La génétique ne doit pas servir les discriminations
Rome: Session de l’Académie pontificale pour la vie
Rome, 3 Mars 1998 (APIC) Toute utilisation des connaissances dans le domaine génétique en vue d’une discrimination entre les êtres humains est à condamner. C’est ce que rappelle le communiqué final de la 4e assemblée plénière de l’Académie pontificale pour la Vie, qui s’est déroulée au Vatican du 23 au 25 février.
La session avait pour thème: «Le génome humain : personnalité humaine et société à venir». Les seize communications étaient le fruit de travaux menés depuis un an par un groupe d’experts dans diverse disciplines. Une «question complexe», souligne l’Académie, en relation avec le Projet Génome Humain (qui vise à établir une «carte» complète du génome humain) et d’autres recherches sur l’identité, la localisation, l’hétérogénéité et la mutabilité des gènes qui constituent le «patrimoine héréditaire de l’homme», et face aux nouvelles possibilités de diagnostic et de thérapie offertes par la biotechnologie dans le domaine de la génétique moléculaire.
Clonage, diagnostic prénatal, fécondation in vitro: danger
Le dialogue des membres de l’Académie pontificale avec les experts de la bioéthique, de la morale et du droit les amène à condamner toute utilisation discriminatoire des connaissances acquises dans le domaine génétique: «Toute utilisation du savoir dérivant des enquêtes sur le génome humain dans le but de stigmatiser ou de discriminer ceux qui sont porteurs de gènes pathogènes ou susceptibles de développer certaines maladies apparaît inacceptable moralement en tant qu’elle est contraire à la dignité et à l’égalité inaliénables de tous les êtres humains et à la justice sociale.»
Le clonage humain est tout aussi condamnable, qui est la «forme extrême d’une intervention manipulant la constitution du génome de l’être humain» et constitue de ce fait «une grave atteinte à la dignité de l’être conçu et à son droit à un génome qui soit non prédéterminé et non duplicable». L’Académie lance de même un signal d’alarme concernant les utilisations du diagnostic prénatal et de la réimplantation des embryons après la fécondation in vitro, des pratiques qui ont un but non pas thérapeutique, mais eugénique quand la perspective est la «discrimination de ceux qui se révèlent n’être pas sains ou parfaits dès les premières phases de leur vie». Une discrimination qui se transforme en «attentat» contre la vie, souligne le communiqué, qui dénonce avec Jean-Paul II «un nouvel eugénisme sélectif qui provoque la suppression d’embryons et de foetus affectés de maladie».
Un climat culturel malsain
A ce sujet, l’Académie regrette un «climat culturel» qui conduit à ces pratiques, dû pour une part à des «informations» qui ne sont «pas toujours» correctes ni du point de vue scientifique ni du point de vue déontologique. Les experts de l’Académie souhaitent dès lors une meilleure formation des juristes dans les domaines anthropologique et éthique.
Les législations actuelles en matière de biotechnologies et de nouvelle génétique sont porteuses à la fois d’espérances et de craintes, notent les membres de l’Académie. Ils souhaitent que les lois en arrivent à assurer un ordre social «juste», qui implique le respect de la personne, de la famille et des plus faibles. Pour cela, il faudra «restaurer» dans la société le rapport entre vie, liberté et vérité.
Un génome «spécifiquement humain»
Du point de vue anthropologique, l’Académie réaffirme que la constitution du génome individuel au moment de la fécondation est «le commencement de la vie d’un nouvel être humain». De ce patrimoine génétique dépend en effet «le développement et le fonctionnement des structures corporelles et psychiques de l’organisme».
La présence d’un génome «spécifiquement humain» est la condition de la manifestation «graduelle dans le temps» de toutes les facultés de la personne humaine. C’est pourquoi l’Académie affirme le «lien intrinsèque» entre le génome humain et la constitution de la personne, qui le distingue du génome des autres espèces vivantes. D’où sa «dignité inaliénable», en lien avec la dignité inaliénable de toute personne.
L’unité substantielle du corps et de l’esprit, précisent encore les experts, implique que le génome humain n’a pas seulement une signification biologique: «il est porteur d’une dignité anthropologique» qui a son fondement dans l’âme spirituelle qui le parcourt et le vivifie. La «réalité» de la Création, ajoute l’Académie pontificale, est à la fois une «exigence postulée par la raison» et une «affirmation de la Révélation divine».
Les moyens de la génétique appliquée à l’homme ont beau être puissants, il n’existe pas pour autant de «droit absolu» à cette connaissance. Acquérir de nouvelles connaissances dans ce domaine n’a de valeur que si elles servent le bien de la personne, et en particulier à la prévention ou aux thérapies de maladies d’origine génétique, conclut l’Académie pontificale pour la Vie. Et ce à la condition de ne pas faire courir aux patients ou à leurs enfants des «risques disproportionnés». (apic/cip/imed/mp)




