L’ONU aura beaucoup de mal à se remettre d’une telle guerre
Rome: Mgr Martino craint les cavaliers seuls des Etats-Unis et de Blair
Rome, 9 mars 2003 (Apic) Si la guerre se fait en dépit d’un nombre suffisant de voix contre ou d’un veto, ce sera pour l’ONU un tel échec qu’elle aura beaucoup de mal à se reprendre, estime Mgr Renato Martino, président du Conseil Pontifical «Justice et Pax» et ancien observateurs du Saint-Siège à l’ONU.
L’objectif pour lequel les Nations Unies ont été créées, le maintien de la paix et le développement, n’existerait plus, commente le président de «Justice et Paix». De plus, rappelle-t-il, «c’est un très grave danger que la communauté internationale ne devrait pas courir. Nous savons bien comment a misérablement échoué la Société des Nations».
Mgr Renato Martino ne cache pas ses préoccupations au cours d’une interview accordée à l’agence Misna. Mais il précise tout de suite: «J’ai lu sur les journaux des articles à propos d’un ultimatum de 10 jours imposé à Saddam Hussein. Mais cette résolution n’a pas encore été votée. Il ne peut donc pas y avoir d’ultimatum tant que ce texte n’est pas approuvé».
Non à l’ultimatum
Le destin d’une éventuelle résolution de l’ONU est également entre les mains de pays du Sud du monde: trois africains (Angola, Cameroun et Guinée) Mexique, Chili et Pakistan, qui siègent actuellement au sein du Conseil de Sécurité. Interrogé au sujet de leur rôle, Mgr Martino a répondu: «Ces mêmes pays ont participé à la réunion du mouvement des pays non-alignés à Kuala Lumpur, fin février. (Réd.: les pays africains s’étant également prononcé à Paris lors du Sommet des pays africains et de la France). Ils se sont clairement exprimés sur leur position au sujet du conflit. J’imagine que leur position n’a pas changé. La situation actuelle ne prévoit que 4 voix en faveur du projet de résolution».
Mgr Martino se réfère au texte que les Etats Unis, la Grande Bretagne et l’Espagne veulent apporter au Conseil dans les prochains jours pour donner à Saddam Hussein une échéance rapprochée – 17 mars.
La paix pour quelques temps de patience
Comment sortir de l’impasse de la crise? «Que soient encore donnés force et poids à la résolution 1441» observe le prélat, qui a été pendant 16 ans observateur permanent du Vatican au Palais de Verre. «Les inspecteurs ont besoin, comme l’a demandé Blix, d’au moins quatre mois supplémentaires pour mener à bien leurs travaux. D’autre part, l’Irak, peut-être grâce à la forte pression exercée par le président Bush, répond aux exigences des inspecteurs qui, selon la 1441, sont chargés et ont le pouvoir, une fois ces armes fatales trouvées, de les rendre inoffensives ou de les détruire».
Droit de veto?
Selon vous, le droit de veto sera-t-il vraiment utilisé? «J’espère que l’on n’en arrivera pas là, afin de mettre en oeuvre tous les moyens dont on dispose avant une telle mesure. Le pape ne cesse de nous le rappeler».
Le président de «Justice et Pax» relance le message de paix de Jean Paul II: «Il me semble lire dans les paroles du pape ce que Moïse, dans le Deutéronome, disait au peule hébreu: «Vois, je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal». Puis «J’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis donc la vie pour que tu vives, toi et ta descendance. Comme elles sont belles ces paroles, que Moïse proposait déjà alors au nom de Dieu au peuple hébreu. Espérons vraiment que l’on choisisse la vie: c’est le besoin le plus pressant de l’humanité aujourd’hui» (apic/misna/eb/pr)



