Une refonte complète, à en croire les bruits en coulisses
Rome: Rumeurs persistantes de changements au sein de la curie romaine
Rome, 14 juin 2006 (Apic) Pour la énième fois depuis le début du pontificat de Benoît XVI, il y a bientôt 14 mois, les rumeurs circulent au Vatican et dans le milieu des journalistes «vaticanistes» sur de prochains changements au sein de la curie romaine, à commencer par l’arrivée d’un nouveau secrétaire d’Etat.
De nombreuses discussions des observateurs du Vatican tournent ainsi autour de la date que pourrait choisir le pape pour de nouvelles nominations, comme celle de la fête solennelle des saints Pierre et Paul, le 29 juin prochain. Bon nombre de noms circulent pour occuper les postes clefs de la curie.
«Les rumeurs vont bon train sur un remaniement imminent au sommet de l’Eglise», a reconnu Radio Vatican sur son antenne, le 12 juin au soir. «Les couloirs du Vatican auront rarement été aussi bruyants qu’en ce début d’été» a ainsi noté Romilda Ferrauto, rédactrice en chef de la section française, notant que le récent voyage de Benoît XVI en Pologne avait été «perçu par beaucoup comme la fin d’un deuil et le début d’une nouvelle période».
Outre les mouvements internes à la curie que pourrait souhaiter Benoît XVI après plus d’une année de pontificat, il convient de constater que plus d’une demi-douzaine de responsables de dicastères ou de proches collaborateurs du pape ont dépassé l’âge de la retraite canonique, fixée à 75 ans. C’est le cas du cardinal Angelo Sodano, secrétaire d’Etat depuis décembre 1990, âgé de 78 ans et qui fêtera une année de plus en novembre. Beaucoup de membres de la curie s’accordent à dire qu’il devrait être remplacé d’ici à fin de l’été.
Reçu en audience le 12 juin par le pape, le cardinal américain Edmund Casimir Szoka, président du Gouvernorat de l’Etat de la Cité du Vatican, fêtera pour sa part son 79e anniversaire dès septembre. Le cardinal colombien Dario Castrillon Hoyos, préfet de la Congrégation pour le clergé, atteindra 77 ans en juillet. Et le cardinal espagnol Julian Herranz, président du Conseil pontifical pour les textes législatifs, a fêté son 76e anniversaire le 9 mars dernier.
Déjà des changements
En août 2005, le cardinal français Paul Poupard a fêté ses 75 ans. Lors de la fusion par Benoît XVI de la présidence du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux avec celle du Conseil pontifical pour la culture – dont il est président -, le haut prélat français avait confié prendre cette nouvelle charge «ad interim». Benoît XVI avait quant à lui précisé que cette fusion était «temporaire».
Un mois plus tard, en septembre 2005, c’est le cardinal syrien Ignace Moussa Ier Daoud, préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, qui a aussi atteint l’âge de 75 ans. Un âge limite auquel est aussi parvenu, en avril dernier, le cardinal Sergio Sebastiani, président de la Préfecture des affaires économiques du Saint-Siège.
Même s’ils n’ont pas atteint 75 ans, on évoque aussi au Vatican l’éventuel départ des cardinaux Alfonso Lopez Trujillo, président du Conseil pour la famille et Javier Lozano Barragan, président du Conseil pontifical de la santé, peut-être en lien avec la fusion de la présidence de leur dicastère avec d’autres. Ainsi que du préfet de la Congrégation pour l’éducation catholique le cardinal polonais Zenon Grocholewski qui pourrait succéder à Varsovie au cardinal Josef Glemp, primat de Pologne, âgé de 76 ans.
Les changements potentiels à la curie apportent ainsi leur lot de rumeurs au sujet des prochains «hommes» de Benoît XVI. Le poste le plus en vue, celui de secrétaire d’Etat, pourrait être confié à un proche du pape, le cardinal archevêque de Gênes, Tarcisio Bertone, âgé de 72 ans et secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi aux côtés du cardinal Joseph Ratzinger pendant plusieurs années. Récemment interrogé par la presse au sujet de son éventuelle nomination comme «numéro deux» du Saint-Siège, le cardinal Bertone a affirmé que tout cela était «dans l’esprit de Dieu et du pape». «Je n’ai encore reçu aucune communication officielle, je ne sais rien de précis», a cependant confié l’archevêque de Gênes.
Postes clés
Pour occuper le poste de secrétaire d’Etat, d’autres noms sont aussi avancés dans les sphères vaticanes comme celui du préfet de la Congrégation pour les évêques, le cardinal Giovanni Battista Re. Ancien substitut pour les Affaires générales, il bénéficie d’un réel parcours diplomatique et d’une bonne expérience de la curie. Mais si le cardinal Bertone venait à occuper ce poste, le cardinal Re pourrait aussi être envoyé à sa place à Gênes. Le nom du patriarche de Venise, le cardinal Angelo Scola, revient aussi régulièrement dans ces pronostics pour la Secrétairerie d’Etat. Ce théologien reconnu a été l’homme-orchestre du dernier Synode des évêques, en octobre 2005. Le nom du cardinal Attilio Nicora, président de l’Administration du patrimoine du siège apostolique (APSA), à qui le pape aurait confié la tâche de réfléchir à la réorganisation de la curie, est aussi avancé. Ainsi que celui du cardinal Agostino Vallini, préfet du Tribunal de la Signature apostolique.
