Le nouveau pape a donné une place privilégiée à l’oecuménisme

Rome: Semaine de prière pour l’unité des chrétiens : l’oecuménisme selon Benoît XVI

Rome, 16 janvier 2006 (Apic) La traditionnelle Semaine de prière pour l’unité des chrétiens se déroulera du 18 au 25 janvier 2006 autour du thème: «Là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux», tiré de l’Evangile selon saint Matthieu (18,20).

Le 25 janvier prochain, Benoît XVI se rendra à la basilique majeure de Saint-Paul hors les murs pour y célébrer les vêpres et clore cette semaine consacrée au rapprochement entre les différentes confessions chrétiennes. Dès le début de son pontificat, le nouveau pape a donné une place privilégiée à l’oecuménisme.

En juillet 1966, ni archevêque ni cardinal, Joseph Ratzinger était professeur d’université. Il y a près de 40 ans, le jeune théologien qui venait de prendre part aux travaux du Concile Vatican II mettait alors en garde les catholiques allemands contre le «faux triomphalisme» (exposé lors du 81e ’Katholikentag’ allemand, le 14 juillet 1966) face à l’élan oecuménique conciliaire et la menace d’un «progressisme» trop peu critique qui pourrait engendrer «son antithèse, l’intégrisme».

La primauté de Pierre, «le sujet le plus brûlant du débat oecuménique»

Bien plus tard, devenu préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Ratzinger reconnaîtra que la question de la primauté de Pierre est «le sujet le plus brûlant du débat oecuménique» (Conférence à l’Université pontificale Urbanienne de Rome, le 18 avril 1991).

En 2000, il sera l’auteur d’un document très contesté côté protestant, la déclaration Dominus Iesus «sur l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus-Christ et de l’Eglise». Ainsi, né dans un pays multiconfessionnel puis longtemps chargé de veiller sur la doctrine de l’Eglise, Benoît XVI a les idées claires sur la question oecuménique.

Elu successeur de Pierre au soir du 19 avril 2005, le pape allemand n’a pas laissé le temps à ses contestataires de s’inquiéter sur la voie qu’il prendrait en matière de dialogue oecuménique. Le lendemain même, devant les cardinaux encore réunis dans la chapelle Sixtine, le pape a affirmé son engagement à «travailler sans épargner ses forces à la reconstruction de l’unité pleine et visible de tous les fidèles du Christ» (Homélie lors de la clôture du Conclave dans la Chapelle Sixtine, le 20 avril 2005), et «à faire tout ce qui est en son pouvoir pour promouvoir la cause fondamentale de l’oecuménisme».

«Les manifestations de bons sentiments ne suffisent pas»

Le nouveau pape s’est aussi dit conscient que «les manifestations de bons sentiments ne suffisent pas» et que «des gestes concrets, qui pénètrent les âmes et remuent les consciences, sont nécessaires». En guise de programme, le Souverain pontife a alors expliqué la nécessité du dialogue théologique, de l’approfondissement des motivations historiques des choix du passé et le caractère essentiel d’une purification de la mémoire.

Quelques jours à peine après son élection, le pape a reçu en audience spéciale les représentants des autres confessions chrétiennes venus assister à sa messe d’intronisation. Benoît XVI a alors souligné la nécessité d’une «prière insistante et d’un même coeur» pour obtenir ’le don de l’unité’». Il a réclamé un «oecuménisme spirituel qui, dans la prière, réalise sans obstacles la communion».

En neuf mois de pontificat, Benoît XVI a déjà semblé prendre un à un les différents dossiers de la question oecuménique. En ce qui concerne les rapports avec les Eglises orthodoxes, le dialogue théologique doit enfin reprendre après 5 ans d’arrêt, causés par des accusations de prosélytisme lancées par des orthodoxes à l’égard de Rome (essentiellement du côté de Moscou).

