Le chef de la diplomatie vaticane pour la justice, pas la vengeance
Rome: Mgr Tauran justifie les frappes américaines, mais redoute la logique de la violence
Rome, 12 octobre 2001 (APIC) Le chef de la diplomatie vaticane justifie les frappes américaines, qu’il qualifie de riposte en vertu du droit à la légitime défense après les attentats terroristes du 11 septembre dernier visant des civils innocents. Mais Mgr Jean-Louis Tauran redoute la logique de la violence «qui est toujours un risque pour l’humanité». Dans une interview publiée vendredi par le quotidien catholique français «La Croix», Mgr Tauran précise la position de l’Eglise qui apparaît confuse dans le public.
La position de la Secrétairerie d’Etat du Vatican, précise Mgr Tauran, secrétaire pour les relations du Saint-Siège avec les Etats, «consiste à souligner que la riposte aux actes barbares du 11 septembre dernier ne doit pas être un acte de vengeance, mais un acte de justice, qui a pour but de réparer la grave injustice subie».
Nécessité de créer un Etat palestinien viable
Dans l’entretien accordé au journaliste Jean-Marie Guénois, l’archevêque français considère que l’intervention ne peut être l’occasion de manifestation de haine et les moyens choisis pour la réparation de cette injustice et pour éloigner la menace d’autres attentats doivent être pacifiques. «C’est une fois épuisées toutes les ressources des moyens politiques, diplomatiques et financiers, que l’on peut penser à un recours à la force». Mgr Tauran relève que dans la guerre du Golfe, en 1991, on avait d’abord fait le choix de l’option militaire, et on a négocié ensuite. Dans le cas présent, «on a pris le temps d’évaluer la situation pour ne pas frapper sous le coup de l’émotion».
Pour le chef de la diplomatie vaticane, il est sûr que l’une des causes de la crise est l’ensablement du processus de paix au Proche-Orient ainsi que la frustration des populations palestiniennes en attente des résultats concrets d’un processus de paix qui, jusqu’à présent, ne leur a causé que des épreuves. «Il faut retourner à la table des négociations et reprendre une dynamique de paix qui doit conduire effectivement à la création d’un Etat palestinien viable».
Le terrorisme islamique est une perversion
Pour Jean-Louis Tauran, le terrorisme de matrice islamiste est une perversion de l’islam, mais l’Eglise catholique a clairement de l’estime pour le véritable islam. Le pape a parlé très positivement de cet «islam authentique, l’islam qui prie, qui veut être solidaire de celui qui est dans le besoin», lors de sa récente visite pastorale au Kazakhstan. Mais il n’a pas hésité à dire que la haine, le fanatisme et le terrorisme profanent le nom de Dieu et défigurent l’authentique image de l’homme.
A propos du soi-disant «choc des cultures» (Cf. la vieille thèse remise en vogue de Samuel Huntington, ndr) qui opposerait irrémédiablement l’islam à l’Occident, Mgr Tauran relève qu’à ce «choc des cultures», les chrétiens opposent le «dialogue des cultures», car ils sont «convaincus que le projet de Dieu est de former de l’humanité tout entière une seule famille».
L’occasion d’un examen de conscience
Le chef de la diplomatie vaticane estime que la situation actuelle est aussi l’occasion d’un examen de conscience: «Le terrorisme, la pauvreté dans laquelle vivent une grande partie des hommes, des femmes et des enfants de ce monde, les conflits non résolus, les arsenaux d’armes les plus sophistiquées et les plus dangereuses, témoignent de l’état de détresse et de péché dans lequel nous nous trouvons».
«A la lumière de l’Evangile, confie Mgr Tauran à ’La Croix’, nous savons que la paix n’est pas seulement la non-guerre, elle est aussi plus qu’un principe, elle est un esprit, elle exige un renouvellement des cœurs, elle requiert une mise en œuvre de valeurs spirituelles». (apic/cx/be)



