouver une solution à la question politique de Jérusalem».
«Un patrimoine pour le monde entier»
Pour le Vatican, la solution des querelles de territoire ne suffisent pas, car Jérusalem est «un patrimoine pour le monde entier «. D’où, a souligné Mgr Tauran, la nécessité d’un «statut spécial garanti au plan international». Car ce qui est en jeu, c’est la question fondamentale de la préservation et de la protection de l’identité de la Ville Sainte dans sa pleine entité, dans tous ses aspects «. En d’autres termes, une «extra-territorialité» des Lieux Saints «ne suffira pas». Sur ce point, «Israéliens et Palestiniens ne doivent en aucun cas se sentir limités, mais bien au contraire honorés et rassurés», a insisté le «ministre des Affaires étrangères» du Saint-Siège.
Le caractère universel et sacré de la Ville ne peut être mis de côté, insiste enfin Jean-Marie Tauran d’où «l’appui des trois religions monothéistes, aussi bien au niveau local qu’au niveau international». Le Saint-Siège, par la bouche de son secrétaire pour les rapports avec les Etats, demande ainsi une «extension» des parties en présence à la table des négociations, «afin qu’aucun aspect du problème ne soit négligé et pour affirmer que la Communauté internationale est responsable de l’unicité et le caractère sacré de cette Ville incomparable».
Mgr Tauran a conclu son intervention en livrant deux sentiments personnels: sa grande tristesse et presque un sens d’impuissance «face à la précarité du processus de paix» : des progrès ou des échecs peuvent survenir à tout moment. Il a demandé aussi aux évêques des différentes Conférences épiscopales de ne pas oublier Jérusalem. (apic/cip/ba)