Certes, en quelques mois, les contacts avec Moscou se sont multipliés mais sans résultats concrets. Ainsi, en juin 2005, le cardinal Walter Kasper, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, s’est rendu dans la capitale russe afin d’y poursuivre le dialogue avec le patriarcat orthodoxe, mais il n’a pas pu y rencontrer directement le patriarche de Moscou Alexis II. Même sort pour Mgr Giovanni Lajolo, ’numéro deux’ de la diplomatie du Saint-Siège, qui a effectué une mission politico-religieuse à Moscou en novembre dernier.

Des contacts directs avec les responsables orthodoxes se profilent pour le pape mais les relations semblent souvent à sens unique. Début janvier, le patriarche de Moscou a évoqué une éventuelle rencontre avec Benoît XVI «en terrain neutre», réclamant au préalable le «dépassement des difficultés» actuelles, comme le «prosélytisme» des catholiques en Russie et dans les autres pays de la Communauté des Etats indépendants. «J’espère que le Vatican va faire des pas concrets en vue de l’amélioration de la situation», sinon, une rencontre avec le pape ne serait que «protocolaire», a ainsi affirmé Alexis II.

Invité par le patriarche oecuménique de Constantinople Bartholomé Ier, puis par le gouvernement turc, Benoît XVI devrait se rendre à Istanbul courant 2006. Le pape a aussi fait signe à l’archevêque orthodoxe d’Athènes et de toute la Grèce, Christodoulos, l’invitant à venir lui rendre visite à Rome.

Dialogue avec les Eglises issues de la Réforme

En matière de dialogue avec les Eglises issues de la Réforme, Benoît XVI s’est déjà réjoui du dialogue «intense» entre l’Eglise catholique et la Fédération luthérienne mondiale lors d’une audience au président de cette dernière. Tout en soulignant que des «différences» demeuraient, le pape a estimé que le «chemin oecuménique» entre les deux institutions continuerait «à rencontrer des difficultés» et demanderait «un dialogue patient».

Plus généralement, en recevant au mois de juin dernier le pasteur Samuel Kobia, Secrétaire général du Conseil oecuménique des Eglises (COE), le pape a réaffirmé l’engagement «irréversible» de l’Eglise catholique à oeuvrer pour l’unité des chrétiens. Il a aussi demandé plus de clarté da ns les objectifs et la méthode de travail du groupe mixte existant entre l’Eglise catholique et le COE, instance qui rassemble près de 350 Eglises chrétiennes.

Lors des Journées mondiales de la jeunesse d’août dernier, dans son pays natal, Benoît XVI a rencontré des représentants des Eglises chrétiennes. Ces derniers, à l’issue de leur rencontre, ont affirmé que le pape allemand avait fait un pas en avant dans l’oecuménisme. Mais, souhaitant que l’arbre ne cache pas la forêt, l’évêque luthérien de Berlin, Wolfgang Huber, a reconnu les «nombreuses positions communes» tout autant que les «différences persistantes» entre les Eglises.

D’ici quelques mois, le pape devrait publier ses conclusions du Synode des évêques d’octobre dernier sur l’Eucharistie (auquel douze représentants des Eglises orthodoxes et protestantes étaient invités, soit deux fois plus que lors de la précédente assemblée synodale ordinaire) dans une Exhortation apostolique post-synodale. Conscient que les chrétiens sont particulièrement divisés dans le sacrement eucharistique, il devrait réaffirmer que c’est précisément là un des points privilégiés du dialogue qu’il faut creuser.

La pensée du nouveau pape est résumée dans un message qu’il a adressé à des membres du Patriarcat oecuménique de Constantinople au mois de juin : «L’unité que nous recherchons n’est ni une fusion, ni une assimilation, mais le respect de la plénitude multiple de l’Eglise». L’oecuménisme, Benoît XVI en est pleinement conscient, est pétri de débat théologique, de dialogue et de diplomatie. (apic/imedia/ami/be)

16 janvier 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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