Une centaine d’églises seulement ont été rendues aux catholiques
Rome: Roumanie, Barcelone et Arménie, rencontre avec le cardinal Ignace Moussa Daoud
Propos recueillis à Rome par notre correspondante Sophie de Ravinel
Rome, 12 septembre 2001 (APIC) Tout juste revenu de Roumanie où il a effectué sa première visite officielle en tant que préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, de la rencontre «hommes et religions» de Barcelone et avant de partir avec Jean Paul II pour le Kazakhstan et l’Arménie, le cardinal et patriarche Ignace Moussa I Daoud, a répondu aux questions de l’APIC.
APIC: Quel a été l’objet de votre visite en Roumanie et quel est votre bilan ?
I. Daoud: Ma visite en Roumanie a eu quatre volets. Je suis tout d’abord venu à l’occasion de la consécration d’une nouvelle Eglise paroissiale grecque-catholique, à Haieu dans l’éparchie d’Oradea Mare, en Transylvanie. Le terrain où a été construit l’église à été offert par la commune en souvenir du voyage de Jean-Paul II qui a eu lieu en mai 1999. Je suis ensuite venu pour rencontrer la hiérarchie grecque-catholique, composée de 7 évêques, et nous avons parlé des problèmes internes et des rapports avec l’Eglise orthodoxe.
APIC: Quelle est la nature de ces rapports ?
I. Daoud: L’Eglise grecque-catholique est une Eglise vivante de plus de 800 000 fidèles. Cette Eglise a participé à la construction de l’identité culturelle roumaine et un bon exemple en est la bible de Blaj. La première traduction officielle de la bible en langue roumaine a été faite dans la seconde moitié du 17ème siècle, sous le nom de «Bible de Bucarest». Les transformations dans la langue roumaine ont ensuite conduit le moine grec-catholique Samuil Micu à rédiger, en 1795, une nouvelle version, appelée «Bible de Blaj», du nom de la ville où elle a été publiée. Une mise à jour de celle-ci a été récemment présentée au pape.
Le problème, hélas aujourd’hui répandu, est le fait qu¹environ 2000 églises ont été données aux orthodoxes par les communistes et qu’une centaine seulement de ces églises ont été restituées, ce qui crée quelques tensions et une amertume dans les coeurs. Une commission mixte a été créée pour traiter de ces affaires, et la prochaine réunion a lieu à la fin du mois de septembre. Les autorités civiles m’ont par ailleurs expliqué que le problème des restitutions était une question beaucoup plus large que celle des rapports entre les Eglises. Il s’agit de la restitution de l’ensemble des biens qui ont été confisqués par l’état communiste.
APIC: Et quelles ont été les deux autres volets de votre visite ?
I. Daoud: Le troisième volet de ma visite a été consacré à des rencontres avec des orthodoxes. Une rencontre très fraternelle a ainsi eu lieu avec l’évêque orthodoxe d’Oradea, Mgr Ioan, a qui j’ai offert un exemplaire de cette fameuse bible de Blaj. Il m’a offert, pour sa part, une icône provenant du mont Athos, en Grèce. Il semble très bien disposé à l’égard de l’Eglise catholique et garde un excellent souvenir de la visite du pape.
Le dernier jour, le 27 août, j’ai pu rencontrer le patriarche orthodoxe de Roumanie, Teoctist. Il y a eu une grande franchise au cours cette visite très chaleureuse. «Je vous reçois en tant que patriarche», m’a-t-il en effet affirmé. C’est un signe évident d’ouverture, non seulement vis-à-vis de Rome ce que l’on sent auprès de l’ensemble des responsables orthodoxes en Roumanie mais aussi vis-à-vis des Eglises orientales catholiques. La dernière partie de ma visite a été consacrée aux autorités civiles et en particulier au ministre et secrétaire d’état pour le culte qui est un homme affable et éclairé.
Vous êtes ensuite parti à Barcelone pour la XVème rencontre internationale «Hommes et religions», organisée à l’initiative de la communauté Sant’Egidio …
I. Daoud: Et j’en suis revenu très satisfait. La rencontre a été magnifique. Les gestes qui ont été posés, comme la poignée de main entre le rabbin Israël Meir Lau et Mohammed Amine Smaili, un grand théologien musulman, sont des gestes significatifs et qui ont ému tout le monde. Cela aura de l’influence sur les esprits, même si les effets ne sont pas immédiats. Cela crée des atmosphères de cohabitation et d’entente, ce qui est déjà bien. Le dialogue rapproche toujours les personnes.
APIC: En tant que préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, qu’attendez-vous enfin du prochain voyage en Arménie de Jean-Paul II ?
I. Daoud: Avant tout, je suis de l’Eglise syrienne. Et entre les Syriens et les Arméniens, l’histoire s’entrelace. Avant l¹Arménie, Edesse, roi et peuple, ont reçu le christianisme. La différence est qu¹Edesse n¹était pas un état mais une province. Et il est bien probable que ce sont les missionnaires syriens d¹Edesse qui se sont rendus en Arménie pour l’évangéliser. Des textes patristiques comme les hymnes de saint Ephrem, écrits à l’origine en syriaque, n’ont d’ailleurs été conservés que dans leur traduction arménienne.
Pour revenir vers notre époque, lors de l’épreuve terrible de 1915, de très nombreux Arméniens du territoire turc ont trouvé refuge en Syrie, en particulier dans la région d’Alep. Les relations entre chrétiens en Arménie sont très bonnes, un peu comme en Syrie, c’est cette entente fraternelle qui va être mise en valeur durant la visite. (apic/imed/bb/pr)



