Jean Paul II a déjà demandé pardon 25 fois

Rome: Nouveau livre du journaliste italien Luigi Accatoli

Rome, 30 octobre 1997 (APIC) «Quand le pape demande pardon»: Tel est le titre d’un livre du journaliste italien, Luigi Accatoli. En examinant les textes de Jean-Paul II de 1978 à 1997, le vaticaniste a relevé 25 demandes de pardon au sens strict, précise-t-il dans une interview accordée au quotidien français «La Croix». Et une centaine de textes, parlant de notions comme la correction d’un jugement historique, la reconnaissance d’une responsabilité, la critique du comportement de catholiques dans le passé.

Pourquoi ces demandes de pardon ? «Parce que, répond l’auteur, Jean Paul II est un pape missionnaire qui veut parvenir jusqu’au coeur de tous les hommes auxquels il s’adresse. Il souhaite lever les obstacles, les mythes, les préjugés qui empêchent cet accès. Le contre-témoignage donné à travers l’histoire par des enfants de l’Eglise. est le principal de ces obstacles.

Pour Luigi Accatoli, dont «La Croix» publie l’interview le jour même où s’ouvre au Vatican un symposium sur les racines de l’anti-judaïsme en milieu chrétien, cette démarche a deux caractéristiques. Alors que Paul VI, au concile Vatican II, avait adopté cette attitude uniquement sur la question de l’oecuménisme, Jean-Paul II l’étend à de nombreux domaines: l’affaire Galilée, l’esclavage, les Indiens d’Amérique. En outre il propose à toute l’Eglise un examen de conscience de fin de millénaire, évoqué pour la première fois en 1983.

Le journaliste observe que si cette attitude est bien acceptée par la majorité des fidèles, une «partie non négligeable de la hiérarchie» craint qu’elle n’affaiblisse l’image de l’Eglise.

Un acte pénitentiel à la veille du Jubilé

Jean Paul II s’est exprimé à de nombreuses occasions sur l’anti-judaïsme en milieu chrétien, notamment à la synagogue de Rome, où il s’est rendu le 13 avril 1986, et à Auschwitz, mais il n’y a pas eu à ce jour de demande de pardon explicite.

Luigi Accatoli rappelle que cette hypothèse avait été évoquée par le cardinal Bea lors de l’élaboration des textes conciliaires, mais elle n’a pas été retenue. Elle a été formulée également par d’autres cardinaux, notamment par Mgr Etchegaray lors d’une réunion du Synode des évêques en 1983 (il était à l’époque archevêque de Marseille). L. Accatoli croit que Jean-Paul II formulera cette demande de pardon. Le fait qu’il ait confié la préparation du Jubilé au cardinal Etchegaray le conforte dans cette hypothèse.

Le vaticaniste voit dans le colloque sur l’anti-judaïsme réuni à Rome «la première étape opérationnelle de l’examen de conscience de fin de millénaire, qui sera suivie l’an prochain d’un autre colloque sur les inquisitions». «Ils constituent, explique-t-il, une sorte de procédure d’instruction en vue d’un acte pénitentiel que le pape pourrait accomplir à la veille du grand Jubilé. Ma conviction est qu’il y aura un acte unique dans lequel Jean-Paul II reconnaîtra à la fois les responsabilités des chrétiens dans l’anti-judaïsme et dans l’usage de la violence pour les inquisitions et demandera pardon.»

De l’avis de Luigi Accatoli, cette demande de pardon portera non sur la Shoah, mais sur les mauvais traitements infligés aux juifs au nom de la foi chrétienne. Par exemple, «l’attitude des papes qui ont créé le ghetto de Rome et obligé les juifs à assister aux offices du Vendredi Saint». Car pour la Shoah, «on peut discuter du caractère insuffisant de la résistance de l’Eglise, du manque d’efficacité de la dénonciation de l’antisémitisme», mais «on ne peut pas parler de responsabilité des chrétiens». (apic/cip/mp)

10 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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