Entre catholiques pour une réflexion théologique et pastorale

Rome: Mise au point du Vatican à la veille du symposium sur l’anti-judaïsme

Rome, 28 octobre 1997 (APIC) Pourquoi le judaïsme ne sera-t-il pas représenté au symposium sur «Les racines de l’anti-judaïsme en milieu chrétien» qui se tiendra au Vatican du 30 octobre au 1er novembre ? Y parlera-t-on du pardon pour l’attitude des catholiques pendant l’Holocauste ? Ces deux questions – et même deux griefs – émis à la veille de la rencontre ont suscité une mise au point du Vatican.

De source vaticane, on précise que le symposium est réuni à l’initiative de la Commission historique et théologique du Comité du Grand Jubilé de l’an 2000. C’est vrai qu’il rassemblera des spécialistes en majorité catholiques. Il ne s’agit pas d’exclure la communauté juive de ce dialogue mais il existe d’autres lieux pour cela : Commission pontificale, amitiés judéo-chrétiennes, ou des colloques comme celui tenu en octobre par l’Université Grégorienne et le Centre de documentation et d’information sur le judaïsme et le christianisme. Le symposium s’inscrit dans le cadre de la préparation ecclésiale du Jubilé de l’an 2000, dit-on au Vatican, et il est bon de se retrouver entre soi pour faire le point, très librement.

Des pistes pastorales

Par ailleurs, on insiste au Vatican sur le fait que le but du symposium déborde l’examen de la question de l’Holocauste, sur laquelle Jean-Paul II s’est prononcé sans équivoque à maintes reprises. Il n’est pas exclu qu’un document soit publié ultérieurement, mais le but du symposium est plus large et se place au niveau théologique. Il s’agit, précise-t-on encore, d’anti-judaïsme et non d’antisémitisme tel qu’il s’est manifesté dans la folie raciste du nazisme.

On fait remarquer aussi à Rome que peu de catéchistes ont eu accès aux directives publiées par le Vatican à leur intention en 1975 et en 1985, précisant les rapports entre le judaïsme et le christianisme, qui demeure un point sensible, où l’on risque de confondre les niveaux d’analyse. Le symposium doit donc permettre de tracer des pistes pastorales pour l’examen de conscience, clef de voûte du Jubilé, et pour l’enseignement catéchétique ultérieur. C’est l’une des raisons, en particulier, de l’examen attentif des évangiles de Matthieu et de Jean à propos des relations entre l’église naissante et le judaïsme.

Un examen de conscience

Des lectures théologiques incorrectes ou erronées du Nouveau Testament, a signalé le P. Georges Cottier, ont contribué à l’endormissement de la conscience des chrétiens sous le nazisme. Pour le «théologien du pape», elles ont pu «servir de prétexte à une hostilité diffuse dans de vastes couches des populations chrétiennes». Mais, ajoutait-il, «trop de comportements injustifiables ont trouvé là leur justification»; d’où la nécessité d’une «purification de la mémoire» et d’une «oeuvre de vérité», d’une conversion en somme, en préparation au Jubilé.

Ce thème de l’examen de conscience s’insère, pour le P. Cottier, dans une réflexion plus générale sur le sens de la demande de pardon, que les chrétiens sont invités à faire à l’occasion du Jubilé. Tel sera l’horizon, mais non l’objet, du travail théologique du symposium. Les conclusions et le discours que le pape adressera aux théologiens sont donc à distinguer d’un éventuel document ultérieur sur l’Holocauste ou d’un «mea culpa».

Jean Paul II et les juifs

Le détonateur de la visite historique de Jean-Paul II à la synagogue de Rome, le 13 avril 1986, a été la nécessité de faire cause commune pour la défense de la vie, révélé Mgr Jorge Mejia, ancien secrétaire de la Commission pour les relations avec le judaïsme.

Dans la prochaine livraison de la revue «Tertium Millennium», publiée par le comité du Jubilé, Mgr Mejia explique qu’une première rencontre avec le grand rabbin Elio Toaff avait eu lieu en février 1981 à l’occasion d’une visite pastorale du pape dans une paroisse romaine situées dans l’ancien ghetto. Une rencontre, sans autre témoin que Mgr Mejia, centrée sur la question du droit à la vie, sur la défense duquel les deux protagonistes sont tombés d’accord, au moment où l’Italie s’apprêtait à voter sur la question de l’avortement.

Une seconde étape fut franchie 1986, quand le pape fut invité à se rendre dans une synagogue à l’occasion d’un de ses voyages pastoraux. L’idée fut alors émise de commencer par celle de Rome. Contact fut pris avec le rabbin Toaff, qui accueillit la proposition en citant le Psaume 119 (en hébreu): «Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur». D’emblée, le rapport était posé en référence à la Bible, commente Mgr Mejia, qui y voit le «point de départ nécessaire pour notre témoignage commun devant le monde». Quand le rabbin Elio Toaff prit l’avis de son conseil, la réponse fut unanime, «joyeusement positive et reconnaissante». La date fut fixée à un dimanche après Pâques, le 13 avril. Le pape reporta une cérémonie de canonisation à Saint-Pierre. (apic/cip/imed/mp)

10 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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