Des changements pourraient aussi intervenir pour substituer l’actuel secrétaire pour les relations avec les Etats, Mgr Giovanni Lajolo, qui pourrait être nommé à la tête du Gouvernorat, en remplacement du cardinal Szoka. Le nom le plus souvent cité pour remplacer le «ministre des Affaires étrangères» du Saint-Siège est celui de Mgr Fortunato Baldelli, actuel nonce apostolique à Paris. Son nom est parfois avancé aussi pour remplacer le substitut, Mgr Leonardo Sandri.
Le cardinal Ratzinger avait, avant son élection, appelé de ses voeux une réforme de la curie. Avec de nouvelles nominations, ou séparément, Benoît XVI pourrait ainsi procéder à certains changements dans l’organisation de la curie, en vue d’un «amaigrissement» de ce lourd appareil dont il a été question, sub secreto, lors d’une réunion des cardinaux du monde entier au Vatican, le 23 mars dernier. Quelques jours plus tôt, le 11 mars, Benoît XVI avait déjà procédé à l’unification «temporaire» de la présidence du Conseil pontifical pour la pastorale des migrants et des personnes en déplacement avec celle du Conseil Justice et Paix. Il avait aussi unifié la présidence du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux avec celle du Conseil pour la culture.
Les Conseils pontificaux dont les présidences ont fusionné, mais qui fonctionnent pour le moment plutôt en parallèle, pourraient ainsi subir le même sort. En attendant, certains d’entre eux devraient déménager dans des bâtiments en travaux au début de la via della Conciliazione.
Allègement d’un appareil trop chargé?
Le pape pourrait aussi souhaiter réduire le nombre des Conseils pontificaux créés après le Concile Vatican II (1962-1965) par Paul VI sous la forme initiale de commissions et dont le rôle avait été largement amplifié par Jean Paul II. Benoît XVI pourrait alors par exemple regrouper le Conseil pontifical de la famille avec celui consacré à la santé, ou avec celui des laïcs. En outre, une nouvelle structure, sous la forme d’un «super-dicastère» ou d’une préfecture, pourrait être créée afin de regrouper les diverses institutions de communication du Vatican: la Salle de presse du Saint-Siège, L’Osservatore Romano, Radio Vatican, le Centre télévisé du Vatican (CTV), faisant disparaître dans le même temps le Conseil pontifical des communications sociales et entraînant le départ de son responsable, l’Américain Mgr John Foley. Ce projet déjà évoqué depuis plus de 6 ans permettrait aussi au pape de mettre à la retraite deux serviteurs de Jean Paul II, Joaquin Navarro-Valls et Mario Agnes, directeurs respectivement de la Salle de presse et de L’Osservatore Romano.
Dans son souhait de regrouper certains dicastères, Benoît XVI aurait demandé à Mgr Angelo Comastri, vicaire général de la Cité du Vatican, de prendre la succession du cardinal Castrillon Hoyos à la tête de la Congrégation pour le clergé, et d’absorber une autre congrégation. Il pourrait s’agir de celle pour les instituts de vie consacrée, celle pour l’éducation catholique, ou encore celle du culte divin.
Avant ou après l’été?
Depuis le début de son pontificat, Benoît XVI a nommé quelques hommes clefs de la curie, comme son successeur à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, l’Américain William Joseph Levada, le 13 mai 2005. Le 20 mai dernier, il a nommé le cardinal Ivan Dias, jusqu’ici archevêque de Bombay, à la tête de la très puissante Congrégation pour l’évangélisation des peuples, envoyant à Naples le cardinal Crescenzio Sepe. En outre, Benoît XVI avait rappelé à Rome en décembre dernier Mgr Albert Malcom Ranjith Patabendige Don, ancien bras droit du préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, écarté par ce dernier en avril 2004, en le nommant secrétaire de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. En mars 2006, le pape avait éloigné Mgr Michael Fitzgerald de la présidence du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux en le nommant nonce apostolique en République arabe d’Egypte et délégué auprès de l’Organisation de la Ligue arabe. Peu à peu, Benoît XVI semble ainsi s’entourer de personnes de confiance, des prélats souvent inattendus.
«Avant ou après l’été?», «avant ou après le voyage en Espagne?». les journalistes «vaticanistes», souvent influencés par des bruits circulant dans les couloirs des palais apostoliques du Vatican, s’interrogent sur la date que choisira Benoît XVI pour annoncer une série de nominations. Ils se demandent aussi si le pape ne procédera pas, comme depuis le début de son pontificat, par petites touches. (apic/imedia/ami/ar/pr)



