Dérives possibles de la croisade antiterroriste lancée par Bush
Rome: Personnalités jésuites inquiètes du traitement des prisonniers afghans à Guantanamo
Rome, 18 janvier 2002 (APIC) Le traitement réservé aux 110 prisonniers afghans détenus par les Américains dans des camps de leur base navale de Guantanamo, à Cuba – six musulmans britanniques doivent y être transférés – n’émeut pas seulement le ministre des Affaires étrangères britannique Jack Straw et le Premier ministre Tony Blair. Deux personnalités jésuites italiennes s’inquiètent également des dérives possibles de la croisade antiterroriste lancée par les Etats-Unis.
Dans des interviews accordées à la presse, le cardinal Roberto Tucci, ancien directeur de Radio Vatican, et le Père Pasquale Borgomeo, l’actuel directeur de la station vaticane, ne remettent pas en cause la légitimité d’éradiquer le terrorisme. Ils relèvent cependant que l’un des aspects les plus inquiétants de la poursuite de la guerre contre le terrorisme est le traitement par les Américains des prisonniers capturés en Afghanistan. Le gouvernement américain les définit comme des «combattants illégaux» plutôt que comme des prisonniers de guerre bénéficiant de certains droits garantis par les conventions internationales.
Des prisonniers de guerre, pour Mary Robinson
Jack Straw a déclaré pour sa part que les Talibans et les membres d’Al Qaïda capturés par les Américains doivent être traités avec humanité si les Etats-Unis veulent conserver l’avantage moral sur les auteurs des attaques-suicide du 11 septembre. De nombreux mouvements de défense des droits de l’homme dans le monde attendent de la visite du Comité international de la Croix Rouge (CICR) en cours à Guantanamo qu’elle évalue de manière indépendante leurs conditions de détention. Les prisonniers ont été transférés menottés et encagoulés et n’ont pas accès à des avocats, mais les Américains nient leur infliger des mauvais traitements. En attendant la construction d’une prison mieux adaptée, les prisonniers qui ne bénéficient pas de la protection de la Convention de Genève de 1949, sont logés dans des baraques vétustes et ouvertes à tous vents.
La haut commissaire des Nations Unies pour les droits de l’Homme, Mary Robinson, a contredit l’administration américaine et insisté sur le fait que les prisonniers devaient relever du statut défini par la Convention de Genève, «parce qu’ils sont des prisonniers de guerre».
Non à la dérive autoritaire sous prétexte de lutte antiterroriste
L’organisation de défense des droits humains «Human Rights Watch» (HRW) dénonce la dérive autoritaire qui se développe un peu partout sous prétexte de lutte antiterroriste. HRW met en garde les Etats-Unis contre la tentation d’exploiter leur guerre antiterroriste pour justifier les mesures liberticides mises en ?uvre notamment en Arabie saoudite, en Egypte ou en Russie. Les tribunaux d’exception que veut mettre sur pied Washington pour juger les terroristes présumés pourraient en outre remettre en cause la capacité des Etats-Unis à s’élever contre les violations des droits de l’homme à travers le monde.
Dans son rapport annuel de 670 pages, HRW souligne que les terroristes considèrent que leur cause justifie tout, mais la lutte contre la terreur ne doit pas se laisser aller à cette logique. Kenneth Roth, directeur général de l’organisation new-yorkaise, déplore que pour nombre de pays, «la lutte antiterroriste fournit de nouvelles raisons d’ignorer les droits de l’homme». Et HRW de dénoncer le «silence honteux» des Etats- Unis et des puissances occidentales sur les violations des droits de l’homme commises par le régime en place en Arabie saoudite, «patrie d’Oussama Ben Laden et de nombre de ses disciples». L’Egypte est également dans le collimateur, elle qui assure sa stabilité par la répression. En Russie, le président Vladimir Poutine tire profit de la cause antiterroriste pour justifier sa campagne militaire brutale menée contre les indépendantistes en Tchétchénie. La Chine fait de même contre les sécessionnistes musulmans de la province du Xinjiang, à l’ouest du pays. (apic/orj/cns/be)




