Population catholique divisée par dix en 32 ans en Iran
Rome : Mgr Lajolo déplore la forte diminution des catholiques au Moyen-Orient
Rome, 17 mai 2006 (Apic) Mgr Giovanni Lajolo a regretté la situation «particulièrement douloureuse» des chrétiens au Moyen-Orient, où «leur présence s’est considérablement réduite» depuis trente ans. Il s’exprimait le dernier jour de la 17e assemblée plénière du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des itinérants sur le thème ’Migrations et itinéraires depuis et par les pays à majorité islamique’, qui se tient du 15 au 17 mai 2006 au Vatican.
Reprenant notamment des chiffres croisés des annuaires statistiques de l’Eglise et ceux des nonciatures apostoliques, le secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats a soutenu que la population catholique en Iran avait été divisée par dix entre 1973 et 2005 pour atteindre 0,01% de la population totale. Sur la même période, elle a été réduite de deux tiers en Irak, passant de 2,6% à 1%. En Syrie, les catholiques ne constituent plus que 1.9% de la population totale contre 2,8% en 1973. Enfin, en Israël et en Palestine les catholiques ont diminué de près de la moitié, passant de 1,9% à 1%.
Notant que beaucoup de chrétiens qui se trouvent au Moyen-Orient sont «des étrangers séjournant de manière temporaire», Mgr Lajolo a cependant souligné la présence chrétienne «bien enracinée» dans certains pays. Il s’est néanmoins dit «triste de constater l’exode des chrétiens depuis l’Irak». Parallèlement à cette baisse, le ’ministre des Affaires étrangères’ du Saint-Siège a noté une «augmentation dans ces pays des mariages mixtes, où le conjoint catholique est particulièrement sans défense à cause des régimes juridiques inspirés de l’Islam».
Chrétiens mal protégés dans les pays islamiques
«La protection des chrétiens dans les pays à majorité islamique» constitue l’un des problèmes les plus délicats pour l’Eglise, consciente que des milliers d’entre eux sont amenés «à quitter leur patrie où ils ne sont plus protégés de manière adéquate dans leurs droits fondamentaux». Face à cette situation, Mgr Lajolo a appelé l’Eglise «à vivre sa propre identité jusqu’au bout, à ne pas reculer et à prendre des positions claires et courageuses pour affirmer l’identité chrétienne». «Nous savons bien que l’Islam radical profite de chaque signe qu’il interprète comme un point faible», a-t-il souligné.
«Cela ne doit pas empêcher de prêter attention aux signes du dialogue en cours», particulièrement dans le milieu méditerranéen, «lieu privilégié entre les deux côtes», a précisé Mgr Lajolo. «Il est évident que les initiatives de dialogue sur les thèmes religieux ne reviennent pas aux Etats mais aux représentants religieux, même si ces initiatives peuvent être facilitées par les responsables politiques», a poursuivi le haut prélat.
Toujours dans le domaine politique, Mgr Lajolo a souligné «le manque de séparation entre religion et Etat, entre le milieu religieux et le milieu politique» dans les pays islamiques. Une situation qui induit «de nombreuses retombées sur le statut juridique et sur les libertés religieuses des personnes d’autres confessions, qu’elles soient autochtones ou immigrées». «Il faut contribuer à faire mûrir l’idée de la nécessité de distinguer les deux milieux, de promouvoir une autonomie réciproque et un dialogue entre les autorités religieuses et politiques», a-t-il ajouté.
Une aire d’échange avec les pays islamiques
S’adressant aux pays occidentaux, le haut prélat a souhaité «qu’ils créent une aire d’échange avec les pays à majorité islamique, sur tous les thèmes qui sont dans l’intérêt du bien commun international», citant en exemple la sécurité et la coopération, «qui concernent de nombreux migrants».
Mgr Lajolo est encore revenu sur «le thème délicat du respect des minorités et des droits de l’Homme, particulièrement le respect de la liberté religieuse». Le représentant du Saint-Siège a demandé à la communauté internationale de «revoir (ses) politiques sur la liberté religieuse», en vérifiant que le partenariat des organisations non gouvernementales (ONG) avec les organisations humanitaires «ne soient pas détournées à des fins de prosélytisme religieux».
«Le Saint-Siège ne cessera pas de faire entendre sa voix auprès des organisations internationales et dans les conférences internationales pour promouvoir le respect des droits des migrants et la reconnaissance d’une situation juridique adéquate à la dignité de chaque individu», a conclu l’archevêque italien. (apic/imedia/cp/bb)



