Interpellations aux pays de l’hémisphère Nord
Rome: Synode des évêques pour l’Afrique (040594)
Rome, 4mai(APIC/CIP) Malgré l’accident du pape le 28 avril et son hospitalisation le lendemain, les membres du Synode des évêques pour l’Afrique
ont poursuivi leurs travaux qui se prolongeront jusqu’au 8 mai. Les douze
carrefours ont élaboré leurs propositions.
La transition entre la troisième et la quatrième semaines a quelque chose de délicat, car il s’agit de faire passer dans des documents les aspects
les plus importants du travail de l’assemblée. Il s’agit d’aboutir à la rédaction de deux textes: d’une part, un message, qui sera proclamé par le
Synode lui-même et d’autre part, des propositions qui seront remises au pape en vue d’une exhortation apostolique qui tiendra compte aussi de tout ce
qui a été dit auparavant.
Message et propositions contiendront des éléments divers et consistants,
comme l’étaient le programme lui-même et les nombreuses interventions des
évêques. Les évêques africains reprochent aux nations industrialisées de ne
pas s’intéresser réellement, «pour des raisons égoïstes», au développement
de l’Afrique. L’Afrique et les Africains doivent se prendre eux-mêmes en
main pour résoudre les plus gros problèmes du continent, signale le rapport
d’un des douze carrefours.
Parmi d’autres choses, on peut donc s’attendre à des interpellations
parfois vigoureuses adressées aux chrétiens des pays du Nord et qui en
étonneront sans doute plus d’un. Que les Africains appellent les riches à
leur secours, cela ne surprendrait personne, mais qu’ils disent: «Cessez de
nous traiter avec injustice et de nous faire du tort», et les réactions ne
manqueront pas.
Les armes, la dette et les médias
Ces interpellations, régulièrement émises dans les cercles gravitant autour du Synode, l’ont été aussi, de manière plus nuancée certes, dans l’assemblée même des Pères synodaux. La question des armes notamment a souvent
été soulevée: l’Afrique n’en produit pas, mais elles sèment la mort sur son
territoire. «Que les Eglises du Nord, disent des évêques africains, interpellent donc leurs gouvernements et leurs compatriotes marchands d’armes !»
La dette extérieure continue aussi à peser de manière très lourde sur
les économies africaines. Et ce poids est souvent ressenti comme un scandale: «Alors que nous avons été exploités et pillés, c’est nous qui sommes
redevables de dettes. A quoi cet argent a-t-il servi? Il est injuste que ce
soit la masse des petites gens de chez nous qui en supporte le poids.».
La qualité de la vie a souvent été au centre des débats, mais non à la
manière dont les nations riches peuvent l’entendre. L’Afrique ne voit pas
seulement déverser sur son sol les déchets toxiques de l’Europe, mais par
ses films et ses cassettes vidéo, l’Europe impose à des peuples pudiques
une image dégradée de la sexualité. Dans le même temps, le Nord n’a pas
perdu son complexe de supériorité et reste raciste. L’Europe apparaît à
nombre d’Africains comme ayant perdu le sens de Dieu et des valeurs éthiques. «En exaltant l’individu, elle a sombré dans l’égoïsme», disent-ils.
Accusations excessives? Elles sont émises avec plus ou moins de nuances
selon les cas et sont souvent complétées par une autocritique que des Occidentaux perçoivent comme «honnête». Mais surtout, comme l’ont laissé entendre plusieurs évêques et théologiens africains depuis bientôt un mois, il
s’agit du cri des chrétiens d’un continent souffrant qui s’adressent à
leurs frères dans la foi. Comme le disait le théologien ougandais, J.M. Waliggo, dans une récente conférence: «On ne peut dire «Père» à Dieu que si
l’on s’engage dans la libération mutuelle.» (apic/cip/mp)



