Rome: Publication en italien du dernier livre du cardinal Ratzinger sur «l’esprit de la liturgie»

Pas de musique rock dans les célébrations

Rome, 20 février 2001 (APIC) «Introduction à l’esprit de la liturgie»: c’est le titre du dernier ouvrage du cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui vient d’être publié en Italie par les éditions Saint-Paul. L’auteur, qui propose de renouveler la liturgie en vigueur depuis le Concile Vatican II, demande d’utiliser avec prudence la musique religieuse, qui risque de détourner l’attention des fidèles, et bannit des célébrations la musique rock, qui provoque la «liquidation du cœur dans une ivresse privée de forme ou dans la pure sensualité».

Déjà publié en Allemagne par les éditions Herder en janvier 2000, puis aux Etats-Unis par «Ignatius Press» au mois de septembre dernier, l’ouvrage se veut un «stimulant» pour un «renouvellement» de la liturgie en vigueur depuis le Concile Vatican II. Pour le cardinal Ratzinger en effet, la liturgie d’après concile a besoin aujourd’hui d’un approfondissement pour ne pas «tomber pas en ruine» à la suite d’»expérimentations» ou de «tentatives erronées de restauration ou de reconstruction» trop rapides.

Au début du XXème siècle, explique-t-il, la liturgie préconciliaire était comme «une fresque recouverte d’un enduit», puisque beaucoup de fidèles en étaient venus, alors qu’ils suivaient le déroulement de la messe dans leur missel, à accorder plus d’importance à des prières privées plutôt qu’aux célébrations elles-mêmes. Le mouvement liturgique encouragé par le concile a donc permis de «reporter la fresque à la lumière», affirme le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, mais il faut à présent «prendre les mesures nécessaires» pour empêcher des «influences nuisibles» pouvant contribuer à sa dégradation.

En développant dans son livre les origines bibliques et historiques sur lesquels reposaient les gestes liturgiques anciens, le cardinal Ratzinger consacre un chapitre au changement d’orientation du prêtre et de l’autel au cours de la messe, comme ayant été «la conséquence la plus visible» de la réforme liturgique. Il regrette pour sa part que la célébration du prêtre «dos au peuple» ait été présentée comme «quelque chose d’absurde et de complètement inacceptable», dans la mesure, souligne-t-il, où cela s’inspirait de la tradition de la prière des juifs tournés vers Jérusalem dans les synagogues, et se voulait l’expression d’»une même orientation du prêtre et du peuple» vers Dieu.

La messe n’est pas un banquet

Le cardinal Ratzinger reconnaît que la nouvelle disposition du prêtre, tourné vers l’assemblée, permet de présenter davantage l’Eucharistie comme un «repas communautaire», mais il met en garde contre une exagération dans ce domaine. Pour lui en effet, si le Christ a effectivement institué la «nouveauté» du culte chrétien dans le cadre d’un «banquet pascal juif», il a demandé de répéter cette «nouveauté», et «non pas le banquet comme tel».

Concrètement, le cardinal Ratzinger se défend de toute attitude de «nostalgie du passé» et ne prône pas un retour en arrière. Mais il encourage l’adoption de gestes concrets simples permettant de mettre en valeur quelques idées essentielles positives que voulaient exprimer autrefois les gestes de la liturgie préconciliaire. Il suggère par exemple que la croix soit placée au centre des autels modernes, pour que ce soit elle, et non pas le prêtre, qui soit au centre de l’attention des fidèles.

Le rock innaproprié pour la liturgie

Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi propose par ailleurs, dans un autre chapitre de son ouvrage, une réflexion sur la «musique liturgique» qu’il distingue de la «musique religieuse». Si on peut «expérimenter la présence de Dieu» en écoutant une musique religieuse de Bach ou de Mozart dans une église, cette même musique, fait-il remarquer, peut toutefois également détourner l’attention de Dieu par la virtuosité des artistes ou par les passions subjectives qu’elle exprime.

Le cardinal Ratzinger présente d’autre part comme complètement «inappropriée» l’éventualité d’une utilisation de la «musique rock» dans la liturgie, dans la mesure où celle-ci vise à exprimer une «rupture violente avec le moi», présenté comme une «prison», et avec l’esprit, considééré comme une «chaîne». La musique chrétienne doit permettre une «élévation du cœur», insiste-t-il, et non pas sa «liquidation» dans «une ivresse privée de forme ou dans la pure sensualité».

Pour sa part, le cardinal Ratzinger encourage un «renouvellement intérieur» de la musique liturgique, pour lequel il propose certains «critères». Elle doit se référer aux événements par lesquels Dieu est intervenu dans l’histoire, explique-t-il, tels qu’ils sont rapportés dans la Bible et dans l’histoire de l’Eglise. De ce fait, de manière générale, précise-t-il, le chant doit prédominer sur la musique instrumentale. Son but est par ailleurs est de traduire la diversité des sentiments que comprend l’amour de Dieu, que ce soit la souffrance du Christ sur la croix, ou la joie de sa résurrection.

Entrer en dialogue avec Dieu

Dans les derniers chapitres de son ouvrage enfin, le cardinal Ratzinger développe l’idée selon laquelle la «participation active» des fidèles aux célébrations, proposée par le Concile Vatican II comme «igne directrice» de la liturgie, a été souvent «mal interprétée», et réduite à tort à la «nécessité» de «faire entrer concrètement en action le plus grand nombre de personnes le plus souvent possible». Pour le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, l’essentiel, dans la liturgie, ne réside pas dans les actions effectuées par les uns ou les autres au cours des cérémonies, mais dans un «dialogue» avec Dieu dans lequel c’est celui-ci qui «agit et accomplit l’essentiel».

La prière liturgique permet aux chrétiens de «participer» à cette «action» de Dieu qui est essentiellement le sacrifice du Christ sur la croix, explique le cardinal Ratzinger. Tous les gestes effectués ­ le fait de faire le signe de la croix, de s’agenouiller ou de joindre les mains – doivent donc permettre aux fidèles de prendre conscience de cette priorité, sans détourner leur attention sur les gestes eux-mêmes qui sont finalement secondaires. C’est dans cette perspective que le cardinal Ratzinger encourage aujourd’hui une nouvelle «éducation liturgique» des prêtres et des laïcs. (apic/imed/bb)

20 février 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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