Russes et Américains, le sentiment d’appartenir à la même famille
Rome: Rencontre avec Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, administrateur apostolique à Moscou
Rome, 12 octobre 2001 (APIC) Après les attentats du 11 septembre, Russes et Américains ont eu pour la première fois le sentiment d’appartenir à une seule famille, unie contre le terrorisme, analyse Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, administrateur apostolique de la Russie européenne septentrionale à Moscou.
Dans une interview accordée à l’APIC, Mgr Kondrusiewicz revient également sur son intervention durant le Synode qui se tient actuellement à Rome et sur les relations entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe en Russie. Il a rappelé son souhait de voir un jour le pape Jean Paul II fouler le sol russe.
APIC: Quelle a été votre réaction après les attentats contre le World Trade Center ?
Mgr Kondrusiewicz: J’étais alors sur la route entre Moscou et Saint-Pétersbourg. J’ai été très choqué. Une telle horreur, c’est impossible ! Tous les médias étaient en alerte et j’ai immédiatement demandé à mes prêtres de prier et de faire prier les fidèles pour les victimes et pour la paix.
APIC: C’est la première fois qu’Etats-Unis et Russie coopèrent à cette échelle pour la lutte contre le terrorisme…
Mgr Kondrusiewicz: Ces heures du 11 septembre ont changé la face du monde. Tout le monde est concerné dans ce que l’on appelle le «village planétaire». Il y a une unité entre l’Est et l’Ouest, le Nord et le Sud. Ces événements tragiques ont fait sentir au monde qu’il est une seule et même famille. Il aurait mieux valu que ce fait, très positif en soi, n’ait pas été provoqué par une telle catastrophe. Pour ce qui est de la suite, laissons faire les événements, il ne faut pas rentrer dans la fiction mais prier, prier pour qu’un monde nouveau puisse émerger et qu’il soit basé sur la vie et sur les valeurs morales.
APIC: Quelles sont actuellement les relations que vous entretenez avec l’Eglise orthodoxe du patriarcat de Moscou ?
Mgr Kondrusiewicz: Les orthodoxes sont nos frères et nous sommes unis sur de nombreux points, en particulier face à l’Etat. En effet, nous avons des problèmes identiques à régler. Que ce soit sur la situation des prêtres qui sont obligés de faire leur service militaire ou sur les taxes que nous devons payer lorsque nous construisons une nouvelle église. Après, s’il y a des problèmes, je pense qu’ils sont artificiels et au niveau de la population orthodoxe elle-même, je ne ressent pas d’hostilité.
APIC: Dans votre intervention au cours du Synode, vous avez demandé à ce que les programmes organisés par les Eglises d’Occident en Russie soient réalisés de commun accord avec l’Eglise catholique locale. Quelle est votre préoccupation ?
Mgr Kondrusiewicz: Je vais vous donner un exemple précis. Il y a 6 mois environ, alors que j’étais à Saint-Pétersbourg, un de mes collaborateurs m’a appelé pour me demander de revenir tout de suite à Moscou. Un événement important allait se dérouler entre l’Eglise catholique et l’Eglise orthodoxe. Vous imaginez mon étonnement ! J’ai accouru à Moscou pour apprendre que des reliques de saint Nicolas allaient être offertes à l’Eglise orthodoxe de la part des représentants d’une communauté religieuse catholique italienne.
C’est une belle et bonne chose en soi. Mais personne n’était au courant dans notre diocèse, même pas le nonce apostolique. Je vous laisse imaginer notre situation en face des médias qui sont tous venus nous demander notre avis et nos commentaires!
Encore la semaine dernière, j’ai été mis au courant qu’un groupe de catholiques avait invité des membres du patriarcat de Moscou à venir en visite à Rome et qu’ils allaient bientôt organiser un congrès à Saint-Pétersbourg. Il n’y avait aucun catholique russe dans ce groupe. C’est tout de même regrettable et cela risque de créer des incompréhensions et des désagréments, plutôt qu’un développement des rapports œcuméniques.
APIC: Espérez-vous toujours un voyage de Jean Paul II en Russie ?
Mgr Kondrusiewicz: Je rencontre beaucoup de personnes de notre gouvernement et des journalistes qui se posent tous la question de savoir pourquoi le pape ne vient pas chez nous. Je leur répond qu’il y a deux conditions à sa venue. D’une part une invitation du président de la République, de l’autre une invitation de l’Eglise catholique. Mais comme les orthodoxes sont nos frères, nous souhaitons aussi leur accord pour l’organisation de cette visite. Et ce sont eux qui bloquent le processus pour le moment. Mais je persiste à croire que Jean Paul II va venir.
Ce serait un grand bien pour la société nouvelle que nous tâchons de construire en collaboration avec les orthodoxes. Le pape en a le très grand désir, depuis toujours. Après que la statue de Notre-Dame de Fatima eût traversé la Russie, jusqu’au Kazakhstan, en 1986, j’ai donné les photos de ce périple incroyable à Jean Paul II. Il y avait là une image de la statue de la Vierge sur la place Rouge.
Jean Paul II m’a alors dit, en reprenant une citation de Vaclav Havel: «Je ne sais pas ce que c’est qu’un miracle, mais cela m’a tout l’air d’en être un!». A propos d’une éventuelle visite de Jean Paul II en Azerbaïdjan, une ancienne république soviétique, je n’ai aucune information officielle, mais je suis au courant des rumeurs qui circulent. (apic/sdr/be)




