Voies de dialogue entre Eglises orthodoxe et catholique
Rome: Présentation des actes du symposium de 2003 sur la primauté du pape
Rome, 15 octobre 2004 (Apic) Le cardinal Walter Kasper, a présenté à la presse, dans la soirée du 14 octobre, les actes du symposium de 2003 sur «Le ministère pétrinien, catholiques et orthodoxes en dialogue». Le document indique les problématiques et les voies de dialogue entre catholiques et orthodoxes autour de la question de la primauté de l’évêque de Rome.
Le cardinal Kasper, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, a présenté le document en compagnie du métropolite Joannis Zizoulas, patriarche orthodoxe de Pergame, et du père Hermann Joseph Pottmeyer, doyen émérite de la faculté de théologie de la Ruhr en Allemagne.
«Il n’est pas question de remettre en cause le dogme de l’infaillibilité pontificale, mais de rechercher des solutions pour bien faire la distinction entre ses formes et son application», a expliqué le cardinal allemand, en soulignant que c’est sur ce dernier point que les discussions entre les deux Eglises pourraient porter à l’avenir. «Les ecclésiologies orthodoxes et catholiques ne sont pas contraires et il faut travailler à un approfondissement progressif de la compréhension mutuelle», a poursuivi le haut prélat. «En tant que catholique, nous sommes convaincus du fondement biblique du ministère pétrinien et il faut dépasser les blocages psychologiques», a-t-il conclu.
Le métropolite de Pergame a pour sa part souligné que «c’est la première fois, dans le dialogue oecuménique, que le Saint-Siège et le pape poussent à réfléchir sur ce point de la doctrine de l’Eglise catholique». Reconnaissant que la primauté du pape reste un point difficile des relations entre les Eglises orthodoxes et catholique, il s’est aussi félicité de «cette nouvelle ère de discussions. Le pape a un profond esprit oecuménique qui facilite la recherche d’une voie pour le rapprochement. J’espère que ceci se retrouvera au niveau des discussions officielles des prochaines années car, désormais, le dialogue aura lieu dans un esprit objectif et non polémique, comme autrefois».
Les orthodoxes «sont à la recherche d’une solution sans trahir notre foi»
Le patriarche a ensuite expliqué que les orthodoxes «sont à la recherche d’une solution sans trahir notre foi. Pour moi, cette base est offerte par l’ecclésiologie de la communion proposée par Vatican II». Le métropolite orthodoxe a ainsi exposé l’importance de Synode et de la collégialité entre les évêques et les deux Eglises pour trouver un terrain d’entente. «La question du primat est une question canonique et non de foi. C’est une question d’organisation. Les orthodoxes donnent plus de place à leurs Eglises locales qu’à l’Eglise universelle. C’est une erreur. Il faut réconcilier ces deux niveaux et donner la priorité à l’Eglise universelle», a-t-il ainsi infirmé, soulignant qu’inversement, les catholiques devaient donner un plus grand rôle aux Eglises particulières. Pour le patriarche, «il y a une règle d’or à suivre. N ul ne peut faire des évêques sans un primat, et le primat ne peut pas être fait sans évêques».
Pour l’expert catholique Hermann Joseph Pottmeyer, «il faut aussi ramener la question à sa dimension historique. Selon les situations, il y a diverses façons d’exprimer la même chose». Ainsi, le professeur de théologie estime lui aussi que les orthodoxes doivent comprendre «que les Eglises locales doivent s’unir dans une Eglise universelle, sans perdre leur identité. Ils doivent trouver un équilibre». Par ailleurs, «les catholiques doivent faire la distinction entre l’autorité du pape en occident et en orient et développer l’ecclésiologie autour des Eglises locales, et surtout passer à sa pratique».
Symposium à huis-clos en 2003 à Rome
Le symposium à huis-clos des 21 et 24 mai 2003 à Rome, avait réuni cinq spécialistes catholiques et 11 délégués d’Eglises orthodoxes et huit relateurs. La rencontre avait été organisée suite à l’encyclique Ut unum sint (1995) et à la demande de Jean Paul II d’étudier la question du ministère pétrinien avec les autres chrétiens afin de «chercher, ensemble, les formes par lesquelles ce ministère pourrait réaliser un service d’amour entre les uns et les autres».
Suite à cette demande des études menées par les autres Eglises et communautés ecclésiales sont parvenues au Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens. Ces études ont fait l’objet d’une synthèse lors de la session plénière du Conseil en novembre 2001. Cette question du ministère pétrinien a aussi été abordé par le Comité pontifical pour les sciences historiques en 1989 et par la Congrégation pour la doctrine de la foi en 1996.
Ainsi, les actes du symposium, «une rencontre académique qui n’a pas de caractère officiel», pour le cardinal Kasper, s’inscrit «dans la continuité de l’étude de ce thème pour contribuer à une réflexion dans une perspective oecuménique». Les membres du symposium se sont donc penchés sur ’le fondement biblique du primat de l’évêque de Rome’, puis sur ’le primat chez les Pères de l’Eglise’ et sur ’le rôle de l’évêque de Rome dans les conciles oecuméniques’. Ils ont aussi soulevé ’la question de la primauté romaine selon saint Maxence le confesseur’, puis abordé les débats sur la primauté du pape durant le concile Vatican I (1870), et les discussions récentes entre théologiens orthodoxes sur la primauté.
«Ces réflexions à deux voix, catholique et orthodoxe», selon le cardinal Walter Kasper, sont donc désormais disponibles dans un petit livre de 272 pages en italien, en anglais et français, édité par la maison d’édition italienne, Città Nuova.
Le thème de l’exercice du pouvoir du pape est l’un des principaux obstacles au dialogue oecuménique, en particulier depuis que le Concile Vatican I (1870) qui a proclamé le dogme de l’infaillibilité pontificale. Selon la constitution dogmatique Lumen Gentium du Concile Vatican II (1964), «en vertu de sa charge de vicaire du Christ et de pasteur de toute l’Eglise, le pontife romain détient un pouvoir plénier, suprême et universel, qu’il peut toujours exercer librement».
Discuter en profondeur de l’infaillibilité pontificale
«Il est nécessaire de discuter en profondeur le primat de l’évêque de Rome, l’infaillibilité pontificale, la position du pape dans la structure de l’Eglise chrétienne dans son ensemble, car là se trouve le point le plus difficile dans nos relations, et cela empêche encore la pleine communion», avait ainsi expliqué le patriarche oecuménique de Constantinople, Bartholomé Ier, au terme de sa visite au Vatican en juin 2004.
Le dialogue théologique officiel entre les orthodoxes et les catholiques est suspendu depuis la dernière session de la Commission mixte internationale de dialogue réunie à Baltimore, en l’an 2000. La principale pierre d’achoppement résulte de la situation des Eglises catholiques orientales rattachées à Rome et appelée «uniates» par les orthodoxes. Jean- Paul II a demandé à plusieurs reprises la réouverture de ce dialogue, notamment lors de sa dernière rencontre avec Bartolomé Ier, fin juin. (apic/imedia/hy/bb)



