Un travail de purification de la mémoire
Rome: Symposium sur les racines de l’antijudaïsme
Rome, 23 octobre 1997 (APIC)»Les racines de l’antijudaïsme en milieu chrétien»: tel est le thème d’un symposium qui réunira une soixantaine de spécialistes au Vatican du 30 octobre au 1er novembre, à l’initiative de la Commission historique et théologique du Comité du grand Jubilé de l’an 2000. La réflexion de ce colloque «inter-ecclésial» sera centrée sur des thèmes essentiellement chrétiens et les principaux intervenants seront catholiques
Le thème est présenté dans un dossier de la revue «Tertium millenium», publiée par le Comité. du Jubilé. Il s’agit d’un travail dans le cadre de la préparation du Jubilé telle que l’a dessinée le pape dans sa lettre «A l’aube du 3e millénaire». Des protestants et des orthodoxes seront également de la partie. Le but est de «s’interroger, à partir du contenu de sa propre foi, sur le sens des événements qui ont des racines dans un passé même lointain», dans une démarche à la fois historique et théologique.
Une perspective religieuse
Pourquoi «anti-judaïsme» plutôt que celui d’antisémitisme ? Le judaïsme est une religion. Il s’agit, pour le Comité du grand Jubilé «souligner le lien direct avec la perspective religieuse et non la dimension politique». Pas de confusion donc entre les différents niveaux d’analyse: on ne parle par d’antisémitisme, un terme qui n’évoque pas précisément les rapports entre les deux fois religieuses.
Il est important aussi de tenir compte du contexte du travail de la commission historique et théologique du Comité du grand Jubilé. Il ne s’agit pas du travail courant de la Commission pour les relations avec le judaïsme (qui dépend du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens). A cet égard, le communiqué préécise: «Le symposium sur l’anti-judaïsme fait partie de la relecture que l’Eglise s’apprête à accomplir au seuil du troisième millénaire». C’est conforme au voeu de Jean-Paul II. L’intervention du pape le 23 août dernier à Paris sur la Saint-Barthélémy ou et celle de Mgr de Berranger à Drancy s’inscrivent dans cette même dynamique.
Regarder l’avenir avec sérénité est espérance
Autre insistance de la commission organisatrice: la dimension interreligieuse du colloque d’étude «vise en premier lieu à dépasser les malentendus et les divisions du passé, à redécouvrir les particularités des deux fois (chrétienne et juive), à regarder l’avenir avec sérénité et espérance». Il s’agit, en bref, d’un travail de «purification de la mémoire», et le but est d’abord pastoral: «Revoir le passé pour opérer une purification de la mémoire signifie en premier lieu de faire une oeuvre de vérité et contribuer à une droite orientation de la vie des fidèles».
Au plan théologique et scripturaire, le judaïsme et le chrstianisme sont liés (continuité) et séparés (nouveauté du Christ). C’est, pour la commission, le point de départ de la réflexion: «la reconnaissance du rapport de continuité et de nouveauté entre les deux Testaments et entre les deux peuples». Mais il s’agit en même temps de favoriser un «approfondissement culturel» qui doit porter «à une meilleure connaissance réciproque, à l’estime et au respect». Le Comité pour le Jubilé insiste sur les retombées pastorales de la réflexion des spécialistes invités: «Ces acquisitions sont destinées, dans la pastorale de cette veille du Jubilé, à devenir un patrimoine partagé par toutes les églises locales».
Le programme
Le cardinal Roger Etchegaray, président du Comité pour le grand Jubilé, ouvrira le symposium. Les participants entendront ensuite une introduction du théologien du pape, le P. Georges Cottier, dominicain suisse. Le cadre de la réflexion se veut très précis: à la fois dans la perspective thomiste et dans la continuité de la réflexion de Jean-Paul II. Le P. Marcel Dubois, dominicain de Jérusalem, professeur de philosophie thomiste à l’Université Hébraïque (et citoyen Israélien), posera ensuite les termes de la question, puis le P. Jean Stern, missionnaire de La Salette et professeur à l’université pontificale de la Propaganda Fide, fera un exposé sur «Juifs, judaïsme dans l’enseignement de Jean-Paul II».
Interviendront encore, sous la présidence du cardinal Camillo Ruini, président de la conférence épiscopale italienne, des exégètes: Joachim Gnilka, de Munich (sur l’évangile de Matthieu), Paul Beauchamp, exégète Jésuite de Paris (sur l’évangile de Jean), et le professeur Frizzel, de la Seton Hall University (New-Jersey), qui posera clairement la question de l’antijudaïsme dans S. Jean.
Le deuxième jour seront abordées les questions touchant non plus les Evangiles, mais les temps apostoliques et les relations établies par les Actes des apôtres entre les premiers chrétiens et le peuple juif dont ils sont issus (P. Robert O’Tool, de l’Institut biblique pontifical de Rome), et par saint Paul (P. Gerhard Lohfink, de l’université de Tübingen). La question des relations entre le christianisme et le judaïsme au Moyen-Age sera abordée dans l’après-midi sous la présidence du cardinal Cassidy, le président du Conseil pontifical pour la promotion de l’Unité des chrétiens, avec Piero Fumagalli et John F. Moley.
Dernière ligne droite le samedi 1er novembre sous la présidence de Mgr Sergio Sebastiani, secrétaire du Comité pour le grand Jubilé. On s’élève à une réflexion théologique plus vaste. Le P. Jean-Miguel Garrigue, professeur au studium de théologie de la Communauté S. Jean à Rimont, en France), parlera du peuple juif dans le plan de salut de dieu, et le P. Aristide Serra, exégète, professeur à la faculté pontificale de Théologie Marianum, à Rome, parlera de «Marie, fille de Sion». La conclusion sera laissée au cardinal Etchegaray et au P. Cottier.
L’an prochain, dans ce même cadre de la préparation au grand Jubilé, la Commission historique et théologique planchera sur «Les inquisitions». (apic/cip/imed/mp)



