Rome : Le Vatican rejette les accusations d’entrave aux enquêtes sur la pédophilie

Rome reconnaît quand même les erreurs de l’évêque de Cloyne

Rome, 3 septembre 2011 (Apic) Plus d’un mois et demi après la publication d’un rapport accablant sur la gestion des cas de pédophilie dans le diocèse de Cloyne, dans le Sud de l’Irlande, le Saint-Siège a fermement rejeté, le 3 septembre, les «accusations sans fondement» lancées mi-juillet par les autorités irlandaises sur la prétendue tentative du Vatican de bloquer certaines enquêtes entre 1996 et 2009. Pour autant, le Saint-Siège redit son «horreur face aux crimes pédophiles» et admet les «manquements graves» intervenus dans la gestion des cas de prêtres pédophiles dans le diocèse de Cloyne.

La déclaration officielle du Saint-Siège, longue et détaillée, répond à une demande explicite du gouvernement irlandais émise dès la publication du rapport mi-juillet.

Dans cette réponse de plus de 20 pages au ministre irlandais des Affaires étrangères, le vice Premier ministre Eamon Gilmore, le Vatican reconnaît ainsi des «manquements graves dans le gouvernement du diocèse de Cloyne» et «le mauvais traitement des allégations de pédophilie». Rome note pourtant qu’évêques et supérieurs religieux s’étaient engagés à mettre en œuvre les directives élaborées par l’Eglise d’Irlande pour la protection des enfants.

Publiée en anglais, la réponse officielle du Saint-Siège émet par ailleurs de «sérieuses réserves» concernant l’accusation du Premier ministre Enda Kenny, qui affirmait le 20 juillet dernier devant le Parlement que le Saint-Siège aurait «tenté de contrecarrer une enquête en cours dans un Etat souverain, démocratique et républicain» et avait en outre soutenu cela s’était produit «il y a 3 ans à peine et pas il y a 30 ans». La réponse du Vatican, essentiellement élaborée par la Secrétairerie d’Etat, affirme comprendre «les profonds sentiments de colère et de frustration» face au contenu du ›Cloyne report’, mais affirme que «les accusations d’ingérence de la part du Saint-Siège sont démenties par de nombreux rapports».

Si elle rejette ainsi certaines «accusations sans fondement», la réponse romaine accueille en même temps «les observations et les suggestions utiles afin de combattre avec détermination le crime effrayant de la pédophilie».

La réponse du Saint-Siège entend aussi éclaircir en détail un point sensible soulevé dans le ›Cloyne report’, à savoir la lettre adressée en janvier 1997 par le nonce apostolique en Irlande aux évêques du pays. Cette missive, sur la base d’indications de la Congrégation pour le clergé, soulignait alors qu’un document de l’époque – intitulé ›Child sexual abuse – Framework for a Church response’ (Pédophilie – Cadre pour une réponse de l’Eglise), prêtait le flanc à des objections car certains de ses aspects étaient difficilement compatibles avec le droit canonique. Dans sa réponse du 3 septembre, Rome indique que ce texte n’était pas un document officiel de la conférence épiscopale, qu’il n’avait pas été reconnu par le Saint-Siège, et que si la Congrégation pour le clergé avait bien exprimé des réserves quant à l’obligation de dénonciation des cas de pédophilie, elle n’avait pas encouragé les évêques à violer la loi irlandaise.

Des réactions «excessives»

Le 20 juillet dernier, le premier ministre irlandais avait accusé l’Eglise catholique, et le Saint-Siège en particulier, d’avoir entravé une enquête sur des cas de pédophilie au sein du clergé du pays, dans le diocèse rural de Cloyne. Enda Kenny avait alors particulièrement reproché au Saint-Siège les «dysfonctionnement, la déconnection, l’élitisme et même le narcissisme qui dominent la culture du Vatican». Il était allé jusqu’à affirmer que «le viol et la torture des enfants avaient été minimisés pour soutenir le primat des institutions, leur pouvoir et leur réputation».

Cinq jours plus tard, de façon exceptionnelle, la Secrétairerie d’Etat du Saint-Siège avait choisi de rappeler, «pour consultations», le nonce apostolique à Dublin, Mgr Giuseppe Leanza. Rome avait promis de répondre aux demandes d’éclaircissements formulées explicitement par le gouvernement irlandais. Dans une déclaration orale, un responsable du Vatican avait aussi fait part de la «surprise» et de la «déception» du Saint-Siège après «certaines réactions excessives», justifiant ainsi en partie la démarche exceptionnelle de rappeler un nonce.

Encadré :

#La responsabilité de l’évêque de Cloyne

Un rapport concernant les actes pédophiles commis entre 1996 et 2009 par 19 prêtres du diocèse de Cloyne avait été publié le 13 juillet dernier. La responsabilité de l’évêque d’alors, Mgr John Magee, y apparaissait clairement. Cet ancien secrétaire particulier de Paul VI (1963-1978), de Jean Paul Ier (1978) et de Jean Paul II (1978-2005) a démissionné de sa charge en mars 2010. Sa démission est intervenue 4 jours après la publication de la Lettre aux catholiques irlandais de Benoît XVI qui dénonçait, entre autres, les «erreurs de jugement» de certains évêques irlandais et les invitait à «coopérer avec les autorités civiles» et à mener «une action ferme (…) de manière pleinement honnête et transparente». Plusieurs évêques ont ensuite démissionné.

La réponse du Saint-Siège a été élaborée par la Secrétairerie d’Etat et certains dicastères de la curie, en collaboration avec le nonce apostolique à Dublin, rappelé à Rome de façon exceptionnelle fin juillet pour consultations. Depuis, le nonce – qui pourrait être prochainement nommé à Prague – est rentré à Dublin. A Rome, dans la matinée du 3 septembre, c’est son supérieur, Mgr Ettore Balestrero, sous-secrétaire pour les rapports avec les Etats, qui a remis la réponse du Saint-Siège à Helena Keleher, ›Chargé d’Affaires a.i.’ de l’ambassade d’Irlande auprès du Saint-Siège.

(apic/imedia/ami/bb)

3 septembre 2011 | 16:44
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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