Le cardinal Danneels plaide pour un dialogue renforcé

Rome : Synode des évêques pour l’Europe

Paris, 1er octobre 1999 (1999) A la veille de son départ à Rome pour le Synode pour l’Europe, le cardinal Godfried Danneels, a dressé pour les membres de l’Association des journalistes de l’information religieuse à Paris un inventaire des principaux défis de cette rencontre. L’archevêque de Bruxelles plaide pour un dialogue renforcé entre les évêques et avec Rome. L’Eglise doit éviter un centralisme excessif afin de pouvoir aller à la rencontre des cultures contemporaines.

«J’espère fort que nous dépasserons le stade de l’observation réciproque sur fond de méfiance entre évêques de l’Europe de l’Est et évêques de l’Europe de l’Ouest qui prévalait au premier synode européen, en 1991, relève le cardinal Danneels. Nous devons construire ensemble les moyens de nous insérer dans la culture européenne contemporaine, affronter les défis du pluralisme, réfléchir au mode d’exercice de l’autorité ecclésiale dans une société où la démocratie est vive, parfois même débridée.

L’archevêque de Bruxelles cite encore la question de l’immigration, car désormais plus aucun pays européen n’est ethniquement homogène, et la confrontation avec les autres religions, notamment l’islam. «Comment se positionner face à une religion encore monolithique où foi, culture, vie publique forment un bloc et qui n’accepte pas assez la réciprocité ? Nous ne pouvons pas non plus faire l’impasse sur une certaine maladie européenne: indifférence, scepticisme, consumérisme, individualisme, nihilisme, primat absolu à la rentabilité, ou, encore, difficulté de gérer sa liberté en l’absence d’une vraie hiérarchie des valeurs.»

Pour le cardinal. tout dépendra de la qualité des interventions des évêques, limitées à huit mn: ce n’est pas facile. L’Instrumentum laboris ? C’est un inventaire touffu mais assez fidèle des problèmes et réponses.

La crise des vocations

Un des thèmes centraux du Synode sera la crise des vocations qui frappe l’Europe au moins occidentale. «Je ne crois pas que le mariage des prêtres soit la seule solution, répond Mgr Danneels. Il y a trop peu de prêtres comme il y a trop peu de fidèles. Fondamentalement, c’est une crise de la foi, une crise de l’invisible, une crise de l’Occident inapte à percevoir les choses autrement que sur le mode scientifique expérimental. Et quand le surnaturel revient, c’est au galop, sur un mode caricatural : sectes, ésotérisme de pacotille, etc.»

Pour le prélat belge, l’Eglise doit à la fois se concentrer sur elle-même et en même temps s’ouvrir sur le monde. «La confrontation à la modernité est essentielle, sinon c’est nier l’apport de Vatican II. Plus qu’une question ecclésiale, c’est une question de fond : l’homme européen peut-il vaincre son individualisme et devenir solidaire ? Je crois également qu’on ne met pas assez l’accent sur l’universel de Dieu, le Beau. Présenter le christianisme comme vrai c’est susciter à tout coup la réponse sceptique de Pilate : qu’est-ce que le vrai ? Le présenter sous l’angle de l’exigence et du bien moral, c’est s’entendre dire : c’est bien mais ce n’est pas pour moi. Or quand on présente le beau comme caractéristique fondamental de Dieu et du christianisme – au sens de splendeur de la vérité, de beau et bon, d’une profonde humanité – , les résistances tombent. Je regrette à cet égard l’immense abîme qui sépare l’Eglise et les artistes : c’est un des drames du 20e siècle.»

Le poumon oriental de l’Europe

L’ouverture de l’Europe de l’Est après 1989 a permis de briser les frontières. Mais cet appel d’air a provoqué aussi une crise des relations avec l’orthodoxie. «Je comprends un peu les orthodoxes, en particulier le patriarche de Moscou, que je crois vraiment sensibilisé à l’oecuménisme. Mais est-il soutenu par son synode ?, relève Mgr Danneels. L’Eglise orthodoxe n’a jamais accordé beaucoup d’attention à la catéchèse et à la formation. Or, en Russie, les jeunes sont affamés de formation chrétienne, ils cherchent des lieux de formation et n’en trouvent pas. Ils se tournent donc vers les écoles catholiques, ce qui créé un vif ressentiment chez les orthodoxes. Ceux-ci reprochent non sans quelques raisons à Rome de faire du prosélytisme. Ce sont du reste les protestants américains qui s’imposent le plus en Russie avec des moyens financiers considérables. Nous devons au contraire financer l’Eglise orthodoxe pour l’aider. Avant tout, Jean-Paul II et Alexis II doivent se rencontrer et poser ensemble des gestes symboliques forts.»

Les relations actuelles entre Rome et les Eglises locales son parfois tendues. L’exemple de l’Allemagne avec la question de l’avortement en témoigne. L’archevêque de Bruxelles estime que les synodes ne sont pas un mode suffisant d’exercice de la collégialité. «Nous devrons en reparler lors du synode pour l’Europe. En ce qui me concerne, je n’ai jamais hésité à aller à Rome pour parler de telle ou telle question et j’ai toujours été écouté attentivement, même si mes arguments n’ont pas toujours été reçus. Il faut se parler, c’est impératif.»

Pour un «Conseil de la couronne»

Face aux excès du centralisme romain, le cardinal remarque qu’»à la fin des années 80, la conjoncture économique a suscité, et pas seulement en Eglise, un repli frileux sur soi. Face à cette réaction de peur, les autorités centrales ont renforcé leur pouvoir. C’est plus un mouvement historique qu’une affaire de mauvaise volonté. Nous devons y réfléchir. En outre Jean Paul II, dont je pense sincèrement qu’il est un homme remarquable, est beaucoup plus intéressé par la rencontre des foules aux quatre coins du monde que par la curie. Il joue mieux en déplacement que chez lui. Sans compter qu’avec l’âge il a de moins en moins de contrôle sur tout cela. Je crois important de savoir rencontrer des gens hors des circuits établis, ce qu’on pourrait appeler un «conseil de la couronne». Ni le secrétariat du synode, ni le Sacré collège ne jouent ce rôle.» (apic/jcn/mp)

1 octobre 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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