Rome: Pour le cardinal Martino, la tragédie asiatique appelle à l’humilité et à la solidarité
Eduquer les nouvelles générations à «la citoyenneté mondiale»
Rome, 2 janvier 2005 (Apic) Pour le président du Conseil pontifical Justice et Paix, «le drame» en Asie du sud-est auquel «personne ne devrait se sentir étranger», est «une leçon d’humilité». Interrogé par Il Corriere della Sera du 2 janvier, le cardinal Renato Martino a souligné la nécessité d’éduquer les nouvelles générations à «la citoyenneté mondiale». Il a également dénoncé les brevets et monopoles technologiques, qui empêchent les pays pauvres de profiter des avancées de la science.
«Devant des tragédies de cette dimension, l’humanité expérimente son impuissance», a déclaré le cardinal Martino, soulignant que «l’homme de foi aussi se trouve nu devant le mystère de la souffrance» qu’il doit finalement accepter. Pour le prélat italien, ce drame est «une leçon d’humilité», qui permet de retrouver «le sens de la mesure». Si «l’homme va sur la Lune, il ne sait pas encore éviter les incidents qui peuvent venir» des éléments, a-t-il aussi souligné.
«Dieu a peut-être voulu mettre à l’épreuve notre capacité à être solidaires», a encore suggéré le haut prélat. «Cette fois-ci, le monde entier a été touché» – les touristes étrangers étant nombreux dans les pays d’Asie du sud-est – donc «personne ne devrait se sentir étranger au drame», et «la tentation de l’égoïsme devrait être plus facile à vaincre».
«Le dommage d’un cataclysme doit être affronté dans la mesure du possible avec le bien de la solidarité», a poursuivi le président du Conseil Justice et Paix, reprenant le thème de la Journée mondiale pour la paix du 1er janvier, ’Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien ’. Et si jusqu’ici «les signes» dans ce sens sont «positifs», «la route à accomplir est énorme». La reconstruction des pays ravagés par les tsunamis la semaine dernière pourrait prendre jusqu’à 10 ans et coûter plusieurs milliards d’euros, a en effet estimé le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan.
«Ce qui se réalise sur l’onde émotionnelle provoquée par une tragédie devrait être une donnée constante», a encore expliqué le cardinal. Car si les raz de marée ont plongé 5 ou 6 millions de personnes dans le besoin, «la vie de plus d’un milliard d’êtres humains est constamment marquée par le besoin extrême». Il s’agit donc pour lui «d’éduquer les nouvelles générations à la citoyenneté mondiale», qui a pour application «la mobilisation de la solidarité internationale à l’égard de tous les nécessiteux».
Systèmes d’alarme monopolisés par les pays riches
«Si tous les pays destinaient aux projets de développement des pays pauvres 0,7% de leur PIB, ce qu’ils s’étaient accordés à faire il y a 35 ans, les ressources disponibles seraient plus que triplées», a encore dénoncé le cardinal. Et «les systèmes d’alarme des ondes anormales en prendraient avantage», ainsi que «les autres possibilités de secours aux peuples touchés par cette calamité, comme par d’autres». Le cardinal a également dénoncé «les brevets et monopoles technologiques qui empêchent à une grande partie de l’humanité de jouir de protections que la science est aujourd’hui en mesure d’offrir».«Le fait que les populations pauvres soient aujourd’hui sans défense, comparées aux populations riches, par rapport aux dangers des raz de marée, rentre dans cette espèce de besoin auquel il faut faire front», a-t-il insisté.
Pour le président du dicastère consacré à la paix et à la justice, cette tragédie «peut nous aider à vouloir que le secours porté à l’humanité dans le besoin ne s’impose pas seulement dans l’urgence». «La mobilisation à laquelle nous assistons est un signe de la croissance de la citoyenneté mondiale», a-t-il encore déclaré. (apic/imedia/ar/bb)



