Rome: Soeur Bernarda Bütler sera canonisée le 12 octobre par Benoît XVI
«Là où je suis, Dieu est présent»
Josef Bossart, Apic / Traduction: Bernard Bovigny
Frastanz (Autriche), 27 août 2008 (Apic) Si elle vivait aujourd’hui parmi nous, Bernarda Bütler serait engagée auprès des malades du sida ou assurerait une présence auprès des laissés pour compte, en sachant que «Là où je suis, Dieu est présent».
Soeur Consilia Hofer, 67 ans, en est persuadée. Cette Sud Tyrolienne dirige depuis Frastanz en Autriche la Province européenne des Missionnaires franciscaines de Marie Auxiliatrice, une congrégation fondée en 1889 en Equateur par Bernarda Bütler. Née en 1848 à Auw dans le canton d’Argovie et décédée en 1924 à Cartagena en Colombie, elle sera canonisée le 12 octobre par le pape Benoît XVI.
Soeur Consilia a un caractère bien trempé. Elle a pour habitude de dire ce qu’elle pense. A 25 ans, elle rejoint le couvent de Gaissau en Autriche. Lorsqu’elle a l’audace, vers le milieu des années 60, de remettre en cause la vente du domaine agricole du couvent, cette «insolente demoiselle» a dû immédiatement partir en mission dans la maison provinciale de Bogota en Colombie pour sa formation religieuse, raconte-t-elle en souriant. Et c’est ainsi qu’elle apprend également l’espagnol.
83 Soeurs en Europe et 720 en Amérique latine
Soeur Consilia, qui a grandi près de Bressanone (Brixen) en Italie, est responsable de la Province Europe, avec siège au couvent Maria Ebene à Frastanz dans le Vorarlberg, près de Feldkirch. 83 religieuses sont actuellement reliées à la Province, en Autriche et en Suisse. Une communauté installée en Italie a été récemment fermée. La plupart des Suissesses sont âgées et la relève fait défaut.
Mais Soeur Consilia ne va pas se casser la tête avec ce genre de problèmes. Le confort dans lequel vit la société actuelle ne favorise pas l’attrait vers la vie religieuse, et par ailleurs, c’est plutôt l’ésotérisme qui est à la mode. Les vocations éclosent davantage lorsque cela va mal, selon elle. D’ailleurs, même en Amérique latine et en Asie les entrées au couvent sont en net recul, en raison de l’aisance croissante de la société.
Toujours est-il que la congrégation des Missionnaires franciscaines de Marie Auxiliatrice compte 720 religieuses en Amérique latine. Elles sont présentes en Colombie, au Venezuela, en Equateur, au Pérou, en Bolivie et à Cuba, essentiellement dans les quartiers pauvres. Leur activité se concentre au niveau scolaire et éducatif, dans la formation des femmes et des jeunes filles, ainsi que dans le soin aux personnes âgées et handicapées. La maison générale de la congrégation a quitté Assise en 1976 pour s’installer à Bogota.
Il est interdit de se lamenter
Soeur Consilia a institué avec ses consoeurs d’Autriche et de Suisse une «interdiction générale de se lamenter» de dix ans. Se lamenter du fait que les homes pour personnes âgées ou écoles devront bientôt être abandonnées en raison du manque de relève est inutile, a-t-elle lancé récemment à Vienne devant les membres d’une autre congrégation. Car tout n’est que provisoire. «Le jour où nous ne serons que 80, il sera normal d’abandonner encore certaines de nos institutions».
Le plus important à ses yeux est que les religieuses mènent une vie spirituelle intense, entièrement consacrée à Dieu. C’est de la plénitude et en restant rattachée à la fondatrice de la congrégation, Bernarda Bütler, que l’on peut se ressourcer. Inlassablement, celle-ci avait appelé ses consoeurs à se tourner vers Dieu et à avoir toujours plus confiance en Lui.
Autre conviction: la voix des femmes doit être encore davantage entendue. Cela aussi a été une importante conviction partagée par Bernarda. «Le sentiment humain manque souvent dans notre société, et cela, ce sont les femmes qui peuvent le mieux l’apporter. Elles vivent plus intensivement l’instant présent. C’est pourquoi elles prennent davantage conscience que les hommes des conséquences de la détresse», affirme Soeur Consilia.
Ces dernières années, elle a pu approfondir la vie et l’oeuvre de la fondatrice de la congrégation. D’abord en raison de sa position, mais ensuite par pure passion.
C’est toi qui le fais!
Déjà lors de la béatification de Mère Bernarda, en 1995, elle a été mise à contribution en première ligne au niveau de l’organisation. A l’époque tout était sens dessus dessous. La collaboration avec les consoeurs sud américaines n’a pas été toujours facile et elle était éreintée, raconte-t-elle. Ajoutant dans son dialecte sud tyrolien: «Und da hab’ i zur Bernarda gsagt: Gell, deine Heiligsprechung möchte ich nicht erleben, weil des mag i net.» (J’ai alors dit à Bernarda: Dis donc, ta canonisation je n’aimerais pas la vivre, car je n’aime pas ça).
Pourtant tout s’est passé très rapidement, de façon surprenante. A l’invitation du Vatican, elle se trouvait le 1er mars dernier sur la Place Saint Pierre à Rome, au milieu d’un groupe de pèlerins, lorsque le pape Benoît XVI a annoncé que la canonisation de Bernarda aurait lieu le 12 octobre. Soeur Consilia a alors dit à Bernarda: «Si maintenant je dois le faire, alors je le ferai. Mais c’est toi qui le fais. Et elle l’a fait!».
