Condamnation unanime
Rome : Réactions d’indignation après l’annulation de la visite du pape à La Sapienza
Rome, 16 janvier 2008 (Apic) Les réactions d’indignation pleuvent en Italie, notamment, après l’annulation de la visite contestée de Benoît XVI à l’université romaine de La Sapienza, dans la soirée du 15 janvier.
La classe politique italienne, des journalistes et des membres du clergé n’ont pas manqué de faire entendre leur voix pour regretter la tournure des événements. Suite à la fronde de certains enseignants et étudiants qui avaient entamé une « semaine anticléricale », le Saint-Siège a préféré annuler la visite du pape prévue le 17 janvier.
Les réactions sont unanimes, ce 16 janvier, dans les rédactions des grands journaux italiens pour condamner cette «censure», ce «refus du dialogue et de la rencontre», peut-on lire dans le quotidien La Repubblica. «C’est inacceptable pour un pays démocratique et pour tous ceux qui croient dans la liberté des idées et dans leur expression». Quant au quotidien Corriere della Sera, il se demande si «les laïques ont vaincu ?». «Dommage que nous ne réussissions justement pas à le croire». «Ce qui l’a emporté, en effet, c’est une caricature de la laïcité», affirme encore le quotidien. «C’est une dure épreuve pour la laïcité italienne», ajoute pour sa part La Stampa, car il s’agit de «la défaite d’une haute institution scientifique» du pays. Quant au spécialiste des questions religieuse de ce journal, il souligne cependant que «Wojtyla y serait allé».
Les journalistes rappellent ainsi que Jean Paul II, au cours de son pontificat, avait été contraint de renoncer à des voyages à Beyrouth ou à Sarajevo, en 1994. Mais ils notent avec insistance que le Liban et la Bosnie-Herzégovine étaient alors «en guerre». Un commentateur fait aussi le lien entre l’actualité et la prise de Rome par les Italiens en 1870, estimant ainsi que «Benoît XVI est prisonnier au Vatican».
Quant à la classe politique italienne, dans sa grande majorité, elle s’est rangée aux côtés du pape, estimant que l’annulation de sa visite à La Sapienza, fondée par un pape, était «une honte pour l’Italie». Le président de la République italienne Giorgio Napolitano aurait fait parvenir au pape une lettre personnelle, avec les excuses de l’Etat italien. Le chef du gouvernement, Romano Prodi, a quant à lui exprimé son «profond regret», condamnant «les gestes, les déclarations et les événements qui ont provoqué une tension inacceptable et un climat qui ne fait pas honneur aux traditions de civilisation et de tolérance de l’Italie». Quant au président du parti de droite « Forza Italia », Silvio Berlusconi, il a estimé qu’il s’agissait d’une «blessure qui humilie l’université et l’Italie»
Etroitesse culturelle
Parmi les membres du clergé, enfin, le cardinal Camillo Ruini, vicaire du pape pour le diocèse de Rome, a invité les fidèles ainsi que tous les Romains, «en cette circonstance qui touche si douloureusement toute notre ville», à participer à la prière de l’Angélus, place Saint-Pierre, le 20 janvier prochain, en signe «d’affection» et de soutien. Enfin, dans un communiqué, la Conférence épiscopale italienne (Cei) a exprimé sa «proximité spirituelle» à Benoît XVI qui fut «l’objet d’un très grave refus qui manifeste l’intolérance antidémocratique et la fermeture culturelle».
Autre réaction : le cardinal Zenon Grocholewski, préfet de la Congrégation pour l’éducation catholique, a indiqué à I.Media que l’attitude des étudiants et des enseignants qui avaient refusé la venue du pape appartenait «au passé». Selon le chef du dicastère en charge des universités, ces contestataires possèdent «un horizon culturel étroit».
Le cardinal polonais, qui s’est déclaré «déçu» après cette annulation, estime que «la petite minorité» qui a contesté la présence de Benoît XVI a l’université «n’est pas ouverte au dialogue mais possède plutôt un horizon culturel étroit». «Ils revendiquent la démocratie, mais ils veulent dominer une grande majorité d’autres», a encore jugé le cardinal polonais, avant de fustiger «une attitude culturelle qui appartient au passé et non à l’avenir». Selon lui, les contestataires sont «peu nombreux». Ils représentent «une soixantaine de professeurs sur 5000, et une centaine d’étudiants sur plus de 100 000». Le cardinal a jugé que «le pape se serait exposé aux cris d’une minorité» et que «la situation aurait pu devenir dangereuse en cas d’affrontement entre étudiants».
« Pauvre Eglise, pauvre Italie », titre enfin le quotidien de centre-droit Il Giornale, propriété de la famille Berlusconi. La crainte de troubles qui auraient nui à l’image du pape semble être à l’origine du report de la visite. (apic/imedia/ami/ms/pr)



