Entre anniversaire et réflexion, du 19 au 22 février

Rome: Ouverture de la 10e Assemblée de l’Académie pour la vie

Rome, 19 février 2004 (Apic) La 10e Assemblée générale de l’Académie pontificale pour la vie s’est ouverte jeudi 19 février au Vatican. Jusqu’au 22 février, les participants plancheront sur un thème: «La dignité de la procréation humaine et les technologies reproductives: aspects anthropologiques et éthiques».

Cette session se déroulera en deux temps. Le premier jour sera festif, pour marquer le 10ème anniversaire de la création de l’Académie. Les trois autres tourneront autour d’une réflexion fondée sur la signification biblico-théologique de la procréation humaine.

A l’occasion de cet anniversaire, I’Apic a interrogé le vice- président de l’Académie pontificale pour la vie, Mgr Elio Sgreccia, pour une revue de ces dix ans d’existence.

Q.: Quels sont les principes fondateurs de l’Académie pontificale pour la vie ?

Mgr Elio Sgreccia: Il faut se référer aux objectifs dévolus par le pape à cette institution, la dernière créée sous son pontificat, le 11 février 1994. Les objectifs donnés à cette Académie par Jean Paul II sont surtout de nature scientifique: étudier, informer, former sur les problèmes scientifiques, particulièrement dans le domaine médical, en relation aux problèmes éthiques et juridiques, et collaborer autour des problèmes de la vie humaine, pour sa promotion et sa défense.

Notre devoir précède celui de la pastorale: il y a eu des progrès scientifiques au cours des dix dernières années et des problèmes à étudier et à éclairer afin de connaître leurs impacts au niveau moral et juridique. L’objectif est de savoir s’ils entrent dans les limites du licite de l’humain ou s’ils déshumanisent l’application de la science.

Il est nécessaire de rappeler que l’Académie n’est pas un organisme pastoral comme la Congrégation pour la pastorale de la santé, qui doit communiquer la position de l’Eglise et former les fidèles. En d’autres termes, nous devons offrir les conclusions des problèmes actuels de la science, de la biomédecine, de la bioéthique aux autres dicastères dans des rapports qui doivent traduire l’enseignement pontifical pour éclairer les consciences.

Q.: Qui sont les Académiciens et comment travaillez-vous ?

Mgr Elio Sgreccia: Si le nombre d’académiciens titulaires – ou ordinaires – peut monter à 70, il avoisine aujourd’hui la cinquantaine. Quant aux académiciens correspondants, nommés par le conseil directif de l’Académie et en charge de maintenir le contact entre les différents Etats et l’Académie, ils sont 70. La compétence et l’engagement dans la défense de la vie sont requis pour être académicien.

Ces derniers se réunissent pour traiter d’un thème, en groupe de travail, y faisant participer des spécialistes – historiens en médecine, biologistes, anthropologues, juristes, sociologues. Après la réflexion vient la publication d’un rapport conclusif. En fait, nous suivons les pas de la science pour les mesurer avec la défense et la promotion de la vie humaine. C’est notre méthode de travail et le programme auquel nous nous confrontons!

Q.: Pourquoi avoir choisi le thème de la procréation humaine et des technologies reproductives pour votre réunion à l’occasion de ce 10e anniversaire ?

Mgr Elio Sgreccia: Afin de tirer le bilan de ces 25 ans et de comprendre ce que sera la future humanité, nous allons voir ce qu’il en est de la procréation artificielle. Jusqu’ici on savait qui était le père, ou du moins, la mère d’un enfant. Aujourd’hui, la question est de comprendre ce que peuvent vivre des enfants qui ne connaissent pas leurs parents. Est induite la question de la maternité et de la paternité. Que signifie avoir 3 mères ou 2 pères? A qui l’enfant devra-t-il s’identifier? Qui devra-t-il reconnaître comme modèle? Quelle famille pourrait-on avoir avec ce type de procréation? Quelle est sa compatibilité avec la loi? Que doivent faire les parlementaires quand ils discutent de cela? Autant de demandes auxquelles il faudrait répondre. Aujourd’hui les enfants nés de la procréation artificielle parlent. Nous allons donc jeter un regard rétrospectif pour étudier les résultats. Nous allons observer leur psychologie afin de connaître les conséquences sur les familles.

C’est un problème riche de réflexions car désormais le parlement ne s’occupe plus seulement des droits du citoyen ou des devoirs de l’Etat en matière de justice sociale, mais il a élargi son territoire à celui du corps humain. Que dire alors aux représentants du peuple quand une nouvelle législation entre dans le parlement? Sur quelles frontières peut-on dire «halte», car cela touche à l’identité de l’être humain?

Q.: Quel bilan pour ces dix ans de travail ?

Mgr Elio Sgreccia: Plus le temps passe, plus les choses se complexifient avec les nouvelles découvertes: fécondation artificielle, clonage, commerce des embryons, des organes humains. C’est pourquoi chaque année, nous avons traité d’un thème d’actualité. L’un des premiers à être en débat a été l’identité et le statut de l’embryon humain, en défendant la vie depuis le moment de la conception. Par la suite, nous avons réfléchi sur le génome humain, notamment sur l’utilisation du patrimoine génétique en substituant des cellules malades. Nous avons également abordé le thème de l’assistance aux mourants face à l’euthanasie, défendant les soins palliatifs afin que le mourant soit soutenu jusqu’au dernier moment. Bien sûr, le thème du clonage a été abordé, ainsi que celui de la transplantation d’organes et de l’utilisation des cellules souches.

Q.: Quelle communication faites-vous des conclusions que vous tirez de vos réflexions ?

Mgr Elio Sgreccia: Nous écrivons des rapports. Bien sûr, un livre ne suffit pas, mais notre mission est de donner des arguments justes aux catholiques et d’aider l’humanité entière à réfléchir davantage. Nous communiquons avec un public spécifique, qui clarifie les informations et touche les agences éducatives, les écoles, les ambassades même si notre voix est encore faible, indubitablement.

Q.: Quel est votre point de vue face aux sujets d’actualité comme l’utilisation d’embryons ou le clonage à des fins thérapeutiques?

Mgr Elio Sgreccia: Un embryon une fois fécondé, est un être humain avec le droit de vivre, d’être respecté, de naître du corps d’une femme et d’avoir un père et une mère. Construire un embryon hors du corps humain peut entraîner tout type de manipulation. Beaucoup sont perdus, congelés, malades. Construire un être humain hors de l’union d’un homme et d’une femme, l’expose inévitablement à un traitement inhumain et destructif. Par ailleurs, cloner des embryons coûte plus cher que de prélever des cellules staminales de l’adulte ou du cordon ombilical qui sont – jusqu’ici – plus efficaces que celles de l’embryon.

On peut parler de progrès véritable quand il y a un progrès de tout l’homme, de tous les hommes. S’il n’est que partiel, le progrès peut être destructeur. Mais le problème derrière, est souvent de nature financière. Il est difficile de devoir abandonner une piste de recherche.

Q.: Quel avenir voyez-vous face à ces avancées de la science et de la loi ? Est-il possible de revenir sur une question bioéthique une fois la législation passée?

Mgr Elio Sgreccia: Certains pays résistent. Par exemple, ils n’ont pas accepté l’avortement ou sont revenus dessus, comme la Pologne. Je pense que la route de l’avortement et de la procréation artificielle sont des voies fausses, qui se manifestent dans la baisse de la fécondité en Europe. Je pense également que beaucoup de scientifiques vont réaliser qu’il faut revenir en arrière au niveau législatif et que d’autres routes seront explorées. (apic/ ariane rollier/pr)

19 février 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!