Rome: Symposium sur «les racines de l’anti-judaïsme en milieu chrétien»

L’antisémitisme est absolument condamnable, dit Jean Paul II

Rome, 2 novembre 1997 (APIC) «L’antisémitisme est sans justification aucune et absolument condamnable», a souligné Jean-Paul II le 31 octobre devant les 60 spécialistes réunis au Vatican pour un colloque sur «les racines de l’anti-judaïsme en milieu chrétien». Evoquant l’holocauste, le pape a admis que la résistance de beaucoup de chrétiens face à l’antisémitisme «n’a pas été celle que l’humanité était en droit d’attendre de la part de disciples du Christ.»

Alors que les travaux de ce colloque se terminent le 1er novembre, le pape a reçu les participants au second jour de leur rencontre pour leur dire combien il apprécie «la grande rigueur scientifique» avec laquelle ils entendent mener leur travaux.

«L’objet de votre symposium, relève le pape, est l’interprétation théologique correcte des rapports de l’Eglise du Christ avec le peuple juif. (…) En effet, dans le monde chrétien – je ne dis pas de la part de l’Eglise en tant que telle – des interprétations erronées et injustes du Nouveau Testament relatives au peuple juif et à sa prétendue culpabilité ont trop longtemps circulé, engendrant des sentiments d’hostilité à l’égard de ce peuple .Ils ont contribué à assoupir bien des consciences, de sorte que, quand a déferlé sur l’Europe la vague des persécutions inspirées par un antisémitisme païen, qui, dans son essence, était également un anti-christianisme, à côté de chrétiens qui ont tout fait pour sauver des persécutés jusqu’au péril de leur vie, la résistance spirituelle de beaucoup n’a pas été celle que l’humanité était en droit d’attendre de la part de disciples du Christ. Votre regard lucide sur le passé, en vue d’une purification de la mémoire, est particulièrement opportun pour montrer clairement que l’antisémitisme est sans justification aucune et absolument condamnable».

Jean-Paul II ajoute : «L’Eglise condamne avec fermeté toutes les formes de génocide, ainsi que les théories racistes qui les ont inspirées et qui ont prétendu les justifier. On pourrait rappeler l’encyclique de Pie XI `Mit Brennender Sorge’ (1937) et celle de Pie XII `Summi Pontificatus’ (1939). Ce dernier rappelait la loi de la solidarité humaine et de la charité envers tout homme, à quelque peuple qu’il appartienne. Le racisme est donc une négation de l’identité la plus profonde de l’être humain, qui est une personne créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. A la malice morale de tout génocide s’ajoute, avec la Shoah, la malice d’une haine qui s’en prend au plan salvifique de Dieu sur l’histoire. Par cette haine, l’Eglise se sait elle aussi directement visée.»

Le peuple juif convoqué et conduit par Yahvé

Méditant au préalable sur la vocation du peuple juif, le pape écrit : «A l’origine de ce petit peuple situé entre de grands empires de religion païenne qui l’emportent sur lui par l’éclat de leur culture, il y a le fait de l’élection divine. Ce peuple est convoqué et conduit par Yahvé, Créateur du ciel et de la terre. Son existence n’est donc par un pur fait de nature ni de culture au sens où par la culture l’homme déploie les ressources de sa propre nature. Elle est un fait surnaturel. Ce peuple persévère envers et contre tout du fait qu’il est le peuple de l’Alliance et que malgré les infidélités des hommes, Yahvé est fidèle à son alliance. Ignorer cette donnée première, c’est s’engager sur la voie d’un marcionisme contre lequel l’Eglise avait réagi aussitôt avec vigueur, dans la conscience de son lien vital avec l’Ancien Testament, sans lequel le Nouveau Testament lui-même est vidé de son sens.»

Jean-Paul II conclut : «L’enseignement de Paul dans la lettre au Romains nous apprend quels sentiments fraternels enracinés dans la foi, nous devons porter aux fils d’Israël (…). Soyez assurés de ma gratitude pour les travaux que vous menez sur un thème de grande portée et qui me tient à coeur. Vous contribuez ainsi à l’approfondissement du dialogue entre les catholiques et les juifs, dont nous nous félicitons qu’il se soit positivement renouvelé au cours des dernières décennies. (apic/imed/mp)

26 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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