Oui, elle est profondément convaincue que la future sainte a pris elle-même en mains sa propre canonisation. Et elle est confiante dans le fait qu’elle peut lui parler comme à une amie, affirme Soeur Consilia.
Il y a finalement eu assez de dons pour assurer le financement de ce que la congrégation a dû produire à la mémoire de Bernarda et pour diffuser ses écrits. La future canonisée était jusqu’à présent peu connue en dehors du cercle de sa congrégation, mais un changement soudain s’est opéré ces derniers mois.
Mystique envahissante
Qui était Mère Maria Bernarda Bütler en fait? Née le 28 mai 1848 à Auw (Argovie), elle était la 4e des huit enfants de Heinrich et Katharina Bütler et a été baptisée sous le nom de Verena. Elle était une femme ordinaire, qui a tout accompli en lien profond avec Dieu, soutient Soeur Consilia. Une mystique. Elle était en dialogue constant avec Dieu, même si elle ne l’a pas admis volontiers. Tout cela a donné à cette fille de paysans pleine d’initiatives et solide psychiquement la force qui lui a permis de réaliser ce qu’elle a fait, d’abord en Suisse puis en Amérique du Sud.
A 19 ans, Verena Bütler entre au monastère des capucines de Maria Hilf à Altstätten (Saint-Gall). A 23 ans, elle prononce sa profession perpétuelle. Elle a pris le nom de Soeur Maria Bernarda du Très Saint Coeur de Marie. Après trois ans, elle devient administratrice et soeur économe du couvent, puis supérieure de 1880 à 1887. Sous sa direction perspicace, le modeste couvent connaît un élan de prospérité, y compris au niveau économique.
A la suite de l’appel d’un évêque sud américain pour accueillir des soeurs missionnaires, Bernarda se rend en 1888 avec six consoeurs d’Altstätten en Equateur. Aucune d’elles ne parle espagnol. Et pourtant, trois nouveaux couvents sont rapidement fondés en Equateur, et en 1889, la «Congrégation des Missionnaires franciscaines de Marie Auxiliatrice» est lancée.
Les religieuses tiennent à être présentes là où se trouvent les plus pauvres. Elles soignent les malades et accompagnent les personnes âgées. En 1895 une révolution éclate dans le pays. Elle empêche toute activité d’évangélisation et contraint les religieuses à la fuite dans un pays voisin, la Colombie.
A Carthagène, elles débutent leur activité en s’installant dans un hôpital pour femmes voué à la démolition. Elles reprennent ensuite un hôpital et fondent des écoles pour les plus pauvres. La semence lancée par Bernarda Bütler a germé. Les requêtes en vue de nouvelles fondations se multiplient en Amérique latine.
Le 19 mai 1924, Bernarda Bütler décède à Carthagène dans sa 76e année. «Aujourd’hui, une sainte est morte dans notre ville: la vénérable Mère Bernarda», est annoncé ce jour-là dans la cathédrale de la ville. Des milliers de personnes ont assisté à sa sépulture.
Dans la circulation, au milieu de la vie!
Maintenant, Soeur Consilia se réjouit de participer à la grande cérémonie de canonisation du 12 octobre. Elle a vécu plusieurs années à Rome. Elle apprécie particulièrement la circulation effrénée dans les rues de la ville éternelle, surtout quand elle est elle-même au volant d’une voiture. Elle se sent alors en plein milieu de la vie!
Si l’Eglise ne veut pas être à côté de la plaque, elle doit impérativement aller davantage parmi les gens, affirme-t-elle. Pour quelle raison l’Eglise redoute-t-elle de s’ouvrir au public? Peut-être parce qu’elle devient davantage exposée. Pourtant ses problèmes ne sont pas différents de ceux des autres. «On les trouve aussi à l’état laïc, dans la famille, … partout. Je dis toujours: Là où se trouvent des humains, ça s’humanise.» C’est pourquoi l’Eglise doit avoir le courage de sortir davantage.
Soeur Consilia est contente de savoir que beaucoup de croyants de Suisse et d’Amérique du Sud vont se rendre à Rome pour la canonisation. Elle le sait: Qui se rend dans la ville éternelle rentre chez lui avec une autre vision de l’Eglise. «A Rome, on voit que l’Eglise est véritablement universelle.»
Auprès des malades du sida et proche de Dieu
Quelles sont ses espérances pour sa propre congrégation, avec cette canonisation? Une vie spirituelle encore plus profonde, assurément. Mais aussi: «Que nous allions encore davantage auprès des pauvres et surtout des plus pauvres, auprès des marginaux, des étrangers, des prisonniers.» Aujourd’hui, Bernarda s’engagerait auprès des malades du sida ou de ceux qui n’ont plus personne, affirme Soeur Consilia.
Et les témoins canonisés, d’une façon générale, en tant qu’êtres agissant au loin, que peuvent-ils dire à nos contemporains? «Alors que nous manquons de confiance, les saintes et les saints se sont confiés sans réserve à Dieu. Dans les moments favorables comme dans les mauvais moments». Car il est connu que Dieu écrit droit avec des lignes courbes.
Avis aux rédactions: Des images gratuites en lien avec la canonisation de Bernarda Bütler peuvent être obtenues sur le site https://www.kath.ch/index.php?&na=101,2
(apic/job/bb)



