Rassembler les données pour en étudier les implications
Rome: Un séminaire scientifique sur les OGM est organisé au Vatican
Rome, 7 novembre 2003 (Apic) Le Saint-Siège souhaite s’engager dans le débat sur les organismes génétiquement modifiés, les OGM. Pour cela, le Conseil pontifical Justice et paix organise un sommet scientifique sur ce thème au Vatican, les 10 et 11 novembre prochain.
Selon le communiqué publié le 6 novembre par ce Conseil dirigé par le cardinal Renato Raffaele Martino, ce sommet a pour objectif de «rassembler le maximum de données sur les organismes génétiquement modifiés afin d’en étudier les implications dans le domaine alimentaire, commercial, environnemental, sanitaire, humanitaire et éthique».
Outre les ministres italiens des politiques agricoles, de l’environnement, et de la santé – leur présence est justifiée dans le cadre du semestre de présidence italienne du Conseil de l’Union européenne -, interviendront divers scientifiques, responsables d’organismes internationaux, d’instituts de recherche et d’académies scientifiques ainsi que des représentants d’associations de producteurs et de consommateurs.
Au mois de juin dernier, la revue mensuelle italienne Trenta Giorni avait révélé des pressions exercées sur le Vatican pour convaincre ses responsables de se prononcer en faveur des aliments génétiquement modifiés. Selon la revue italienne, ce thème avait été abordé, le 2 juin 2003, au cours de l’audience entre le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell et Jean-Paul II.
Selon l’ambassadeur James R. Nicholson dont les propos humoristiques ont été transcrits dans le quotidien italien Il Corriere della Sera daté du 3 juin 2003, le Secrétaire d’Etat américain se serait adressé ainsi à Jean Paul II: «Regardez moi, Monsieur, je m’alimente avec des produits génétiquement modifiés tous les jours et visiblement je ne m’en sors pas trop mal !». Nicholson n’a pas précisé si le pape lui avait répondu.
La Zambie a refusé le maïs des Etats-Unis
C’est la situation de la Zambie qui avait mis cette discussion sur le tapis entre le Saint-Siège et les USA. En effet, durant l’été 2002, les Etats-Unis avaient commencé à se manifester après que la Zambie, bien que touchée par une lourde famine, ait refusé d’accepter le maïs génétiquement modifié produit par les Etats-Unis et offert par le PAM, le programme alimentaire mondial. Dans son refus, et selon Trenta Giorni, la Zambie aurait été encouragée par le centre jésuite pour la réflexion théologique – JCTR -, dirigé par le prêtre américain Pete Henriot.
Pour le JCTR, les OGM ne doivent pas débarquer en Zambie parce que les études sur leur innocuité ne sont pas fiables, en raison de risque de stérilité, parce que les terres cultivées avec des OGM les rendraient inadaptées à d’autres types de cultures ou encore parce que la dépendance avec les USA serait trop forte¦ Des déclarations qui sonnaient mal aux oreilles du Département d’Etat américain. Entrait alors en scène l’ambassadeur des Etats-Unis auprès du Saint-Siège, James Nicholson, lui même fervent défenseur des OGM et «sensible aux problèmes de la faim dans le monde». Ce dernier avait entamé une série de rencontres, non seulement avec les membres de la Secrétairerie d’Etat du Vatican, mais aussi avec le supérieur général des jésuites, le père Peter-Hans Kolvenbach.
Le scientifique jésuite Roland Lesseps, du Kasisi Agricultural Trainig Centre, en Zambie, interviendra au cours du sommet scientifique, lors de la 4e session du 11 novembre 2003. Quand au cardinal Martino, il avait participé comme représentant du Saint-Siège à la conférence qui s’est déroulée du 23 au 25 juin à Sacramento, aux Etats-Unis, sur le thème, «Science agricole et technologie». Elle était organisée par le département américain de la culture et parrainée par le département d’Etat.
«L’utilisation des OGM doit être discutée ouvertement»
Au cours de sa brève intervention publiée le 8 juillet 2003 par L’Osservatore Romano, Mgr Renato Martino avait déclaré que «l’utilisation des OGM doit être discutée ouvertement» pour que les personnes qui seront amenées «à utiliser ou à recevoir ces produits» puissent bénéficier d’informations «claires».
En outre, en décembre 2002, lors de la présentation du message de la paix de Jean Paul II pour le 1er janvier 2003, l’actuel cardinal et alors Mgr Martino avait affirmé sur ce thème, «vous me voyez, je suis en pleine santé et pourtant j’ai mangé tout ce qui se trouve sur la marché alimentaire américain et donc des produits OGM (le cardinal Martino a longtemps été l’observateur du Saint-Siège auprès de l’ONU à New York, ndlr). Jusqu’à ce jour, je n’ai pas constaté d’effets désagréables. Je ne ferai pas tant d’histoires. Nous savons bien qu’il existe deux catégories de personnes, ceux qui ont des doutes sur ces aliments et ceux qui affirment qu’il n’y a aucun danger. Il faut donner une juste valeur à toutes ces choses. Ces controverses ont plus une base politique que scientifique . (apic/imedia/bb)



