De l’eau dans le gaz dans les relations oecuméniques
Rome: Pas de délégation du patriarcat de Constantinople dimanche à Rome
Rome, 27 juin 1997 (APIC) Confirmation de l’assombrissement du climat oecuménique: le patriarcat oecuménique de Constantinople n’enverra pas de délégation à Rome dimanche pour la fête des saints Pierre et Paul, une tradition pourtant désormais bien établie. Signe de l’embarras de Rome: aucune explication n’a été donnée à ce sujet, alors qu’en début de semaine la salle de presse avait laissé entendre qu’un communiqué serait publié.
Chaque année, à l’occasion de la solennité des saints Pierre et Paul, une délégation du Patriarcat oecuménique de Constantinople vient à Rome le 29 juin pour la solennité des saints apôtres Pierre et Paul, fête durant laquelle le pape remet traditionnellement le pallium (insigne de laine blanche) à une trentaine de nouveaux archevêques. A son tour, le 30 novembre, une délégation romaine se rend au Phanar, le siège du patriarcat oecuménique, pour la solennité de saint André, le grand apôtre de l’Orient, qui repose à Constantinople.
Le patriarche oecuménique de Constantinople, Bartholomée Ier, a annoncé fin mai qu’il renonçait à participer au 2e Rassemblement oecuménique européen de Graz (23-29 juin) et reportait également la visite officielle qu’il devait faire en Autriche à cette occasion. En cause: la préparation d’un sommet entre le patriarche de Moscou Alexis II et Jean-Paul II, prévu pour le 21 juin à Vienne – et qui a lui aussi été annulé par le Patriarcat de Moscou.
Bartholomée Ier aurait été irrité de voir que le pape aurait donné son accord pour une rencontre avec Alexis II, mais pas pour une rencontre à trois, arguant qu’il avait déjà rencontré Bartholomée.
Selon des observateurs autrichiens, qui parlent d’une «mini-crise» entre Rome et Constantinople, c’est du Vatican que vient le refus d’un sommet avec la participation du patriarche de Constantinople, qui détient le primat d’honneur au sein de l’orthodoxie.
Le métropolite grec-orthodoxe de Vienne Michael Staikos a expliqué à l’époque que la rencontre de Graz devait être un rassemblement fraternel de toutes les Eglises «sans prétentions d’hégémonie». Malheureusement, disait-il, la situation a changé avec ce «sommet à deux», et on en est revenu, au lieu d’une rencontre ouverte, à la politique ecclésiale secrète du passé. Sans tenir compte non plus de l’ordre canonique existant dans l’orthodoxie (dans la hiérarchie, Moscou vient après Constantinople, mais aussi Alexandrie, Antioche et Jérusalem).
Mgr Staikos a aussi révélé que Bartholomée Ier avait tenté à cinq reprises d’obtenir des informations sur les détails de la rencontre prévue à Vienne, «malheureusement en vain». Il avait rappelé que Rome est redevable surtout à Bartholomée de ses bonnes relations avec l’orthodoxie, alors qu’il doit compter avec de fortes résistances dans ses propres rangs. Lundi dernier, à l’ouverture du Rassemblement oecuménique européen de Graz, le métropolite Staikos, qui préside le Conseil des Eglises d’Autriche, a dénoncé une fois encore les «réflexes hégémoniques» qui ont assombri le climat oecuménique. «Nous n’en sortirons pas, a-t-il averti, sans un dialogue ouvert, transparent et honnête, dans un esprit d’autocritique et d’humilité», qui refuse de «se réfugier dans les discours pour camoufler ses fautes».
Coïncidence: la délégation du patriarcat de Constantinople qui est venue à Rome il y a un an était conduite par le métropolite Staikos. Un an plus tôt, elle l’était par le patriarche Bartholomée Ier en personne… (apic/cip/phb/pr)



