Le Vatican déçu : on ravive de vieilles polémiques
Rome: Réactions négatives des juifs au document sur la Shoah
Rome, 19 mars 1998 (APIC) Vent de déception au Vatican après les réactions plutôt négatives du monde juif à la publication, lundi 16 mars, d’un document d’Eglise, attendu depuis dix ans, intitulé «Nous nous souvenons: une réflexion sur la Shoah.» La réconciliation espérée en préambule de ce texte par Jean-Paul II pour le Jubilé de l’an 2000 semble repoussée encore une fois.
«Nous ne sommes pas mécontents des réactions. Les juifs qui ont lu le texte avec le coeur ouvert, l’ont apprécié. D’autres, mal informés ou mal intentionnés sont retournés aux vieilles polémiques» résume, dans une interview au «Corriere della Sera», le père Rémi Hoeckman, secrétaire de la «Commission pour les relations avec le judaïsme» et à ce titre principal artisan de ce texte. Une façon élégante de dire ce que beaucoup pensent tout bas au Vatican, à savoir une franche déception.
Seul le dominicain suisse Georges Cottier, théologien de la Maison pontificale, ose s’exprimer publiquement mais «à titre personnel». «Je suis vraiment amer. Réduire le document à la question de Pie XII, fait perdre de vue ce qui représente le centre du texte publié, à savoir la ferme condamnation de l’Holocauste» souligne le président de la Commission thélogico-historique pour le Jubilé dans sa réponse quotidien catholique «Avvenire»
. Les critiques contre Pie XII sont des calomnies
En effet, la défense de la mémoire de Pie XII dans le nouveau texte du Vatican, focalise avec deux autres motifs – l’absence d’une demande explicite de pardon et le maintien de la fermeture des archives du Vatican pour la période concernée – l’ensemble des critiques même si, dans ce concert, quelques voix juives notamment italiennes se sont levées pour saluer le texte.
Pour ce qui est de la question de Pie XII à qui l’on reproche son «silence» sur la Shoah le Père Cottier répond : «Les critiques n’ont aucun fondement. Ce sont des calomnies parce que l’on sait tout ce que ce pape a fait pour sauver la vie de nombreux juifs. Il s’est tu pour ne pas provoquer un mal plus grand en particulier après l’expérience de ce qui s’était passé en Hollande. Pie XII savait bien qu’Hitler ne se serait arrêté devant rien».
Un sujet sur lequel le Père Hoeckman ajoute : ” Nous avons voulu mettre en évidence que le comportement de Pie XII a été à l’époque reconnu immédiatement par beaucoup de responsables de communautés juives. (…) Si nous avons fait silence sur le silence de ce pape c’est parce que l’on a trop parlé de ce silence ! Notre intention était de sortir de cette polémique (…). Il est en effet facile de créer une légende. Il est plus difficile d’établir la recherche de la vérité. Pour ce qui est des silences présumés de Pie XII, nous devons respecter la volonté et les actions de cet homme qui devant Dieu et avec toute la responsabilité qu’il avait sur les épaules, a accompli certaines actions pour sauver des juifs. Nous devons respecter les décisions qu’il a prises devant Dieu et dans des conditions historiques particulières. Il est trop facile, à cinquante ans de distance, de dire ce que Pie XII devait ou ne devait pas faire. (…)»
Le père Hoeckman met particulièrement en cause la pièce de théatre «le Vicaire» de Rolf Hochhuth, écrite en 1963. Elle a créé une véritable «légende noire» déplore-t-il, transformant ce pape ” en bouc émissaire de tous les maux de la Shoah». Le théologien observe en effet qu’»avant» la pièce, les jugements sur Pie XII étaient positifs et que «plusieurs personnalités» notoires avaient publiquement rendu hommage à ce pape pour son action en faveur des juifs pendant la guerre.
Onze volumes d’archives déjà publiés
Sur l’absence de demande explicite de pardon dans le texte, on explique, de bonnes sources au Vatican, qu’un phénomène de «saturation de demandes de pardon existe sur le plan pastoral créant une certaine allergie» dans le public en ce domaine. Et que la demande explicite de pardon a déjà été réalisé par le pape en particulier dans l’encyclique Tertio Millenio Adveniente. Dans le nouveau document, il s’agit d’une «approche différente», insiste-t-on, celle d’un examen de conscience.
Enfin, sur le fait que les archives du Vatican, sur la période de la seconde guerre mondiale, ne sont pas encore ouvertes aux chercheurs, le père Hoeckman explique : «je constate que ceux qui demande l’ouverture des archives du Vatican ne connaissent pas l’existence ou n’ont jamais lu les onze volumes qui rassemblent les actes et les documents de l’Archive secrète du Vatican pendant la seconde guerre mondiale. Cette oeuvre, publié il y a déjà dix ans, est le fruit du travail d’un groupe d’historiens internationalement reconnus. (…) A ce point, je crois à la nécessité que les chercheurs et les historiens compétents des deux religions étudient ensemble l’histoire de cette période en partant de la connaissance approfondie de ce qui a déjà été publié dans ces onze volumes. Une fois ce travail fait, on pourra voir ce qui manque à la documentation historique.»
Les responsables catholiques du dialogue avec le monde juif attendent néanmoins beaucoup d’une réunion sans précédent au Vatican la semaine prochaine (23-26 mars) de l’IJCIC (International Jewish Commission on Inter-religious Consultation).
Consacrée à la nécessité de favoriser une meilleure connaissance réciproque – en particulier par la formation – elle devrait permettre, selon ces mêmes responsables, de lever certaines incompréhensions et d’aboutir à une déclaration commune. (apic/imed/mp)



