Marx et la Révolution française cités en contre-exemples
Rome: Sainte Bakhita et le cardinal Van Thuan, témoins de l’Espérance selon Benoît XVI
Rome, 30 novembre 2007 (Apic) Benoît XVI a choisi de présenter quelques figures récentes de l’Eglise dans son Encyclique sur «l’espérance chrétienne», Spe Salvi, parmi lesquelles la jeune esclave soudanaise sainte Joséphine Bakhita (1869-1947) et le cardinal vietnamien Nguyen Van Thuan (1928-2002), emprisonné pendant 13 ans au Vietnam. Le pape a également cité des contre-exemples de l’espérance chrétienne comme les philosophes de l’antiquité, la Révolution française (1789) ou Karl Marx (1818-1883).
Au fil de sa deuxième Encyclique, diffusée le 30 novembre, Benoît XVI a donc proposé en exemple quelques figures de l’Eglise «de notre temps» pour «aider à comprendre» ce que signifie l’espérance qui est «la rencontre réelle avec Dieu». La première d’entre elles est l’Africaine Joséphine Bakhita, canonisée en octobre 2001 par Jean Paul II. Enlevée à l’âge de 7 ans au Soudan «par des marchands d’esclaves, battue jusqu’au sang», Bakhita a finalement été emmenée en Italie, après près de 13 ans passés au service de «maîtres cruels». Là, explique le pape, elle a «non seulement la petite espérance de trouver des maîtres moins cruels, mais la grande espérance» d’être «une fille de Dieu libre». Elle sera baptisée avant de devenir religieuse.
A contrario, soutient le pape, le témoignage de Bakhita s’oppose à celui des Ephésiens qui, «avant leur rencontre avec le Christ (.) étaient sans espérance, parce qu’ils étaient sans Dieu». Le témoignage de la jeune esclave s’oppose aussi à un «message social révolutionnaire comme celui de Spartacus», gladiateur qui mena la révolte des esclaves contre Rome 70 ans avant Jésus-Christ. Ce message social, «dans des luttes sanglantes», a échoué, estime Benoît XVI qui affirme au contraire que le Christ «n’était pas un combattant pour une libération politique».
Benoît XVI estime aussi que «le rationalisme philosophique», dans l’antiquité, «avait cantonné les dieux dans le champs de l’irréel». «Les hommes s’étaient certainement rendu compte qu’une grande partie de ceux qui circulaient comme philosophes, comme maîtres de vie, était seulement des charlatans qui, par leurs paroles, se procuraient de l’argent, tandis qu’ils n’avaient rien à dire sur la vie véritable», affirme ensuite le pape.
Crise de l’espérance chrétienne
Au coeur de son Encyclique, Benoît XVI évoque «la crise actuelle de la foi» – qui est «surtout une crise de l’espérance chrétienne» – et dénonce la «forme nouvelle» de l’espérance qui «s’appelle désormais foi dans le progrès». A ses yeux, «la concrétisation politique de cette espérance» placée dans le progrès – où dominent «la raison» et «la liberté» – s’est réalisée en «deux étapes essentielles» : «la Révolution française comme tentative d’instaurer la domination de la raison et de la liberté» et «la révolution prolétarienne» de Karl Marx qui fut une «erreur fondamentale». «La dictature du prolétariat», indique le pape, n’a pas fait naître «un monde sain» mais a laissé derrière elle «une destruction désolante».
Outre de très nombreuses références à saint Augustin (354-430) et à certains ’Pères de l’Eglisé, Benoît XVI offre particulièrement en exemple la figure de «l’inoubliable cardinal Nguyen Van Thuan», auteur des «prières d’espérance». Celui-ci a passé 13 ans (1975-1988) dans les prisons communistes vietnamiennes. En détention, François-Xavier Nguyen Van Thuan rédigea des textes spirituels qu’il faisait passer clandestinement aux fidèles de son diocèse. Libéré et interdit de revenir au Vietnam, il sera nommé vice-président (1994) puis président (1998) du Conseil pontifical Justice et Paix. Décédé le 16 septembre 2002, son procès en béatification et en canonisation a été ouvert en septembre 2007.
Enfin, le pape cite un autre «martyr vietnamien», Paul Le-Bao-Tinh (né autour de 1793 et mort en 1857), montré en exemple d’une «transformation de la souffrance par la force de l’espérance qui provient de la foi». Benoît XVI, qui reprend longuement une lettre écrite par le saint – «une lettre de l’enfer» – indique que «s’y manifeste toute l’horreur d’un camp de concentration, dans lequel, aux tourments de la part des tyrans, s’ajoute le déchaînement du mal dans les victimes elles-mêmes qui, de cette façon, deviennent ensuite des instruments de la cruauté des bourreaux». (apic/imedia/ami/bb)



