La décentralisation au profit de la Curie?
Rome: Quels sont les défis qui attendent le prochain pape.
Rome, 14 avril 2005 (Apic) Les cardinaux réunis en Congrégations générales ont officiellement entamé le 12 avril 2005 des réflexions sur la situation de l’Eglise et du Saint-Siège. Ainsi, avant de se décider sur un nom, les cardinaux réfléchissent entre eux aux priorités et défis qui attendent le prochain pape.
Parmi les besoins de l’Eglise les plus immédiats, ressort celui de l’organisation de la Curie romaine. Au cours de son pontificat, Jean Paul II a privilégié la mission et un gouvernement «charismatique» de l’Eglise, en laissant une grande latitude aux responsables de la Curie. Or, la coordination laissait parfois à désirer, en particulier ces dernières années. Un meilleur gouvernement de la Curie serait donc bienvenu, ainsi qu’une meilleure répartition du pouvoir, aujourd’hui largement concentré entre les mains de la Secrétairerie d’Etat.
En plus de cette réorganisation, il serait souhaitable de poursuivre l’internationalisation de la Curie entreprise par Jean Paul II, mais légèrement remise en question en fin de pontificat (les Italiens reprenant un peu les rênes), tout en s’assurant que tous ceux qui sont à la tête des Congrégations et Conseils pontificaux aient eu de réelles expériences dans les diocèses. Ceci pour faciliter leur compréhension du travail quotidien des évêques du monde entier qu’ils reçoivent lors des visites Ad limina accomplies à Rome par ces derniers tous les cinq ans. De la même façon, si le besoin d’un pape qui connaisse bien les mécanismes de la Curie se fait sentir, le successeur de Jean Paul II devra aussi avoir un grand esprit pastoral.
Le nouveau pape devra également se montrer soucieux de la collégialité dans le ’gouvernement’ de l’Eglise. Sur ce point, c’est le cardinal Carlo Maria Martini, ancien archevêque de Milan, et longtemps considéré en Italie comme un «papabile» privilégié, qui a souvent été le plus explicite. «Il pourrait y avoir un style de pontificat qui permette à la collégialité de s’exercer différemment», a aussi souligné le cardinal Marc Ouellet, archevêque de Québec.
Plus de pouvoir aux Conférences épiscopales
Concrètement, pour certains cardinaux, comme l’archevêque de Malines- Bruxelles Godfried Danneels, cela pourrait consister à donner plus de «pouvoir» aux Conférences épiscopales, ou bien à mieux organiser la consultation des évêques par synodes, ces derniers ayant plus de poids décisionnel.
Au-delà du «gouvernement» de l’Eglise proprement dit, le prochain pape aura pour première mission l’évangélisation, même si celle-ci doit prendre aujourd’hui des formes nouvelles. Il lui faudra, en particulier, penser au continent asiatique, et essentiellement à la Chine. «La Chine change, s’ouvre économiquement, a remarqué le cardinal australien George Pell, archevêque de Sydney. Elle pourrait s’ouvrir culturellement et religieusement. C’est peut-être le prochain grand terrain de mission».
Dans la perspective de l’évangélisation, se pose de manière cruciale la question de la crise des vocations, surtout en Europe et en Amérique du Nord. Un problème que souligne le cardinal Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal, en évoquant la diminution du nombre de prêtres et le peu d’importance accordé aujourd’hui à la messe dominicale : «En Occident, l’Eucharistie est un peu en perte de vitesse. Il y a malheureusement beaucoup de personnes qui ont pris leur distance oubliant qu’elle est au coeur de l’Eglise». Plus spécifiquement, la déchristianisation de l’Europe s’avère très préoccupante. «L’Europe a beaucoup fait pour la croissance de l’Eglise, même récemment. Si la religion continue à décliner de façon radicale en Europe, ce sera une énorme perte pour l’Eglise», a fait remarquer le cardinal Pell. De ce fait, certains cardinaux hésiteront à se décider pour un candidat non-Européen.
Amérique latine: pas le moment encore?
Pourtant, l’Amérique Latine attire elle aussi l’attention, dans la mesure où elle rassemble aujourd’hui près d’un tiers des catholiques de la planète. Le cardinal brésilien Claudio Hummes, archevêque de Sao Paolo insiste beaucoup sur ce point, en ajoutant que le prochain pape devra se mettre au service, certes de toute l’humanité. La lutte contre la pauvreté est une de ses priorités, comme elle est celle de deux autres «papabili» latino-américains: le cardinal argentin Jorge Bergoglio, archevêque de Buenos Aires et le cardinal Oscar Andrès Rodriguez Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa, au Honduras. Certains, comme le cardinal français Bernard Panafieu, archevêque de Marseille, n’excluraient donc pas un candidat latino-américain. Mais d’autres sont plus réservés, comme le cardinal Francis Eugene George, archevêque de Chicago, qui estime qu’»il n’est pas encore temps».
Au-delà de ces considérations géographiques, une autre priorité, pour le prochain souverain pontife, sera de continuer à oeuvrer en faveur de l’unité des chrétiens. Parmi ceux qui sont sensibles au dialogue avec les orthodoxes, se trouve le cardinal autrichien Christophe Schnöborn, qui considère que Vienne, dont il est l’archevêque, doit être «un pont entre l’Orient et l’Occident».
Dans le contexte actuel de la mondialisation, l’urgence d’accélérer le dialogue inter-religieux est indéniable. Celui avec les juifs, en priorité, sur lequel insiste le cardinal Carlo Maria Martini, qui réside aujourd’hui à Jérusalem. Celui avec les musulmans, ensuite. En ce qui le concerne, le cardinal Angelo Scola, patriarche de Venise, est un expert reconnu du dialogue avec l’Islam, sur le plan intellectuel et culturel, tandis que le cardinal nigérian Francis Arinze a une très grande habitude des contacts avec les musulmans, par sa nationalité, et par les années qu’il a passées à Rome comme président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux avant de devenir préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. Enfin, pour le dialogue avec les religions asiatiques, le cardinal indien Ivan Dias, archevêque de Bombay, serait particulièrement bien placé.
L’erreur à ne pas commettre
Dans tous les cas, comme le souligne le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, «l’Eglise de demain ne sera pas une Eglise repliée sur elle-même, fermée dans une autodéfense apologétique ou dans la restauration d’un vieux confessionnalisme, mais une Eglise radicalement ouverte aux autres Le cardinal Angelo Scola rappelle que dans l’héritage laissé par Jean-Paul II, il y a aussi le respect de la vie, de la conception jusqu’à la mort naturelle, qu’il décrit comme un «pilier de civilisation». Le cardinal Dionigi Tettamanzi, archevêque de Milan, insiste lui aussi sur l’importance de la défense de la vie, dans le contexte, en particulier, de l’évolution de la technologie, lui-même étant un expert en bioéthique.
Enfin, beaucoup de cardinaux rappellent la nécessité que le nouveau pape soit un homme de prière qui mette l’accent sur le Christ. «Est-ce qu’il pourra parler 25 ou 30 langues, est-ce qu’il sera aussi médiatique que Jean Paul II, est-ce qu’il aimera autant les voyages, cela est très secondaire», a ainsi estimé le cardinal Turcotte. Comme l’a fait remarquer le cardinal archevêque de Berlin, Georg Sterzinsky, le nouveau pape ne devra pas commettre l’erreur de vouloir «copier» Jean Paul II, mais avoir son profil propre, ses propres convictions et ses propres manières de faire. (apic/imedia/hy/ms/ar/ami/pr)



