Retrouver les racines de la générosité et de la mission
Rome: Pèlerinage jubilaire des diocèses suisses
Par Marie-José Portmann, de l’Agence APIC
Rome, 25 septembre 2000 (APIC) Le théologien du pape demande aux Suisses de ne pas se prendre pour les pédagogues du monde ni pour un cas particulier. Dominicain d’origine suisse, le Père Georges-Marie Cottier était l’un des invités de la table ronde organisée dimanche soir dans une paroisse de la périphérie de Rome, dans le cadre du pèlerinage jubilaire des diocèses suisses.
Pour faire le lien entre l’Eglise à Rome, l’Eglise en Suisse et l’Eglise universelle, la paroisse romaine de Gran Madre di Dio, au nord de Rome, a accueilli dimanche soir une table ronde réunissant, des pèlerins des trois régions linguistiques de Suisse, deux représentants du Saint Siège, Mgr Nguyen Van Thuan, président du Conseil pontifical Justice et Paix, et le Père Cottier, théologien de la Maison pontificale depuis dix ans, autour du président de la Conférence des évêques suisses (CES), Mgr Amédée Grab.
Le dominicain a d’abord souligné la complémentarité de toutes les composantes de l’Eglise, insistant sur la vitalité de l’Afrique et la joie de l’Amérique latine. “L’Eglise est en marche, portée par sa jeunesse>>, a-t-il déclaré. Fils d’horloger genevois, il a stigmatisé la précision et le sens de l’organisation des Suisses qui, poussés à l’extrême, risquent de leur faire oublier l’action de l’Esprit Saint.
Pour le Père Cottier, la tentation du repli sur soi guette ses compatriotes comme elle guette les autres Européens. De moins en moins ouverts à l’imprévu, les Suisses perdent le goût du risque et ne mettent plus assez leur capital intellectuel et spirituel au service de l’extérieur. Le Père Cottier leur recommande de mieux s’informer sur Rome et de retrouver les racines profondes de leur générosité par rapport à la mission.
Vatican II a mis tant de choses en mouvement en Suisse…
Le Concile Vatican II a mis tant de choses en mouvement en Suisse qu’on a le sentiment d`un décalage avec Rome, a expliqué Mgr Amédée Grab. Le clergé prend de l’âge, semble fatigué et l’on constate un essoufflement alors que certains se dévouent jusqu’au bout de leurs forces pour maintenir l’institution. «Jean Paul II aussi est fatigué et il a de la peine de marcher. Mais ses horizons dépassent les horizons limités du calendrier très organisé de la Suisse», a poursuivi l’évêque de Coire. «L’Eglise est en route comme ces deux millions de jeunes qui ont marché des heures cet été pour se rassembler à Tor Vergata durant les JMJ».
Rome n’est pas que le Saint Siège mais une Eglise bien vivante dans les paroisses romaines, a indiqué Nicolas Betticher, chef de l’information de la Conférence des évêques suisses, en donnant la parole à son hôte, le curé de la paroisse de Gran Madre di Dio, l’abbé De Angelis. Le jeune prêtre a décrit les grands défis de cette paroisse champignon, sise à la périphérie de Rome, qui grandit en même temps que ses enfants et ses jeunes. Il a souligné le rôle déterminant des laïcs dans la vie communautaire: ce sont eux par exemple qui ont réalisé une action missionnaire sur trois ans, frappant à la porte de chaque famille de la cité populaire. Cet été, durant les JMJ, Gran Madre di Dio a accueilli 1’600 jeunes de Lituanie.
Tout autre est le visage de la paroisse de Thoune, dans l’Oberland bernois, décrit par sa responsable pastorale Pia Gadenz-Mathys. Dans ce milieu chrétien essentiellement réformé, la créativité est indispensable pour recréer une communauté catholique et rassembler les gens pour la messe dominicale. S`il existe un noyau très actif de bénévoles dans le vaste éventail de groupements, la plupart des paroissiens, bien que baptisés et ayant reçu le sacrement de la communion, ne ressentent plus leur appartenance à l’Eglise. A la recherche de formules alternatives et de rituels ésotériques, ils ont perdu la compréhension profonde de l’eucharistie. Ils ont de l’Eglise l’image d’une institution sclérosée qui discrimine les femmes et ont été scandalisés par la récente déclaration «Dominus Iesus» sur le dialogue interreligieux.
Le souffle des JMJ ne retombera pas
Pour le Tessin, Roberto Poretti voit dans les JMJ une nouvelle formule de mission. Rencontre avec le pape, réflexion sur le respect de la vie, de l’amour et de la sexualité allant à contre-courant de l’idéologie dominante, présentation de la foi comme une réalité vivante et de Jésus comme la réponse à l’aspiration au bonheur de chaque être humain, les bases ont été jetées d’une Eglise nouvelle, estime Roberto Poretti, père d’un participant aux dernières JMJ.
En Suisse romande, Gertrude Geisser, de Massongex, accompagne depuis 10 ans les pèlerins du diocèse de Sion en Terre Sainte, vers les sanctuaires de Suisse, au Liban et même… sur la Côte d’Azur. Cette pastorale diocésaine particulière vise à redonner l’espérance en Dieu par la catéchèse du pèlerinage. Une structure éprouvée qui n’est pas étrangère à la grande présence valaisanne (600 romands et 200 alémaniques) au pèlerinage suisse à Rome.
Avec le témoignage de Mgr Nguyen Van Thuan, président du Conseil pontifical Justice et Paix depuis 2 ans, Mgr Amédée Grab a voulu donner aux préoccupations paroissiales un horizon universel. Mgr Thuan a passé 13 ans en prison dans son pays, au Vietnam, dont neuf en isolement. Il a raconté comment il a continué à célébrer quotidiennement l’eucharistie, avec une goutte d’eau et une goutte de vin dans le creux de sa main. Un témoignage qui a saisi l’auditoire.
Le sceau de l’authenticité
Lorsqu’il parle de diffusion de la doctrine sociale de l’Eglise, des efforts de l’Eglise pour la paix et la justice, les propos de l’archevêque sont marqués du sceau de l’authenticité et forcent le respect. Pour recueillir l’avis des premiers concernés par les conflits et les discriminations, il s’est rendu avec son conseil en 1999 au Ghana, au Cameroun, à Taiwan ou encore à Melbourne. Il a dialogué avec les aborigènes d’Australie ou de Nouvelle-Zélande et parle de l’expérience très émouvante de la réunion intercontinentale de réconciliation entre 13 pays d’Afrique et 7 pays d’Amérique. A propos des contacts du Conseil pontifical Justice et Paix avec les guérilleros de Colombie ou du Guatemala, il dit comment l’Eglise va vers les pauvres, prie avec eux et écoute le récit de leurs souffrances, le poids de la dette internationale sur leur quotidien. Il évoque aussi les discussions de Justice et Paix avec les banquiers et les financiers du FMI. «L’Eglise oeuvre beaucoup sans qu’on le sache. Ce n’est qu’à l’issue de ce patient travail d’écoute et d’observation que le compendium de la doctrine sociale de l’Eglise sera soumis à la Congrégation de la doctrine de la foi.» (apic/mjp)



