Annonce samedi par le président de la Confédération ?

Rome: Vers la normalisation des relations entre la Suisse et le Saint-Siège

Rome, 4 juin 2004 (Apic) Le président de la Confédération, Joseph Deiss, devrait confirmer samedi 5 juin au pape Jean Paul II la normalisation des relations diplomatiques entre la Suisse et le Vatican en annonçant la nomination d’un ambassadeur près le Saint-Siège.

La visite du pape à Berne les 5 et 6 juin pourrait voir l’annonce officielle de la régularisation d’une situation asymétrique, puisque la Suisse – au contraire de 172 Etats du monde entier – n’a pas encore de vrai ambassadeur au Vatican, alors que le Saint-Siège a un nonce apostolique à Berne.

«Jusqu’à maintenant, le Conseil fédéral a, auprès du Vatican, un représentant en mission spéciale (Hansrudolf Hoffmann, ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire en mission spéciale près le Saint-Siège, avec résidence à Prague, ndlr). Maintenant, il s’agit de transformer cette présence en envoyant un ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire. Probablement, l’annonce officielle en sera faite à l’occasion du voyage du pape», a déclaré Joseph Deiss sur les ondes de Radio Vatican.

Après la rupture des relations diplomatiques le 12 décembre 1873, la Suisse n’a plus eu de représentant accrédité auprès du Saint-Siège. Ce n’est qu’en 1991 que le Conseil fédéral a nommé un ambassadeur «en mission spéciale» auprès du pape, dans le cadre de la résolution de «l’affaire Haas», évêque de Coire, dont la nomination et l’épiscopat ont été fortement contestés en Suisse. En revanche, le Vatican a à nouveau un nonce en Suisse depuis le 18 juin 1920, date de la réouverture de la nonciature à Berne. En 1978, déjà, le Conseil fédéral avait reconnu une anomalie dans cette non réciprocité d’échange d’ambassadeurs, contrevenant au principe d’universalité des relations internationales de la Suisse.

La plus ancienne représentation du Saint-Siège au Nord des Alpes

La nonciature apostolique en Suisse est la plus ancienne représentation du Saint-Siège au Nord des Alpes. Elle fut établie à Lucerne en 1597. Le nonce, représentant du pape auprès de l’Eglise locale et représentant diplomatique du Saint-Siège auprès de son Etat de résidence, n’était alors accrédité qu’auprès des cantons catholiques. En 1803, le nonce fut accrédité auprès de la Confédération tout entière.

Si la guerre civile du Sonderbund en 1847, qui opposait cantons libéraux-radicaux et cantons catholiques, n’a pas eu de répercussion décisive sur l’existence de cette mission diplomatique, les événements du Kulturkampf (1871-1878 – lutte menée par le chancelier allemand Bismarck contre l’influence du catholicisme, qui eut des répercussions en Suisse), ont en revanche mené à la rupture des relations diplomatiques en décembre 1873.

Dans un contexte déjà tendu depuis des années (publication en 1864 par le pape Pie IX du Syllabus condamnant les erreurs modernistes, Concile Vatican I et infaillibilité du pape, nomination par le Saint-Siège de Mgr Gaspard Mermillod comme vicaire apostolique à Genève, suivi de son expulsion du territoire suisse), la condamnation de la persécution de l’Eglise en Suisse par Pie IX entraîne une réplique cinglante des autorités fédérales, qui suppriment la nonciature apostolique, rouverte en1920.

Pascal Couchepin aussi

130 ans après la fermeture de la nonciature, lors d’une visite au Vatican en juillet 2003, Pascal Couchepin, président de la Confédération de l’époque, avait déjà souhaité que ces rapports diplomatiques changent.

«Le Saint-Siège est une institution universelle qui dépasse toutes les barrières purement religieuses. La Suisse se situe dans la même catégorie que la Russie ou l’Organisation de libération de la Palestine. Il serait temps de revoir cette situation». Mais, avait-il aussitôt ajouté, «c’est une question délicate, car la Suisse a toujours fait preuve d’une grande prudence dans ses relations avec l’Eglise. N’oubliez pas qu’il fut un temps où les émissaires du pape couraient des risques s’ils ne satisfaisaient pas les Suisses». (apic/imedia/hy/be)

4 juin 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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