Rome: Sévère critique du cardinal Ratzinger: l’Eglise parle trop d’elle-même et peu de Dieu

La crise de la culture vient de la «marginalisation de Dieu»

Rome, 12 octobre 2001 (APIC) L’Eglise parle trop d’elle-même et pas assez de Dieu, critique le cardinal Josef Ratzinger. Intervenant devant les quelque 300 participants à l’assemblée synodale qui se tient jusqu’au 27 octobre au Vatican, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi considère que la crise de la culture actuelle et en partie de l’Eglise elle-même, vient de la «marginalisation de Dieu».

L’intervention du cardinal allemand a été particulièrement applaudie. «L’Eglise s’occupe souvent trop d’elle-même et ne parle pas avec la force et la joie nécessaires de Dieu, de Jésus-Christ», a-t-il affirmé. «Le monde a soif non pas de connaître nos problèmes internes, mais du message qui est à l’origine de l’Eglise, du feu que Jésus-Christ a apporté sur la terre».

La crise d’aujourd’hui

«La crise de notre culture est basée sur l’absence de Dieu et il faut avouer que la crise de l’Eglise est aussi largement la conséquence d’une large marginalisation du thème de Dieu», a-t-il lancé devant les Pères synodaux. «Nous ne pourrons être des messagers crédibles du Dieu vivant que si ce feu s’allume en nous», a poursuivi le cardinal Ratzinger. «L’Evangile que nous annonçons montre la présence du Christ aujourd’hui et touche les cœurs de nos contemporains, uniquement si le Christ vit en nous», a-t-il souligné.

Le courage de la vérité

Dans la culture agnostique et athée qui caractérise la société occidentale, être évêque signifie «avoir le courage de la vérité et être disposé à souffrir pour la vérité». «L’évêque, a-t-il précisé, doit encourager tout ce qui est bon et positif; il doit aider les personnes et les milieux qui cherchent Dieu; il doit accompagner et aider les prêtres et les laïcs engagés dans l’annonce de la parole de Dieu; il doit soutenir et guider avec un grand amour ceux qui sont faibles dans la foi, mais il ne doit pas avoir peur de démasquer les falsifications de l’Evangile et de notre espérance».

«Le problème central de notre époque est, il me semble, d’avoir vidé la figure de Jésus-Christ. On commence par nier la conception virginale de Jésus dans le sein de la Vierge Marie, on nie ensuite la résurrection corporelle de Jésus en abandonnant son corps à la corruption (contre les Actes des Apôtres, 2, 27 ss) et la résurrection se transforme en un événement purement spirituel, ne laissant plus d’espérance pour le corps, pour la matière».

On fait la même chose avec l’institution de l’eucharistie, a-t-il poursuivi, «qui est vue comme quelque chose d’impossible pour le Jésus historique. Elle est réduite à un dîner d’adieu et une expression indéfinie d’espérance eschatologique». «Un Jésus ainsi appauvri ne peut être l’unique Sauveur et médiateur, le Dieu-avec-nous, et Jésus finit par être remplacé par l’idée des ’valeurs du Royaume’, qui en réalité ne possède pas de contenu précis et devient une espérance sans Dieu, une espérance vide».

Devant ces interprétations répandues du message chrétien, le cardinal bavarois, âgé de 74 ans, propose de «revenir clairement au Jésus des Evangiles, car il est l’unique et authentique Jésus historique».

Pas de paix sans vérité

Reprenant les propos du cardinal Joachim Meisner, archevêque de Cologne, devant l’assemblée synodale, le cardinal Ratzinger a ajouté que «l’évêque doit aussi avoir le courage de décider et de juger avec autorité, dans cette lutte pour l’Evangile». «Si les évêques assument leur mission de juges en matière de foi et de doctrine, la décentralisation tant attendue se réalise automatiquement, a-t-il expliqué. Il est évident que la Conférence épiscopale doit l’aider à travers une bonne commission doctrinale et l’unanimité dans la lutte pour la foi. Mais pour prendre des décisions, l’évêque n’a pas besoin de connaître toutes les subtilités de la théologie moderne». Et d’ailleurs, a-t-il expliqué, «l’évêque n’intervient pas dans des questions réservées aux experts. Il intervient dans la reconnaissance de la foi baptismale, fondement de toute théologie».

«Et si parfois il peut être juste de tolérer un moindre mal pour la paix dans l’Eglise, a-t-il conclu, n’oublions pas qu’une paix payée avec la perte de la vérité serait une fausse paix, une paix vide». (apic/zenit/be)

12 octobre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!